La directrice artistique du Club musical de Québec s'apprête, après avoir oeuvré pendant 42 ans au sein de l'organisation, à négocier un important virage. Elle dévoilait il y a quelques jours les détails de la nouvelle saison, sa dernière à la tête du Club.
Le jour approche où Louise Forand-Samson empruntera de nouveau l'autoroute Jean-Lesage. Sauf que cette fois, ce sera pour s'installer de façon permanente à Montréal. Un accident de voiture relativement grave dont elle a été victime récemment l'a fait réfléchir. «Ça m'a donné une leçon, dit-elle. Je me suis rendu compte que j'étais désormais toute seule à Québec.» Son fils, son petit-fils et sa soeur, sans oublier un amoureux, habitent tous dans la région de la métropole.
La future ex-directrice du Club a donc jugé que le temps était venu de passer le flambeau. Elle voulait partir l'esprit tranquille. En gestionnaire responsable, elle s'est personnellement occupée de former Marie Fortin, qui prendra progressivement sa relève.
Mme Samson n'est pas du genre à rester sur le pas de la porte une fois qu'elle a dit au revoir. Hors de question de jouer les belles-mères. Tant qu'à prendre une nouvelle route, aussi bien y aller sans se retourner. Voilà pourquoi elle a choisi l'exil. Montréal, c'est juste assez loin pour qu'elle se mêle de ses affaires.
Louise Forand-Samson a passé de nombreuses années dans la capitale. C'est à Québec qu'elle et son mari, l'ancien critique musical du Soleil Marc Samson, ont élevé leur unique enfant. Pianiste de formation, elle fut dans le temps l'une des très bonnes accompagnatrices du Conservatoire de musique.
L'aventure d'une vie
Le Club musical de Québec restera décidément la grande aventure artistique de sa vie, assure-t-elle. Elle lui a donné beaucoup, mais peut-être en a-t-elle davantage reçu encore.
Bien avant l'avènement de Facebook, Louise Forand-Samson s'est bâti un impressionnant réseau d'amis dans les hautes sphères du monde musical. Et on parle ici d'amis intimes. Krystian Zimerman, Ewa Podles, Susan Graham, Renée Fleming, Martha Argerich, Radu Lupu, Garrick Ohlsson, Vadim Repin, Nicholas Lugansky, Alicia de Larrocha avec qui elle a beaucoup voyagé, Maxim Vengerov qu'elle considère comme son fils adoptif, Bryn Terfel qui hurle son prénom lorsqu'il la reconnaît dans les coulisses du Met, Deborah Voigt à qui elle a conseillé l'opération chirurgicale qui a permis à la soprano américaine de remettre sa carrière sur ses rails. «Lorsque j'accueille les invités du Club musical, il y a une sorte d'urgence, explique-t-elle. Jamais on ne parle de la pluie et du beau temps. On n'en a pas le temps. Quand le lien existe, il est très fort. On va droit aux choses de l'âme.»
Des preuves d'amitié, elle a en reçu de nombreuses lorsque son mari est décédé. Un appel de Vienne notamment. À l'autre bout du fil, Gautier Capuçon. Le violoncelliste s'apprête à entrer en scène avec son frère Renaud et lui annonce qu'il dédie leur récital à la mémoire de Marc. Il emportera le téléphone sur scène pour qu'elle puisse l'écouter en direct. «Ce genre d'attention, ça ne s'achète pas», affirme-t-elle.
Son seul regret sera de n'avoir pas pensé à faire autographier son piano, un magnifique Steinway allemand, par la foule de grands interprètes qui y ont posé la patte au fil des années.
Elle dit pouvoir compter sur les doigts d'une main les «emmerdeurs» avec qui elle a dû composer. Même Kathleen Battle, réputée pour ses caprices de diva, a été gentille. Et en compagnie d'Alfred Brendel, elle trouvait encore le tour de rigoler.
Difficile à croire, mais notre dynamique lauréate jure qu'elle n'a aucun défi en vue pour l'instant. Elle s'empresse toutefois de préciser qu'elle garde la porte ouverte!