Les lacunes les plus flagrantes touchent les zones intérieures bordant les rivières. Présentement, huit cartes de rivières gaspésiennes ont été préparées entre 2003 et 2005, en plus des cartes récentes des zones inondables de la rivière Nouvelle et de la rivière au Renard. Dans le second cas, elle a été faite après les inondations de 2007.
Des exercices similaires sont en cours pour trois autres rivières, mais la Gaspésie en compte plus de 30.
Le préfet de la MRC de Bonaventure et maire de Saint-Siméon, Jean-Guy Poirier, trouve que la situation actuelle «est un non-sens». Il l'a souligné à la ministre régionale Nathalie Normandeau le 16 décembre, au lendemain des fortes pluies ayant causé des dommages à plus de 300 maisons en Gaspésie.
Elle venait de préciser que la caisse du ministère de l'Environnement était «à sec» pour la préparation de nouvelles cartes de zones inondables. Elle n'avait aucune indication quant au renflouage éventuel du budget de cartographie «à court, moyen ou long terme».
Des schémas datant des années 80
En matière d'inondation, les municipalités gaspésiennes s'appuient principalement sur des schémas d'aménagement remontant aux années 80.
«Une municipalité, ça marche par règlement. On n'a présentement aucun règlement légal en matière de zones inondables, et les municipalités ne peuvent se payer le luxe de prendre à leur charge la préparation des cartes», précise Jean-Guy Poirier.
Les municipalités, dit-il, sont prises entre deux feux. Elles n'ont pas les outils pour interdire à des particuliers de s'établir en zone inondable, et elles n'ont pas plus de moyens d'autoriser certaines constructions.
«Ça nous cause des problèmes. On n'a aucune donnée fiable. On peut se faire prendre de deux façons. Des gens vont nous blâmer pour un refus sans motif ou pour l'émission d'un permis à un endroit où la personne se fait inonder. On peut se faire poursuivre dans les deux cas. Ça coûte du temps et de l'argent pour prouver tu étais correct», explique le préfet Poirier.
L'État québécois a eu du temps pour ajuster le tir, estime-t-il. Depuis janvier 2007, il y a eu en Gaspésie au moins cinq épisodes de précipitations avoisinant ou dépassant 100 millimètres de pluie, et une chute de neige de 90 centimètres, ce qui est équivalent.
Mis à part de rares projets ponctuels, la caisse du ministère de l'Environnement est à sec depuis 2004 en matière de cartographie des zones inondables. Jean-Guy Poirier juge que Québec n'a rien épargné.
«Le gouvernement aurait sauvé de l'argent s'il avait fait la cartographie de notre région. Il risque maintenant d'être pris pour déménager du monde ou pour faire des ouvrages de protection, et il devra tout de même faire la carte», dit le préfet de Bonaventure.
Depuis 2005, un décret de l'État québécois donne plus de latitude aux municipalités voulant limiter des constructions, «même si on travaille avec des cartes pas fiables», précise Gaétan Bélair, aménagiste de la MRC de Bonaventure. «Il faut travailler pour protéger les gens contre eux-mêmes.»