New Richmond: deux hommes contre la «machine» Hydro-Québec

Raynald Murphy qualifie de pitance la somme offerte... (Photo collaboration spéciale Gilles Gagné)

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Raynald Murphy qualifie de pitance la somme offerte par Hydro-Québec pour dédommager ses pertes de bois et de jouissance de sa terre.

Photo collaboration spéciale Gilles Gagné

 

Gilles Gagné, collaboration spéciale
Le Soleil

(New Richmond) Hydro-Québec a entamé mercredi, par l'intermédiaire d'un sous-traitant, une coupe forestière sur les terrains de deux propriétaires de lots boisés de New Richmond, même si ces citoyens, Raynald Murphy et Léopold Audet, ont refusé d'encaisser ce qu'ils qualifient de «pitance» les indemnisations offertes par la société publique pour exproprier leurs terres.

Raynald Murphy a reçu un chèque de 600 $, comparativement à 2000 $ pour M. Audet. Les chèques trônent dans les dossiers des deux hommes, qui assurent que la ligne de raccordement du parc éolien de TransAlta, actuellement en construction dans l'arrière-pays de New Richmond, à Saint-Alphonse et à Caplan, leur causera des désagréments bien supérieurs.

Raynald Murphy est menuisier et il utilise surtout le bois de ses terres pour ses travaux. Il possède un moulin pour transformer son bois. La ligne de raccordement d'Hydro-Québec lui fera perdre 450 arbres qui arriveraient à maturité dans 15 ans. Au prix actuel du marché, ce bois pourrait valoir 90 000 $ en 2027.

«Au total, Hydro-Québec m'a offert 1500 $, dans le meilleur temps. Pour le moment, j'ai seulement le chèque de 600 $. On dirait que ça diminue tout le temps, comme pour me faire plier. Ils utilisent l'intimidation, le harcèlement et il n'y a jamais eu de vraie négociation», déplore M. Murphy.

Jeudi, il a poliment convaincu le sous-traitant de ne pas entamer les travaux de déboisement sur son terrain. Après conversation avec Léopold Audet, il a aussi demandé à l'entrepreneur forestier de cesser la coupe chez son voisin, également sur un ton cordial. Les travailleurs forestiers se sont retirés.

Deux heures plus tard, il recevait un appel de l'avocat représentant Hydro-Québec, pour l'avertir de respecter les termes d'une décision d'expropriation émise au palais de justice de New Carlisle il y a cinq semaines.

Depuis le 4 juillet, Hydro-Québec jouit d'un avis de transfert», un document statuant que les propriétés de MM. Murphy et Audet sont expropriées à des fins de servitude pour que la société publique et ses sous-traitants dégagent le terrain où passera sous peu la ligne de raccordement. Les deux hommes n'ont pas contesté cet ordre de la Cour supérieure dans les 30 jours suivants.

«Qu'est-ce qu'on peut faire en cour contre la machine d'Hydro-Québec, deux citoyens comme nous? Je ne crois pas en la "justice". On conteste les sommes au Tribunal administratif du Québec. C'est ce qu'on a les moyens de faire», souligne Raynald Murphy.

«On est exploités»

Au téléphone, Léopold Audet, un agriculteur à la retraite qui est toujours producteur de bois, raconte d'une voix posée le désabusement engendré par les manières d'Hydro-Québec. «J'ai 73 ans, j'ai des problèmes de santé et j'ai fait un gros effort pour régulariser la situation avec Hydro [...] On est exploités. J'ai une pleine valise de documents concernant cette affaire. J'ai des lettres écrites, dont une envoyée au président-directeur général Thierry Vandal [...] Je demande 10 000 $ pour la servitude et 2000 $ pour l'utilisation de ma terre comme stationnement, sans permission», aborde M. Audet.

Comme pour lui donner raison, pendant l'appel du Soleil, un fardier transportant ce qui ressemble à une déchiqueteuse, se stationne et laisse sa cargaison, à des centaines de mètres du chantier de coupe. M. Audet assure qu'aucune permission ne lui a été demandée. C'est comme ça depuis janvier.

«Il y a énormément d'erreurs dans les papiers que nous envoie Hydro-Québec. Les numéros de lots ne sont pas les bons. Les calculs sont erronés. Pour eux, 9 + 9 = 17!» ajoute M. Audet. Raynald Murphy fait valoir que les petits arbres plantés sur sa terre et celle de M. Audet «ont coûté de 1 $ à 1,50 $ par plant. On a éclairci, élagué et maintenant, on nous donne 50 ¢ par arbre, quand on déduit les montants pour l'arpentage et les désagréments à vie. En plus, Hydro-Québec est venue m'offrir 300 $ pour l'arpentage, deux semaines après l'avoir fait, sans ma permission», souligne-t-il.

Geneviève Cloutier, porte-parole d'Hydro-Québec dans ce dossier, affirme que «nos responsables parlent beaucoup avec les propriétaires» et qu'«Hydro-Québec cherche à s'entendre à l'amiable» avec eux.

Elle rappelle que les barèmes de calcul des indemnisations sont basés sur une entente entre Hydro-Québec et l'Union des producteurs agricoles depuis 1986. «La majorité des propriétaires ont signé, sauf deux.»

Raynald Murphy n'est pas démonté par cet argument. «Bien des gens ont lâché parce qu'ils étaient tannés.»

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