Gaspésie: payer avec un demi 20 $ !

Les «demis», des billets de banque coupés en... (Infographie, Le Soleil)

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Les «demis», des billets de banque coupés en deux et valant ainsi la moitié de leur valeur, sont transigés en Gaspésie.

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Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Carleton) Un phénomène monétaire alternatif émerge présentement dans la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie. Les «demis», des billets de banque coupés en deux et valant ainsi la moitié de leur dénomination, sont échangés de plus en plus souvent entre personnes et commerces.

L'idée est sortie en avril autour d'une bière, alors que des Gaspésiens écoutaient un citoyen de Nantes, en France, parler des trois monnaies en circulation dans cette ville, l'euro et deux monnaies alternatives, acceptées par les commerçants.

Martin Zibeau, de Saint-Siméon, près de Bonaventure, participait à la conversation et se souvient que l'idée d'imiter Nantes est sortie un peu comme une farce au début, avant qu'une réelle réflexion s'installe.

«C'est un niveau économique particulier, à l'échelle humaine, où la relation entre personnes va primer sur la transaction. C'est une réflexion sur notre rapport à l'argent et à l'économie. Des gens se sentent offusqués que d'autres personnes coupent de l'argent, mais le demi, c'est un outil d'échange», précise

M. Zibeau, qui travaille en développement communautaire.

Son lieu de travail, le Loco local, à Bonaventure, accepte les demis, qui peuvent prendre diverses dénominations, surtout des moitiés de billets de 5, 10 ou 20 dollars.

«C'est rien d'autre qu'une monnaie inventée à partir d'une monnaie existant déjà. Des gens sont d'accord, d'autres pas. Il va y avoir des réactions des deux bords [...] L'idéal serait de créer notre monnaie gaspésienne. Par contre, le demi est difficile à reproduire, ce qui est un avantage», ajoute

M. Zibeau. Il dit avoir dépensé pour 50 $ en demis depuis quelques semaines, tout en gardant 100 $ avec lui.

Michelle Secours, qui dessine et qui confectionne des vêtements à Caplan, accepte les demis à sa boutique, Frett Design, même si elle n'a pas encore eu de clients les utilisant.

«C'est une idée brillante. Ça oblige aussi une réflexion sur l'achat local ou régional. Le but, c'est de contaminer les autres. En élargissant le réseau, on crée une alternative», note-t-elle.

Pas illégal

S'il est illégal de détruire de l'argent, il n'est pas illégal de modifier des billets de banque, assure Martin Zibeau, qui a vérifié plusieurs scénarios acceptés par la Banque du Canada. «Quand l'acteur Leonard Nimoy, M. Spock, est décédé, des gens ont dessiné sur les billets, et la Banque du Canada a indiqué le 2 mars qu'il n'est pas illégal de dessiner, même de les endommager. Une autre recherche menée par l'émission La facture de Radio-Canada indique qu'une partie de billet de banque vaut l'équivalent de sa surface, en comparaison avec son état original.»

Le conteur Patrick Dubois, de Carleton, finit ses soirées estivales de conte en disant qu'il accepte les demis. «Il y a pas mal de monde qui m'en a donné. En apprenant que ça se faisait, des touristes se retournaient, coupaient un cinq piastres en deux et me le donnaient. Jusqu'à maintenant, j'ai acheté des oeuvres d'art, un CD, un livre et une coupe de cheveux avec mes demis.»

Mouvement marginal

Le mouvement demeure marginal. Les Gaspésiens qui paient avec les demis se comptent par dizaines, et on évalue à guère moins d'une quinzaine les commerces qui acceptent cette devise singulière.

Patrick Dubois assure que la Gaspésie n'est pas la seule à ouvrir les caisses aux demis. «Si tu vas au Saguenay, il n'y a pas de trouble à trouver des endroits où ils les prennent.»

Il corrige ceux qui pensent que les demis constituent un incitatif à l'évasion fiscale. «Je les ai comptabilisés comme des dollars canadiens. J'adore la poésie qui entoure le demi. Dans certaines situations, des gens refuseront de l'argent contre un service, ou ils refuseront du troc, mais ils accepteront les demis», conclut-il.

Martin Zibeau ne croit pas que lui et les autres utilisateurs des demis seront ciblés par une enquête policière. «Si la GRC se pointe ici, je leur dirai : «Donnez-moi deux ou trois mois, et je vais trouver les autres moitiés dans le réseau», conclut-il.

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