Occasion: au lendemain d'une performance avant-gardiste aux Jeux de Londres, les trois nageuses de la région se retirent de la compétition
Rentrées de Londres sans médailles olympiques, à un tout petit pas du podium, Élise Marcotte, Valérie Welsh et Marie-Pier Boudreau-Gagnon quittent la compétition et la nage synchronisée avec le sentiment du devoir accompli. Car c'est avec la certitude d'avoir fait avancer un sport qui les passionne depuis près de 20 ans que ces trois sirènes retrouvent la terre ferme, pour y relever de nouveaux défis.
Véritables ambassadrices de la région sur la scène internationale, Marcotte, Welsh et Boudreau-Gagnon ont, en compagnie de leurs six coéquipières de la formation nationale, ébloui le monde lors des Jeux de Londres, avec une performance étonnante, ouvrant une fenêtre sur l'avenir de la synchro. Comment? En y repoussant les limites acrobatiques du sport et en y redéfinissant les lignes et mouvements, avec l'aide de l'entraîneur de ski acrobatique Luc Belhumeur et de spécialistes universitaires en biomécanique.
Des juges plus sensibles à l'aspect esthétique des présentations n'auront toutefois pas récompensé à leur juste valeur, du moins dans l'esprit de la formation nationale, les innovations proposées dans un programme libre inspiré de l'esthétique du Cirque du Soleil. Cela n'a pas empêché les Marcotte, Welsh et Boudreau-Gagnon d'accepter avec grâce le verdict londonien.
«La reconnaissance des juges, c'est toujours apprécié pour un athlète, mais la nage synchronisée, on le fait pour faire triper le monde. Pour nous, les Jeux olympiques, c'était une compétition comme les autres. Ce qu'on voulait, c'est faire triper notre ville, notre province, notre pays... En bout de ligne, c'est meilleur qu'une médaille!» affirme Valérie Welsh, une étudiante en médecine vétérinaire, qui trouve sa sérénité dans les nombreux messages d'appuis reçus, même de la part de compagnons de classe masculins!
Et faire triper, les trois nageuses québécoises y sont parvenues de façon spectaculaire! Depuis leur performance avant-gardiste de Londres, les clubs de nage synchronisée de la région croulent sous les inscriptions. Seulement au club Synchro Chaudière-Appalaches, 20 nouvelles inscriptions ont été enregistrées, cet automne. «C'est énorme pour une session!» note Valérie Welsh, qui trompe maintenant le «premier amour de sa vie» avec le water-polo.
Le reste du temps, la nageuse originaire de Saint-Nicolas se trouve sur des bancs d'école, à Saint-Hyacinthe. Pour Marie-Pier Boudreau-Gagnon, ce sont d'exigeantes études en pharmacie, à l'Université Laval, qui occupent désormais toute la place. Quant à Élise Marcotte, qui vient tout juste d'être acceptée à la maîtrise en marketing aux HEC - elle pourrait également poursuivre ses études à Laval -, son plus grand défi est de trouver un équilibre dans sa nouvelle vie de retraitée. Renouant avec famille et amis, elle n'hésite pas non plus à sauter dans la piscine pour aider les jeunes filles qu'elle entraîne. L'athlète olympique ne s'ennuie toutefois pas, pour l'instant, des séances quotidiennes à 6h45! «Là, je n'ai qu'à me rendre à l'université à 8h30! Ça fait partie des plaisirs de ma nouvelle vie!» admet-elle.
Il faut dire que, comme ses deux coéquipières, Élise Marcotte quitte son sport l'âme en paix, sachant que l'avenir de la synchro canadienne est entre bonnes mains. «Il y a tellement de potentiel parmi les filles qui montent! Il s'agit maintenant de l'exploiter. Je n'ai pas de doutes que ces filles-là sont prêtes. Elles attendaient juste qu'on s'en aille!» s'esclaffe la pétillante nageuse.
Chose certaine, la nouvelle génération de nageuses ne trouvera pas de plus grandes fans que leurs prédécesseures. «Je serai la première à pleurer quand elles vont obtenir une médaille!» affirme Welsh.
Surtout que les trois athlètes québécoises sauront qu'elles y auront sans doute contribué... «Tant mieux si notre performance permet au sport de se remettre en question, surtout par rapport du pointage. La nage synchronisée est un sport qui a tellement évolué au niveau technique! Malheureusement, le système de pointage n'a pas suivi. Il reste que c'est un sport jugé. Établir des standards plus précis pourrait faciliter le jugement», conclut Welsh, évoquant la proposition de changements de règlements que Synchro Canada s'apprête à déposer auprès de la FINA.