Service ferrrovier incertain au Nouveau-Brunswick: craintes chez les élus de l'Est

Depuis un an, le train de Via Rail... (Photo collaboration spéciale Gilles Gagné)

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Depuis un an, le train de Via Rail ne circule plus à l'est de New Carlisle, comme à Port-Daniel.

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Le Soleil

(Carleton) L'incertitude caractérisant l'avenir d'un tronçon ferroviaire au Nouveau-Brunswick augmente l'inquiétude de plusieurs députés et maires de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent quant à la pérennité des services aux passagers de VIA Rail dans leur région, mais aussi du transport de marchandises.

 

 

En raison d'une réduction depuis 2006 de 60 % du volume de marchandises généré entre Catamount, au nord de Moncton, et Bathurst, le Canadien National (CN) a décidé de placer une section de 130 milles, ou 210 kilomètres, sous un processus de cessation d'exploitation.

Ce processus est réglementé par l'Office national des transports, qui n'a pas tranché sur la demande du CN. Le service doit être maintenu au moins jusqu'en mai 2014, mais l'Office des transports du Canada fera connaître sa décision avant, probablement en 2013.

Les conséquences peuvent être multiples et elles pourraient à moyen terme engendrer un effet domino en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent.

Couper le train entre Gaspé et Montréal?

Si le tronçon entre Moncton et Bathurst n'est plus entretenu, le train Océan de VIA Rail devra passer par une autre voie, au centre du Nouveau-Brunswick. Même si VIA Rail ne s'est pas encore prononcée sur la question, une telle éventualité fait craindre pour l'avenir d'un autre train de voyageurs, celui entre Montréal et Gaspé.

C'est ce que redoutent plusieurs élus, dont Philip Toone, député néo-démocrate de la circonscription fédérale de Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine.

«Présentement, les trains de Halifax et de Gaspé roulent ensemble entre Matapédia (où ils se rejoignent) et Montréal. Ils pourraient se rejoindre plus loin (à Saint-André-de-Kamouraska), mais c'est une solution qui coûterait un peu plus cher, et VIA Rail pourrait se servir de ce prétexte pour couper le train en Gaspésie, ou réduire sa fréquence», redoute M. Toone.

Ce scénario d'un train de passagers passant par le centre du Nouveau-Brunswick et d'un abandon du service Gaspé-Montréal priverait non seulement la Gaspésie, mais aussi la plus grande partie du Bas-Saint-Laurent, dont Rimouski et Rivière-du-Loup, du service de VIA Rail.

M. Toone voit plus loin, et il pense que le CN pourrait à plus long terme vouloir aussi abandonner le service de marchandises passant par Belledune, Campbellton et la vallée de la Matapédia, jusqu'à Mont-Joli. «Le CN a parfois abandonné des tronçons par étapes», dit-il.

Abandon par section

Gaétan Lelièvre, député du Parti québécois dans Gaspé et ministre délégué aux Régions, craint aussi des effets négatifs de ce qui se passe au Nouveau-Brunswick, à l'heure où son gouvernement étudie une demande de subvention de la Société du chemin de fer de la Gaspésie.

«Est-ce que le CN abandonne par sections? S'il délaisse éventuellement la vallée de la Matapédia, il isolera la Gaspésie. Nous avons une inquiétude pour cette possibilité, et pour ce que décidera VIA Rail», dit M. Lelièvre.

Défenseur des services ferroviaires, le maire d'Amqui, Gaétan Ruest, avance que si jamais le CN veut se retirer entre Belledune et Mont-Joli, «il faudra que l'État intervienne pour sauver le tronçon passant dans la vallée de la Matapédia, comme il l'a fait entre Matapédia et Gaspé», dit-il, rappelant que deux importantes industries forestières de sa MRC, Cedrico à Causapscal et Uniboard à Sayabec, expédient leurs produits par rail. Près de 500 personnes travaillent dans ces deux usines.

Julie Sénécal, porte-parole du CN, note que «pour le moment, les volumes de trafic ferroviaire de marchandises générés par l'ensemble des lignes entre Rivière-du-Loup et Matane, et de Mont-Joli jusqu'à l'ouest de Bathurst [Belledune] sont suffisants pour maintenir le service [...] de marchandises».

De plus, elle ajoute que «le CN collabore étroitement avec les intervenants et les parties intéressées pour trouver un moyen de préserver le service ferroviaire. Les facteurs critiques comprennent la volonté des expéditeurs de mettre plus de trafic sur la ligne et la volonté des gouvernements provincial et fédéral de financer la modernisation majeure des immobilisations nécessaires pour maintenir et préserver la ligne».

Cette «modernisation majeure» nécessiterait une injection de 50 millions $ entre Moncton et Belledune. Philip Toone suit la situation et précise que «les maires du nord du Nouveau-Brunswick veulent forcer le premier ministre David Alward et le gouvernement fédéral à débloquer 50 millions $. Jusqu'à présent, le fédéral n'a pas montré d'intérêt à injecter de l'argent dans le rail».

Mylène Bélanger, porte-parole de VIA Rail, précise que «notre intention est de continuer à utiliser la voie [Moncton-Bathurst-Matapédia-Rivière-du-Loup] aussi longtemps qu'elle sera sécuritaire».

Le train dans l'Est: ce qu'il faut savoir

Depuis un peu plus de 30 ans, le CN fait passer par la voie Saint-André-de-Kamouraska-Edmundston-Moncton l'essentiel du trafic entre le centre du pays et le port de Halifax. Cette situation a relégué au second rang sa voie passant par la vallée de la Matapédia et le nord du Nouveau-Brunswick.

L'axe Matane-Mont-Joli et le secteur de Rivière-du-Loup génèrent de bons volumes de marchandises, principalement Matane, en raison du traversier-rail reliant cette ville à Baie-Comeau et à Sept-Îles.

Le tronçon de Catamount à Campbellton jusqu'à Mont-Joli et Rivière-du-Loup a déjà appartenu à une autre firme, la Société du chemin de fer du Québec, pendant une douzaine d'années. Le CN l'a racheté en 2009. La clientèle de marchandises s'est effritée au nord du Nouveau-Brunswick en raison de la fermeture des usines papetières de Miramichi, de Bathurst et de Dalhousie, et de la réduction des activités de Brunswick Mining and Smelting. Cette société fermera sa mine de Bathurst en 2013.

La Société du chemin de fer de la Gaspésie aura besoin de 94 millions $ en cinq ans des gouvernements provincial et fédéral, surtout pour réparer plusieurs des 94 ponts s'échelonnant entre Matapédia et Gaspé. Québec a déjà débloqué 17 millions $ et 5,5 millions $ sont attendus pour rouvrir à court terme certains ponts. VIA Rail s'arrête présentement à mi-chemin entre Matapédia et Gaspé. Un train touristique démarrera en mai et un atelier de réparation de wagons a ouvert en 2012 à New Richmond.

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