Incendie du véhicule de Mohamed Labidi: les deux suspects visaient un musulman

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La police de Québec a annoncé vendredi l'arrestation de deux suspects en lien avec l'incendie du véhicule personnel du président du Centre culturel islamique de Québec.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Ce sont deux voisins de Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), qui auraient mis le feu à sa voiture. La police de Québec parle de «crime haineux», car les suspects auraient visé «un musulman».

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a annoncé vendredi lors d'un point de presse avoir arrêté deux hommes de 33 et 44 ans vivant à Sainte-Foy en lien avec la voiture incendiée dans la nuit du 6 août.

Selon la police, les deux hommes n'appartiennent à «aucun groupe à idéologie spécifique» connu. Par contre, les interrogatoires ont permis de statuer qu'il s'agissait tout de même d'un crime perpétré contre une minorité religieuse. «Il s'agit d'un crime à caractère haineux. On ne visait pas spécifiquement M. Labidi, mais bien un musulman», explique Jean-François Vézina, agent de liaison auprès des communautés du SPVQ. Les accusés n'auraient pas été au courant du titre de M. Labidi, qui est le président du CCIQ. 

Le suspect de 33 ans est Mathieu Bilodeau, résidant sur l'avenue Dalquier. Sans le qualifier de pyromane, l'agent Vézina indique qu'il a «une attirance envers le feu». 

Bilodeau a comparu au palais de justice de Québec sous quatre chefs d'accusation d'incendie criminel. Il aurait incendié des conteneurs à déchets de restaurants, d'un centre commercial et d'un hôpital, en plus de la voiture de M. Labidi, le tout dans un rayon d'environ 1 km de chez lui. Les incendies ont tous été allumés entre le 16 juillet et le 17 août. La couronne s'est objectée à sa remise en liberté. L'accusé qui est sans antécédents judiciaires sera de retour devant la cour lundi. 

Son présumé acolyte de 44 ans a été arrêté vendredi matin, si bien qu'il n'a pas encore comparu en cour. Ce dernier aurait participé seulement à l'incendie de la voiture de M. Labidi. Son identité devrait être révélée au cours de la semaine prochaine.

La voiture de Mohamed Labidi a été incendiée à... (Tirée de Facebook) - image 2.0

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La voiture de Mohamed Labidi a été incendiée à 1h30, le 6 août.

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«Des connaissances»

M. Vézina explique que les deux hommes étaient «des connaissances», et habitaient tous les deux «dans le voisinage» de M. Labidi. 

C'est une information qui semblait «anodine» au départ, recueillie par les patrouilleurs, qui a permis de faire débloquer l'enquête, qui durait depuis plus d'un mois. M. Vézina explique qu'au départ, la police disposait de peu d'éléments de preuve. «On parle d'un incendie survenu de nuit, sans témoin et sans enregistrement vidéo.»

M. Vézina a défendu la stratégie de départ des policiers et de la famille de M. Labidi, qui avait été de ne pas ébruiter l'affaire. Les policiers ont par la suite consenti à parler du crime, qui a été commis deux jours seulement après que la Ville de Québec et le CCIQ soient parvenus à une entente pour créer un cimetière musulman, à Sainte-Foy.

«C'est pas la sortie publique d'il y a deux semaines qui a fait progresser l'enquête. Je veux être clair [...] Il y avait une stratégie d'enquête derrière ça. Si c'était à refaire, on referait la même chose.»

Autres gestes haineux

Depuis un peu plus d'un an, le CCIQ a été victime de nombreux gestes d'intimidation et de haine. Une tête de porc a été déposée à la porte de la mosquée en juin 2016. En janvier dernier, Alexandre Bissonnette a ouvert le feu à l'intérieur de la mosquée, tuant six membres de la communauté. En juillet, un Coran déchiqueté avec un couteau accompagné d'un message haineux a été laissé devant cette même porte, puis des excréments. Des tracts islamophobes ont aussi été distribués dans le secteur en août. 

Pour le moment, la police de Québec ne fait pas de lien entre les deux suspects et les autres enquêtes en cours. «On n'a absolument aucune information qui nous permettrait de les relier aux autres événements», indique M. Vézina. Les policiers vont ainsi continuer de surveiller de près le CCIQ.  Avec Ian Bussières

***

«C'est un soulagement»

C'est avec un grand soupir de soulagement que Boufeldja Benabdallah, cofondateur et vice-président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), a accueilli la nouvelle des deux suspects arrêtés dans l'affaire de la voiture incendiée.

«On avait peur que ça s'éternise, mais c'est fait [...] C'est un soulagement, je suis bien content», a-t-il commenté vendredi. M. Benabdallah a appris la nouvelle en même temps que les médias, alors qu'il assistait au colloque sur l'islamophobie qui s'est tenu jeudi et vendredi à l'Université Laval.

Selon lui, ces arrestations vont permettre à la communauté de «décompresser» un peu. 

M. Benabdallah avait critiqué le travail des policiers et des politiciens cette semaine, réclamant plus d'action pour venir à bout des gestes haineux. Il soutenait vendredi que la nouvelle le réconciliait avec la police de Québec. 

«Je n'étais pas fâché. J'étais impatient de voir que les choses ne bougeaient pas [...] Il faut que tous ceux qui ont fait ces actes haineux soient découverts et passent devant la justice. Parce qu'il faut les dénoncer, il faut les voir et faut voir si c'est un individu, deux, trois, si c'est des réseaux. Vous connaissez les extrémismes qui sont en train de naître au Québec. Il faut que tout ça soit éliminé et que la société vraiment puisse respirer», a-t-il commenté. 

Travail «extraordinaire»

Le maire de Québec, Régis Labeaume, s'est lui aussi réjoui de ces arrestations et a tenu à féliciter les policiers de sa ville. «Avec les indices qu'ils avaient, ils ont fait un travail extraordinaire.»

M. Labeaume n'avait pas hésité il y a deux semaines à dire qu'il s'agissait d'un crime haineux, ce que la police a confirmé vendredi. «Je pense pas que c'est M. Labidi qui a mis le feu à sa voiture visiblement», a-t-il commenté, envoyant une pointe à Bernard «Rambo» Gauthier, porte-parole du parti Citoyens au pouvoir, qui avait laissé entendre sur les médias sociaux que le président du CCIQ avait très bien pu mettre le feu lui-même à sa voiture. 

Il n'a pas été possible vendredi de joindre Mohamed Labidi, qui est présentement à l'extérieur du pays.  Avec Annie Morin




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