Pour plusieurs, ce sont des loups. Pour d'autres, des chats. Certains y voient des castors. Et pourquoi pas? Ce qui est clair, c'est que les quatre figures de bronze suspendues dans leur élan devant le Centre des congrès de Québec ne laissent personne indifférent. Pour le plus grand bonheur de Lucienne Cornet.
S'il est une artiste dont les oeuvres sont devenues familières aux gens de Québec, c'est bien Lucienne Cornet. Son Quatuor d'airain, oeuvre ludique et vivante qui découpe le mouvement d'une bête en une série d'instantanés, apparaît comme un clin d'oeil, une joyeuse invitation à la réflexion, presque un appel au dialogue. «Et vous, qu'en pensez-vous?» semble-t-il demander au passant. Quiconque s'y attarde ne repartira pas sans avoir trouvé sa propre réponse à la question.
«C'est ce qui me plaît dans l'art d'intégration. Ça permet de donner une oeuvre au public. Tout le monde peut y avoir accès», fait valoir l'artiste récemment récompensée pour l'excellence, l'originalité et la qualité remarquable de son travail. Loin d'elle l'idée d'imposer quoi que ce soit. Aucune interprétation n'est meilleure qu'une autre. Chacun est libre de s'exprimer sur ce qu'il voit à sa manière.
Si l'art peut toucher le spectateur, l'inverse est tout à fait possible, croit celle pour qui toute sculpture est une invitation au contact direct de la main. Les zones plus brillantes qui sont apparues au fil des ans sur son Quatuor d'airain sont autant de traces laissées par les caresses des passants, fait-elle remarquer, non sans fierté, semble-t-il.
Le contraste en valeur
Le mélange des matières différentes s'inscrit comme un procédé récurrent dans le travail de Lucienne Cornet. C'est le contraste, l'écart entre celles-ci qui, en faisant apparaître un second degré, devient carrément l'oeuvre. Cela est frappant dans Mémoire vive, une sculpture d'acier et de granit installée devant la salle Françoys-Bernier du Domaine Forget. La composition surplombe le fleuve, comme pour témoigner de la beauté grandiose du paysage et rendre hommage à l'ingéniosité et à la force de la nature.
Parlant du Saint-Laurent, notons que c'est à la Grosse-Île qu'on peut admirer le Mémorial des Irlandais, oeuvre lauréate d'un concours canadien créée par un consortium d'artistes, dont Lucienne Cornet. Citons également La Coquecigrue, cette créature hybride imaginée par Rabelais, qui monte la garde sur le lanterneau de l'Espace Félix-Leclerc à Saint-Pierre-de-l'Île-d'Orléans depuis une dizaine d'années.
Bronze et spirale
Plusieurs enfin auront reconnu la manière de Lucienne Cornet dans L'homme rivière, le draveur en bronze immortalisé dans une pose typique, une gaffe à la main, en équilibre sur des billes taillées dans le granit, logé dans un espace restreint situé entre l'édifice Price et le bâtiment adjacent. Ou alors dans la tête et la patte de cheval installés dans le foyer de la salle Albert-Rousseau et qui forment avec un bloc de marbre blanc sculpté en forme de spirale un ensemble intitulé Métamorphoses.
Si la visibilité dont on entoure ses réalisations la réjouit, la lauréate préfère produire dans une relative discrétion. «On est présents, on est là, mais on ne travaille pas pour la reconnaissance. On fait nos affaires dans notre atelier. On ne se montre pas beaucoup, pas comme les artistes de la scène du moins.»
On fait fausse route si on croit que le prix Videre qui est venu couronner sa carrière, il y a quelques semaines, marque le signal de la retraite. «Je me sens un nouvel élan, j'ai des projets», fait-elle savoir.
Présentement, Lucienne Cornet se concentre son énergie sur Stravaganza, une exposition présentée en collaboration avec Michel Labbé et Andrée Laliberté à la Maison Hamel-Bruneau à compter du 29 février.