4000 voyages de gravier pour sauver des bâtiments historiques à Percé

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Chaque année, la municipalité doit réparer des sections de sa promenade, mise à mal par des tempêtes, dont celle-ci en 2010.

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Geneviève Gélinas

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Percé) L'érosion ronge la côte du village de Percé et menace des bâtiments historiques, dont la Maison du pêcheur. Pour la contrer, la municipalité souhaite transporter plus de 4000 camions-bennes de gravier au pied du village pour y refaire une plage. Cette solution - la moins chère, précise le maire André Boudreau - coûterait de 20 à 25 millions $, y compris la reconstruction de la promenade de bord de mer. 

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Le maire de Percé, André Boudreau, montre les plans développés pour refaire la promenade en bord de mer.

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Un enrochement a remplacé la plage qui s'étendait devant la Maison du pêcheur.

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En 1988, «on faisait des méchouis sur la plage devant le resto», disait Georges Mamelonet, propriétaire de la Maison du pêcheur, en entrevue au Soleil mardi, la veille de son décès. «Pas loin de 200 pieds de plage» s'étendaient au pied du bâtiment, se rappelait l'homme d'affaires. Aujourd'hui, au même endroit, un enrochement descend à pic vers la mer où barbotent des canards marins. «Les baleines peuvent presque se rendre chez nous!» a blagué M. Mamelonet.

Au fil des ans, le restaurant a essuyé de fortes tempêtes, dont une en 1996. «La mer a arraché le mur d'en avant, les portes et les fenêtres et a sorti le mobilier, a dit M. Mamelonet. On a retrouvé des pieds de table coincés dans des roches à l'île Bonaventure!»

À Percé, la promenade qui longe la mer sur 1,3 kilomètre est de plus en plus malmenée. «Le plancher lève, les rampes arrachent. L'automne dernier, une section de 30 pieds est tombée», décrit Ghislain Pitre, directeur de l'aménagement à la Ville de Percé. Pour entretenir la promenade chaque année, il en coûte au moins 60000 $ à la municipalité. Après une tempête en décembre 2010, la facture des réparations a frôlé les 700 000 $.

La promenade, qui date des années 70, sera finie d'ici cinq ans, estime le maire André Boudreau. Et tant qu'à faire des plans pour la reconstruire, Percé a réfléchi aux façons de protéger ses rives contre l'érosion. «Si on laisse ça aller, le Normandie, une partie du Riôtel [deux hôtels totalisant 138 chambres] et la Maison du pêcheur sont menacés, dit le maire. Et l'on parle d'érosion normale, pas de tempête comme en 2010.»

La solution privilégiée : Percé démolirait la vieille promenade et le mur de béton qui la soutient. Il la reconstruirait sur le talus naturel, renforcé avec de la roche, et l'allongerait de 450 mètres vers l'anse du Nord. Environ 75000 mètres cubes de gravier (4300 voyages de camion-benne) charrié au pied de la structure la protégerait et recréerait une plage. «On remettrait de l'espace de plage sur 12 à 15 mètres, dépendant du littoral», détaille le maire Boudreau. 

Pour briser les vagues, Percé construirait des récifs artificiels sous l'eau à proximité de la côte. Certaines portions de côte plus vulnérables seraient enrochées.

Jusqu'à 30 millions $

Cette solution coûterait de 20à 25 millions $, estime le maire Boudreau, et jusqu'à 30 millions$ si l'on prévoit les coûts d'entretien. «C'est la méthode la moins chère, celle qui correspond le mieux à Percé et la plus rentable, dit M. Boudreau. Parce que de reconstruire une plage, de pouvoir y marcher ou s'y allonger, ça donne plus d'attrait à Percé et ça permettrait d'augmenter l'achalandage touristique.»

Quatre bâtiments devraient être déplacés en tout ou en partie, dont la Maison du pêcheur qui pourrait reculer de 20 mètres à 30 mètres. 

Percé a besoin de deux ans de plus pour étudier l'impact environnemental du projet, tester la solution en laboratoire, arpenter le secteur et chercher une carrière de gravier à proximité. Ces préparatifs coûteront 1,5 million $, une somme que Percé demande au gouvernement du Québec. 

Si l'on tarde, «on va devoir le faire à la course et ça va coûter deux fois plus cher», dit le maire, qui fait valoir le statut d'icône touristique de Percé. «Quand l'organisme Québec maritime va en Europe, il vend le rocher Percé, pas le lac Vachon [un lac artificiel à Chandler]!» lance M. Boudreau.

Un quai à rebâtir

Le nouveau quai de Percé aurait la forme d'un L, selon le concept préliminaire préparé par son propriétaire, Pêches et Océans Canada. Le quai actuel, qui a atteint la fin de sa vie utile, fait 180mètres en ligne droite. Le ministère propose de reconstruire 120mètres et de décrocher vers le sud-ouest sur 60 mètres de plus. Cette forme offrirait un meilleur abri aux croisiéristes et aux homardiers par gros temps. Pêches et Océans Canada s'est entendu avec Percé pour reconstruire le quai à neuf avant de le céder à la municipalité. Le ministère ne connaît ni le coût exact, qui se chiffre à «plusieurs millions», ni l'échéancier. Quant au maire André Boudreau, «Notre message est clair, dit-il. On n'a pas d'argent, on veut un quai d'une durée de vie de 40ans. Dans ce cas, on va le prendre et on fera de la business avec», dit le maire André Boudreau. La municipalité facturerait les utilisateurs du quai, au premier chef les croisiéristes, pour accumuler les sommes nécessaires pour entretenir le quai et le reconstruire dans 30ou 40 ans. Chaque année entre mai et octobre, 195000personnes foulent les dalles du quai de Percé. Environ 60000 personnes s'y embarquent sur une dizaine de bateaux d'excursion vers le rocher ou l'île Bonaventure. 

Les forces en jeu

L'érosion côtière s'est accélérée depuis 10 ans à Percé. Le réchauffement climatique retarde la formation de la glace sur la mer et l'amincit, explique François Morneau, coordonnateur du programme maritime d'Ouranos, qui étudie le cas de Percé depuis 2008. Les falaises de grès, poreuses, contiennent de l'eau. «Pendant un hiver normal, la façade extérieure de la falaise demeure gelée. Mais avec des redoux répétés, le gel-dégel, ça favorise la fracturation du roc», dit M. Morneau. La promenade, construite à même la plage, a empiré l'érosion. «Une plage est un mécanisme de défense», indique le scientifique. La vague qui remonte la pente de la plage perd de la vitesse. Au contraire, quand elle heurte le mur de béton de la promenade en fin de parcours, elle rebondit avec plus de force et repart avec du gravier et du sable, enclenchant un cercle vicieux.  

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