Occasion: Il a reçu un prix Étudiant-chercheur étoile pour ses travaux parus en novembre dans
la revue Science.
«On avait fait un album quand j'étais en sixième année où on écrivait ce qu'on voulait faire plus tard. Et je me souviens que j'avais écrit que je voulais être soit scientifique, soit inventeur.»
À 28 ans maintenant, Vincent Demers-Carpentier a encore amplement le temps de devenir inventeur. Mais avec une douzaine de publications en chimie à son actif, dont une dans la prestigieuse revue Science, un doctorat sur le point d'être complété et une bourse postdoctorale en poche, on peut dire qu'il a atteint son but.
Le Scientifique en chef du Québec vient d'ailleurs de lui remettre l'un de ses trois premiers prix Étudiant-chercheur étoile pour ses travaux parus en novembre dans Science.
Cette étude portait sur la chimie dite «chirale». Un peu comme la main droite et la main gauche, plusieurs molécules existent en deux versions qui sont la réflexion l'une de l'autre. Bien qu'il s'agisse exactement des mêmes atomes assemblés (presque) de la même façon, leur chiralité a une grande importance en pharmacologie, parce que les récepteurs à la surface de nos cellules sont souvent sensibles à la chiralité.
Pour cette raison, les compagnies pharmaceutiques doivent s'assurer de vendre uniquement une version, «gauchère» ou «droitière», de leur médicament, mais comme ces molécules sont presque identiques (même chimie, même point d'ébullition, même masse, etc.), elles sont extrêmement fastidieuses à séparer.
«Voir» les molécules
M. Demers-Carpentier et son équipe furent les premiers à «photographier», grâce à un microscope à effet tunnel (assez puissant pour «voir» des molécules), ce qui se passe à une étape clé des réactions chimiques qui mènent à chiralité. Éventuellement, ces travaux aideront à contrôler la chiralité des molécules, ce qui rendra la chimie pharmaceutique plus économique et plus verte.
«La recherche, ça peut être extrêmement frustrant. On travaille pendant des mois et des mois sans obtenir de résultats intéressants. [...] Quand j'ai vu les premières images, il devait être 4 ou 5h du matin. Je suis allé me coucher, puis je suis revenu vers midi pour montrer ça à mon prof [le chimiste Peter McBreen]. Le rush d'adrénaline du moment où ça finit par déboucher, ça vaut toutes les nuits blanches et ça compense pour tout le reste. C'est ça qui te fait continuer», dit
M. Demers-Carpentier.
Né et ayant grandi à Beauport, le jeune chercheur a poursuivi ses études au Cégep Limoilou avant de faire un petit détour par le génie physique, à l'Université Laval. «À la base, je voulais étudier les supraconducteurs [matériaux qui n'offrent aucune résistance au courant électrique à très basse température, N.D.L.R.] à l'Université de Sherbrooke.» C'est un stage en chimie l'a fait changer d'idée - tant pis pour Sherbrooke.
M. Demers-Carpentier s'embarquera bientôt pour Chicago, où il étudiera la chimie du graphène (un matériau nouveau et on ne peut plus prometteur) en tant que stagiaire postdoctoral. «C'est différent d'un labo à l'autre, mais j'aime bien la diversité de tâche qui vient avec ce travail. Des fois, on fait du génie électrique quand on entretient nos machines, d'autres fois on fait presque de l'horlogerie quand on remplace de toutes petites pièces. [...] C'est jamais pareil.»