Ce silence a pratiquement été imposé par tous les médias ayant traité du livre de Mme McInnis, La survivante, publié en juin 2009, parce que pas un seul journaliste, jusqu'à récemment, a tenté d'obtenir la version de la famille Langlois ou de répondre par un accusé de réception aux appels à la modération lancés par Claire Langlois. Depuis 2009, elle a tenté de communiquer, mais en vain, avec une dizaine de journalistes et d'éditeurs pour présenter le point de vue de sa famille.
Jules Langlois a mis le feu à sa demeure après avoir répandu de l'essence dans sa chambre, où dormaient ses garçons de six et deux ans. Le drame, survenu vers 4h, avait secoué le village gaspésien.
Dans son livre, Marie-Paule McInnis dépeint les membres de la famille de Jules Langlois comme des êtres odieux. Elle a changé leurs prénoms, même si elle qualifie son livre d'autobiographie «afin de protéger leur identité».
«Nous ne nous sommes jamais chicanés avec elle. Pourquoi nous haïr autant? Nous comprenons qu'elle puisse détester Jules. Il n'y a pas un membre de la famille d'accord avec ce qu'il a fait. Nous avons toujours eu de la compassion pour cette femme qui a perdu ses deux fils. Nous avons aussi perdu trois êtres que nous aimions», aborde Claire Langlois, une notaire récemment retraitée.
«Nous aurions pu poursuivre Marie-Paule et certains journalistes. Nous n'avons pas pris la voie des médias [...] Tout le monde nous disait: "Ça va tomber dans l'oubli." Des avocats nous ont conseillé la même chose. C'est rendu à 40 000 livres vendus. Il y a toutes ces émissions qui nous décrivent comme des monstres. On n'a jamais pensé que ça prendrait cette ampleur [...] Ça affecte nos enfants», précise Claire Langlois.
Andrée Langlois et son conjoint Michel Jones, soeur et beau-frère de Claire Langlois, sont aussi outrés des écrits et des déclarations de Marie-Paule McInnis, cousine de M. Jones. Mme McInnis et Jules Langlois étaient les meilleurs amis du couple Langlois-Jones. Andrée et Claire Langlois décèlent ce qu'ils qualifient «de nombreuses faussetés» dans le livre et fournissent quand ils le peuvent des preuves des dérives véhiculées par Mme McInnis. En voici quelques exemples.
? À la page 112 du livre, Marie-Paule McInnis écrit que lors du baptême de son premier fils, Jérôme, le 4 février 1990, «pendant toute la cérémonie, je n'ai pas eu le droit de tenir mon bébé dans mes bras». Une vidéo du baptême la montre toutefois entrer dans l'église en portant le bébé, et des photos la montrent en le tenant, devant l'autel.
? À la page 137, Mme McInnis affirme qu'au cours de sa vie avec Jules Langlois, elle était «affublée de [ses] vieux vêtements» et qu'elle n'avait «pas le droit de [se] pomponner d'aucune façon», étant le «souillon du château». Sur une centaine de photos de famille consultées par Le Soleil, elle apparaît bien maquillée, bien vêtue et bien coiffée. Elle porte de plus un manteau de fourrure lors du baptême du 4 février 1990.
? À la page 109, Mme McInnis affirme que sa belle-mère, Françoise-Paule Roy-Langlois, lui fut imposée par Jules Langlois pour l'aider à se relever de l'accouchement de Justin, survenu le 16décembre 1989. «Elle dormait avec moi dans le lit conjugal et, lorsque venait le temps de la tétée, elle ne me réveillait pas, prenant elle-même mon sein pour faire boire mon bébé.»
Cette version est vigoureusement contestée par Andrée Langlois et Michel Jones. MmeLanglois a aussi accouché le 16 décembre 1989, à Chandler, dans le même hôpital que Marie-Paule McInnis, (un fait reconnu par cette dernière), mais plusieurs heures plus tard. «Nous sommes allés voir Marie-Paule en soirée. [...] J'avais des contractions depuis le septième mois et je n'étais pas supposée accoucher ce soir-là [...] L'infirmière m'a dit que je devrais rester et j'ai accouché une heure plus tard. Dans le livre, Jules est censé lui avoir serré la face [de Mme McInnis] ce soir-là. Mais tout le monde était de bonne humeur. On a eu tellement de plaisir, toutes les deux à l'hôpital, en allaitant nos enfants. [...] Dans son livre, elle vient salir cette mémoire», déplore Andrée Langlois.
? À la page 242, Mme McInnis fait état, alors qu'elle était hospitalisée à la suite de la perte de ses deux fils, de la panique qu'elle éprouvait «juste à l'idée de les rencontrer», en parlant des membres de la famille Langlois.
Claire Langlois, son conjoint Adrien Viens, Andrée Langlois et Michel Jones ont un souvenir très différent de la rencontre du 2 juillet. «Elle nous avait demandé de venir. Quand on est entrés dans la chambre, elle a demandé à maman: "Me pardonnez-vous pour tout ce que j'ai fait? Madame Langlois, depuis que ma mère est morte, vous êtes comme ma mère." Maman a répondu: "Je n'ai pas à pardonner. Tu seras toujours comme ma troisième fille"», racontent Claire et Andrée Langlois.
? À la page 90, Mme McInnis dit avoir été rouée «de coups de pied» par Jules Langlois lors de sa première grossesse. Elle mentionne à plusieurs reprises dans le livre avoir été agressée physiquement par son conjoint. En entrevue à Denis Lévesque, de TVA, elle a pourtant hésité à répondre, d'abord par la négative, quand il lui a demandé s'il l'avait violentée. Elle a dit ensuite «peut-être une fois».
Jules Langlois prenait des notes dans ses agendas. Le 27 janvier 1993, il écrit, alors que le couple est séparé pour une des nombreuses fois, qu'il va chercher son fils chez Mme McInnis et qu'elle «ne veut pas. Je le prend [sic] ds [dans] mes bras, elle me donne une claque».
Claire et Andrée Langlois affirment avoir reçu les confidences de Jules Langlois au sujet de la violence verbale et physique de Marie-Paule McInnis. «Elle disait à Jules, selon ce qu'il nous rapportait: "Je vais tout faire pour que tu me frappes."»
Michel Jones appuie. «Jules, enlève ce qu'il a fait le 2 juillet [1996], c'était le meilleur gars du monde [...] Il était dépressif. Il était brûlé. Il ne voyait plus de porte [...] Je ne suis pas d'accord avec ce qu'il a fait, mais mis à part ça, il était comme une mère pour ses enfants. Trop, il en faisait trop.»