Dyane Adam: le français, le mandat d'une vie

La pugnacité de Dyane Adam pour défendre les... (Le Soleil, Yan Doublet)

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La pugnacité de Dyane Adam pour défendre les francophones lui a valu le poste de commissaire aux langues officielles.

Le Soleil, Yan Doublet

 

Jean-Pascal Lavoie
Le Soleil

(Québec) Lauréate: Dyane Adam

 

Occasion: elle vient d'être reçue membre de l'Ordre du Canada

Après avoir livré un nombre incalculable de batailles en Ontario pour, entre autres, la cause des femmes, l'enseignement supérieur en français et la préservation de la vocation francophone de l'hôpital Montfort, c'est sur l'île d'Orléans que Dyane Adam, ex-commissaire aux langues officielles, a choisi de s'établir pour sa retraite.

«C'est un choix qui s'est imposé, dit-elle. Mon mari et moi avons commencé notre carrière à Baie-Comeau et Québec est un peu devenue la ville de référence, là où on allait en ville. Et depuis 25 ans, nous y avons un pied-à-terre. C'est un peu notre point d'ancrage.»

Cadette d'une famille de 16 enfants, Dyane Adam est née et a grandi à Casselman, un petit village qui était «à 99,9 % francophone», dans l'Est ontarien. «À cette époque, au-delà du primaire, il n'existait pas de droit à l'enseignement en français en Ontario, explique-t-elle. Mais par défaut, à Casselman, le secondaire était en français, sauf les cours de science.»

Des profs unilingues anglophones, du matériel anglophone et des élèves francophones. «On se débrouillait comme on pouvait, mais le taux de décrochage était très élevé», souligne Mme Adam.

Naissance de la fibre militante

C'est peut-être en étant confrontée à une telle injustice que la fibre militante de Dyane Adam s'est éveillée, mais c'est plus tard, au contact de ses patientes que la psychologue de formation a décidé de passer à l'action. «J'ai réalisé que les sources de la détresse des femmes étaient souvent les mêmes et étaient rattachées aux conditions sociales, au manque d'opportunités. Je me suis dit qu'il fallait que je passe à l'action pour changer l'environnement de ces femmes.»

Cette prise de conscience l'amène à un poste de professeure à l'Université Laurentienne, à Sudbury, où elle fondera le Réseau de développement des groupes d'entraide de Sudbury-Manitoulin et le Collectif des femmes francophones du Nord-Est ontarien.

À l'Université Laurentienne, la question linguistique la rattrape, alors qu'elle devient vice-rectrice adjointe, Enseignement et services en français. Dyane Adam participe alors à l'élaboration d'un plan de développement de l'enseignement de deuxième cycle en français en Ontario «pour que les francophones aient accès à tous les programmes dans leur langue. Et c'est passablement bien réussi», note-t-elle.

Les grands combats

En 1994, on lui offre le poste de principale (l'équivalent, au Québec, de rectrice) du Collège Glendon de l'Université York. Commence bientôt l'un de ses grands combats, qui la conduira ultimement à Ottawa au Commissariat aux langues officielles.

À cette époque, le gouvernement ontarien de Mike Harris avait mis en oeuvre sa «Révolution du bon sens» et sabrait allégrement ses dépenses. Tandis qu'à l'Université York, on envisageait de laisser tomber la vocation bilingue de l'institution, l'hôpital Montfort, à Ottawa, était menacé du même sort.

Sa pugnacité pour défendre le droit des francophones de poursuivre des études supérieures dans leur langue avait été remarquée à Ottawa. «J'ai reçu un appel du cabinet du premier ministre pour m'informer que j'étais sur la liste courte pour le poste de commissaire aux langues officielles. Le lendemain, je rencontrais Jean Chrétien et quelques heures plus tard, j'avais le poste!»

À ce poste, elle s'impliquera dans de nombreux dossiers: celui de l'hôpital Montfort, évidemment - «il n'y a pas un francophone en Ontario qui n'a pas participé à cette bataille», note-t-elle -, les services d'Air Canada, le durcissement des exigences linguistiques pour les hauts fonctionnaires, l'élaboration d'un Plan d'action pour les langues officielles, et même les fusions municipales au Québec, ce qui irritera au plus haut point Bernard Landry, le premier ministre d'alors.

Dyane Adam croit d'ailleurs que d'avoir été la plus jeune d'une famille de 16 enfants l'a grandement aidée à faire avancer la cause du bilinguisme pendant ses années à Ottawa. «Dans une telle famille, on apprend vite à lire les gens, à les comprendre, à concilier les différences et à jouer des coudes. Avec 10 frères aînés, quand je suis arrivée à Ottawa, les p'tits coqs, je connaissais ça!»

Aujourd'hui, la toute nouvelle membre de l'Ordre du Canada accueille cet honneur avec un certain malaise. «On reconnaît mes réalisations, mais pour moi, elles ne sont pas personnelles. Pendant toute ma carrière, j'ai eu la chance d'être épaulée par des gens de vision. J'accepte l'honneur, mais au nom de toutes ces personnes.»

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