Hydrocarbures en mer: des failles dans le rapport, selon un scientifique

La pêche est l'industrie qui souffrirait le plus... (Collaboration spéciale, Geneviève Gélinas)

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La pêche est l'industrie qui souffrirait le plus d'une catastrophe liée au déversement d'hydrocarbures.

Collaboration spéciale, Geneviève Gélinas

Gilles Gagné, collaboration spéciale
Le Soleil

(Carleton) «De toute évidence, ce n'est pas une consultation. Le ministère [des Ressources naturelles et de la Faune] prend pour acquis qu'il y aura exploration et exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent.» Le professeur en océanographie chimique Émilien Pelletier, de l'Institut des sciences de la mer à Rimouski, réagit ainsi à la lecture de l'étude environnementale stratégique.

En entrevue au Soleil, M. Pelletier prend deux fois le soin de préciser qu'il n'est «pas activiste environnemental» et qu'il n'est «pas un opposant virulent à l'exploitation pétrolière au large des côtes. Mais il faut mettre en place un encadrement différent d'ailleurs. Je n'ai pas vu ça dans le rapport».

L'encadrement doit être différent de celui des États-Unis, où l'on vit avec les désastres de la plate-forme Deepwater Horizon (dans le golfe du Mexique en 2010) et du pétrolier Exxon Valdez (en Alaska en 1989), «parce que le gouvernement canadien, même s'il se pète les bretelles avec sa réglementation, n'en a pas une différente de celle des Américains», dit-il.

Aberration

Le simple fait que l'étude tombe sous la responsabilité du ministère des Ressources naturelles plutôt que sous celle du ministère de l'Environnement est une aberration, note-t-il, «mais ça respecte la logique du début : on ne pose pas la question : "On fait ou on ne fait pas?" On prend pour acquis qu'on fait et qu'on fait bien».

Pourtant, enchaîne M. Pelletier, le document de Genivar recèle maintes failles. «Ce qui m'a frappé, c'est qu'on ne parle pas d'un impact sur un écosystème, d'écologie marine, d'écotoxicologie marine. On parle des oiseaux, des poissons. C'est un inventaire [...] On ne parle jamais de risques dans ce document. On parle de sensibilité [...] On ne parle pas de danger de déversement ou du danger d'interférence avec d'autres activités comme le tourisme et les pêches.»

Il voit des «attrape-nigauds» dans le rapport. «Il y aura un plan d'urgence. Il y aura un système intégré de gestion des données. Mais on voit ça dans tous les lieux d'exploration et d'exploitation en mer! Il y aura un comité de citoyens pour assurer une vigilance. Ça, c'est la meilleure! C'est exactement comme dans le golfe du Mexique. Ils [les citoyens] se font remplir par l'industrie [...] S'il y a une leçon à tirer, après l'accident du golfe du Mexique, c'est qu'il ne faut jamais croire ce que les compagnies vont dire aux citoyens.»

Il a vu une autre contradiction fondamentale dans le document. «On identifie tous les secteurs pour lesquels on manque de connaissances. S'il manque de connaissances, il faut les acquérir. On ne peut déterminer que l'exploration et l'exploitation vont aller de l'avant en pareille situation», note M. Pelletier.

Il estime en outre que les critères de sensibilité utilisés dans l'étude semblent avoir été choisis bien arbitrairement, comme s'il fallait les accepter tels quels. Émilien Pelletier est abasourdi chaque fois qu'il est question de frontières dans le golfe.

«Sur le plan environnemental, il faudrait tenir compte de l'ensemble du golfe. Il faudrait une étude conjointe pour toutes les provinces», dit-il.

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