Depuis qu'ils ont pris connaissance du rapport du coroner, les parents du bébé décédé au Centre hospitalier de l'Université Laval à Québec (CHUL), neuf jours après sa naissance à l'Hôpital de Sainte-Anne-des-Monts en mars 2011, ont des sentiments partagés.
«Je maintiens qu'il y a eu négligence de la part du personnel et erreur médicale», poursuit le papa endeuillé. D'ailleurs, les parents ont entrepris des démarches auprès d'un avocat spécialisé en affaires médicales.
Ils envisagent d'intenter des poursuites contre le Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de La Haute-Gaspésie, qu'ils jugent responsable de la mort de leur poupon. «Si on avait pris les bonnes décisions, notre petit gars serait ici avec nous et courrait, soutient M. Savard, les yeux pleins d'eau. Ce n'est pas rien, il y a eu mort d'enfant. Moi, j'appelle ça un meurtre!»
L'histoire remonte au 14 mars 2011, au moment où Mélanie Pelletier, alors enceinte de presque 34 semaines, est examinée par un premier médecin à l'Hôpital de Sainte-Anne-des-Monts, se plaignant de contractions depuis presque cinq heures. «Il m'a dit que je pouvais m'en retourner chez nous et de revenir si ça rempirait, relate-t-elle. Mais j'ai dit à une infirmière que je ne bougerais pas d'ici. Je suis allée m'asseoir dans la salle d'attente.»
Presque deux heures plus tard, elle est examinée par un autre médecin qui s'aperçoit que son col de l'utérus est dilaté à 10 cm et que le travail est commencé. Il s'écoulera presque deux autres heures avant que le bébé ne naisse par césarienne d'urgence. Devant les complications que présente le nouveau-né, celui-ci est transféré par avion-ambulance vers Québec.
«On n'a jamais eu de soutien pendant et après les événements, sauf un appel du CLSC quand notre histoire a été médiatisée», déplore M. Savard.
Le CSSS réfute
«On a fait des pieds et des mains pour faire venir l'avion-ambulance d'abord pour le bébé, puis le lendemain pour la mère», réfute la directrice de la qualité et de la gestion des risques du CSSS, Marjorie Pigeon. «C'est exceptionnel de faire venir deux fois l'avion-ambulance en moins de 24 heures. Un contact a ensuite été établi auprès d'une travailleuse sociale pour que le père puisse avoir du soutien financier pour se rendre à Québec. Je trouve ça triste qu'ils disent ça.»
Mélanie Pelletier et Bengy Savard avalent aussi de travers la réaction du directeur général par intérim du CSSS au rapport du coroner. Bertin Riverin n'adresse aucun blâme envers le personnel soignant et soutient qu'il y avait autant de risques à transférer la femme enceinte vers Matane que de la garder à l'hôpital de Sainte-Anne-des-Monts, même si celui-ci ne disposait pas de service d'obstétrique. «Le dilemme qu'il soulève est ridicule», fulmine M. Savard.
En contrepartie, le couple salue les services offerts par le personnel du CHUL. «J'étais très bien entourée, en particulier par une infirmière qui avait beaucoup de compassion, se souvient Mélanie Pelletier. Elle m'a dit que je vivais une histoire d'horreur!»