Embauchée par la Société historique Machault pour faire progresser les connaissances concernant les événements de la période avoisinant 1760, dont la bataille de la Ristigouche, Mme Duguay a été renversée de voir avec quels faibles moyens les Français, appuyés par les Acadiens et les Micmacs, ont retardé l'avancée des Anglais à la Pointe-à-la-Batterie.
«C'est un ouvrage militaire en terre, un talus de terre pour arrêter la progression d'une armée. Un bastion en terre, je n'ai jamais entendu parler de ça. C'était le premier rempart en Gaspésie. Ils ont retardé l'avancée des Anglais avec un décor de carton-pâte», dit-elle en parlant de sa trouvaille, réalisée avec son assistant, Tommy-Simon Pelletier, un étudiant à la maîtrise en archéologie originaire de Sainte-Anne-des-Monts.
Les Français étaient partis du Vieux Continent le 10 avril 1760 avec cinq vaisseaux marchands et une vingtaine de plus petits bâtiments pour prêter main-forte à la Nouvelle-France, alors que Québec avait capitulé l'automne précédent et que Montréal résistait avec peine.
Les forces fraîches sont attaquées peu après leur départ de France et ils perdent deux de leurs grands navires. Dans le golfe Saint-Laurent, le 14 mai, les Français s'emparent d'un navire marchand anglais et l'amiral Chenard de la Giraudais découvre des papiers prouvant qu'une flotte anglaise les a précédés. Selon les ordres, une preuve que l'effort pour reconquérir la Nouvelle-France était timide, la flotte française devait désormais se rendre en Louisiane ou à Saint-Domingue pour décharger sa cargaison.
Installer une batterie
Ils décident plutôt de se réfugier dans la baie des Chaleurs. Le 23 juin, trois navires de premier rang de la flotte royale britannique, deux frégates et quatre goélettes atteignent l'estuaire de la rivière qu'on épelait alors Ristigouche. Chenard de la Giraudais fait alors installer une batterie sur une pointe qui portera désormais ce nom, un peu à l'ouest de la pointe à la Garde, nom que portera éventuellement un village gaspésien, faisant maintenant partie d'Escuminac. La batterie ne compte que cinq canons.
«C'est incroyable ce qu'ils ont fait en si peu de temps, avec de la terre et des arbres», souligne Françoise Duguay. «La batterie a été prévue pour retarder les Britanniques, pas pour gagner la bataille. Ils ont fait réfléchir les Anglais, qui voulaient emprunter le bon chenal. Les Britanniques ont d'abord emprunté le faux chenal. La bataille a duré 17 jours. La batterie a retardé de six jours l'avancée des Anglais. Ce retard a permis aux Français et aux Acadiens de s'organiser [plus haut sur la rivière Restigouche]. Il n'y a pas eu des centaines de morts lors de cette bataille, et c'est probablement grâce à l'efficacité de la batterie. Ça a fini par une égalité, une nulle.»
Après quatre jours sur le terrain en juin, Mme Duguay et M. Pelletier ont effacé toute trace de leur passage à la Pointe-à-la-Batterie, selon les normes archéologiques. Elle veut convaincre les «chasseurs de trésor» de ne pas tenter de trouver des vestiges de l'époque 1760.
«Ramasser des objets sans leur contexte, ça ne sert pas à grand-chose. Des gens s'approprient un bien qui est collectif. Les gens veulent avoir des objets du XVIe, XVIIe et XVIIIe siècle chez eux. Mais ces objets se détériorent dès qu'ils sont sortis du sol [...] Il faut laisser les objets aux professionnels», dit-elle.
D'autres campagnes souhaitées
Michel Goudreau, de la Société historique Machault, de Pointe-à-la-Croix, souhaite ardemment que d'autres campagnes soient menées aussi vite que possible afin de mettre en lumière de façon ordonnée, c'est-à-dire sous la supervision d'archéologues, le riche potentiel des rives de la rivière Restigouche.
«Ça démontre une fois de plus qu'il faut aller plus loin, qu'il y a quelque chose d'intéressant à fouiller dans notre secteur», conclut-il, en parlant de la découverte de Françoise Duguay.
La recherche menée en juin a coûté 9000 $, une somme fournie par le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.