Les cerfs posent leurs sabots de bronze

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Les cerfs de bronze du duo Cooke-Sasseville sont arrivés au Centre Vidéotron sur le coup de midi.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) «Le grand jour.» L'expression a été entendue plusieurs fois mercredi à Inverness et aux abords du Centre Vidéotron. Et pour cause : les immenses cerfs de bronze imaginés par les artistes Jean-François Cooke et Pierre Sasseville ont été livrés et installés à la place Jean-Béliveau. Le Soleil a suivi le périple de l'oeuvre d'art dotée du plus gros budget de l'histoire du Québec et vous le raconte en quatre temps.

Le départ

Cela faisait un an que l'Atelier du bronze d'Inverness travaillait sur La Rencontre, le plus gros projet de son histoire dans tous les sens du mot. La vingtaine d'employés de la famille propriétaire, les Gagnon, ont mis la main à la pâte à une étape ou l'autre du long processus. Mercredi matin, tout ce beau monde était réuni pour voir partir les cerfs. Égoportraits, photos de groupe, chacun voulait un souvenir de cette expérience hors du commun. 

Denis Gagnon, le paternel, a raconté au Soleil son émotion de voir les bêtes sortir de l'atelier pour la première fois jeudi soir. De peur qu'il ne leur arrive malheur (lire : vol ou vandalisme), il a joué les gardes du corps et dormi dehors avec elles. Le sentiment de vide qui suit le départ d'une grande oeuvre, M. Gagnon connaît. «Pendant une couple de jours, on est dans la bâtisse et on dirait qu'elle est vide, on cherche la pièce», a-t-il témoigné.

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Les cerfs de bronze des artistes Jean-François Cooke et Pierre Sasseville ont quitté Inverness en direction de Québec, mercredi matin.

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Sa fille Marilène confessait aussi «un pincement au coeur» de voir les cerfs montés sur une remorque, prêts à partir pour Québec. Notamment parce que cela signifiait la fin d'une relation étroite avec deux artistes présentés comme «généreux» et «pas compliqués». Quand le camion a décollé, peu après 9h, elle n'a pu retenir ses larmes tout comme d'autres collègues. 

Sur place pour consoler qui en avait besoin, Patsy Poulin, une résidente de Thetford Mines, venue assister au grand départ. «C'est une pièce importante, qui va être vue par beaucoup de gens. Je voulais être là pour vivre ça», a-t-elle justifiée, emportée par la fébrilité du moment. 

La route

Déplacer des sculptures pesant respectivement 2766 kilogrammes (6100 livres) et 2500 kg (5500 lbs) n'est pas un problème en soi. C'est plutôt la hauteur - un peu plus de 5 mètres - qui est un défi. 

Pour ne pas abîmer les cerfs de bronze, il a été décidé de les installer directement sur une remorque plutôt que de les emballer. Déplacés et fixés grâce à des cadres d'acier construits sur mesure, ils étaient retenus par de simples sangles et donc soumis aux éléments comme aux regards.

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La limite de vitesse ayant été fixée à 65 km/h, il a fallu trois bonnes heures pour arriver à destination.

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Le conducteur du camion, Francis Guilbert, du transporteur spécialisé Bellemare, a résumé en disant que c'était un contrat tout en délicatesse. «Il faut faire attention pour ne rien accrocher», disait-il, parfaitement calme avant de prendre le volant.

Une fois sur la route, une camionnette avait pour seule tâche de s'assurer qu'il n'y ait pas de fils électriques ou de branches devant le camion surdimensionné. Aux endroits problématiques, il y avait déjà des équipes prêtes pour les soulever au passage de l'oeuvre d'art. 

Le convoi a rallié d'abord Plessisville, puis Villeroy, pour ensuite prendre l'autoroute 20, le pont Pierre-Laporte, le boulevard Laurier, l'autoroute Robert-Bourassa et le boulevard Wilfrid-Hamel jusqu'à la place Jean-Béliveau à côté du Centre Vidéotron. 

La limite de vitesse ayant été fixée à 65 kilomètres/heure, il a fallu trois bonnes heures pour arriver à destination. Tout au long du parcours, des passants envoyaient la main joyeusement et prenaient des photos de l'épopée. 

L'arrivée

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Les artistes Pierre Sasseville et Jean-François Cooke se sont dit soulagés d'arriver à la finalité de leur projet.

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À l'arrivée au Centre Vidéotron, sur le coup de midi, deux casques blancs était visibles sur le bord de la clôture donnant sur le boulevard Wilfrid-Hamel. Avec en-dessous les visages radieux de Jean-François Cooke et Pierre Sasseville, sourire fendu jusqu'aux oreilles. 

Quand l'équipe mobile et celle sur le terrain se sont rencontrées, les poignées de main et les accolades fusaient, comme à un party de famille. 

«On n'est pas nécessairement stressés. On est habitués aux installations. C'est plus un soulagement d'arriver à la finalité du projet et de le voir installé. C'est clair qu'on a hâte. On le voit sur papier, on le voit virtuellement, mais là aujourd'hui, c'est le grand jour», a déclaré M. Cooke avant que la précieuse cargaison ne soit déchargée. 

«Pour nous, c'est vraiment la fin. C'est presque un an et demi de travail. Gérer la portion déplacement ou transport, c'est une chose somme toute assez facile à faire. Mais il y a énormément de gens qui ont travaillé sur ce projet-là», a renchéri son collègue, attaché lui aussi aux collaborateurs et partageant leur émotion. 

Aux entrées du site d'ExpoCité libres d'obstacles visuels, des badauds s'étaient aussi rassemblés pour voir arriver et monter le plus gros bronze jamais coulé au Canada. Jumelles et appareils-photo à la main, ils appréciaient le spectacle. Le Soleil n'a trouvé personne pour critiquer l'oeuvre ayant coûté plus de 1 million $, qui ne fait pourtant pas l'unanimité chez les amateurs de hockey. «C'est très, très beau. C'est une belle pièce qui va être vue à travers le monde. Ça va être une fierté pour Québec», a résumé Marc Donaldson, 83 ans. 

L'installation

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Les cerfs ont été livrés dans leur position d'installation, si bien qu'il ne restait qu'à les soulever à l'aide d'une grue pour que l'oeuvre prenne sa forme définitive.

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Les cerfs ont été livrés dans leur position d'installation, si bien qu'il ne restait qu'à les soulever à l'aide d'une grue, à les déposer précautionneusement et à les boulonner pour que l'oeuvre d'art prenne sa forme définitive. Le tout a été réalisé en quelques heures seulement. 

Dès 13h20, le chevreuil blanc - le plus lourd, couché sur le dos - prenait place sur le socle préparé d'avance. Il est constitué d'une dalle de béton bien isolée pour ne pas bouger malgré les froids d'hiver. Par-dessus, une base d'acier où s'agrippe le cerf, elle-même recouverte d'une boîte de verre et d'aluminium décorative. 

Un peu après 15h, le deuxième cerf, couleur de bronze, a été posé sur le premier pour ne former qu'une oeuvre d'art de plus de 13 mètres de hauteur. 

Si tout paraissait facile, c'est parce qu'il y a eu énormément de planification et de calculs dans les mois précédents, a insisté Denis Gagnon, de l'Atelier du bronze. Le matin même, arpenteurs et ingénieurs s'activaient encore autour des différentes pièces du puzzle. 

Les concepteurs sont confiants de voir la population s'approprier La Rencontre, qui sera inaugurée officiellement en même temps que la place Jean-Béliveau la fin de semaine des 16 et 17 septembre. 

«Le voir sur papier, le voir dans les journaux, c'est une chose. Mais quand on arrive devant, qu'on voit la grosseur des bêtes, je pense vraiment que les gens vont adorer», a lancé Jean-François Cooke. 

Norbert Langlois, copropriétaire de la Galerie 3 qui offrira prochainement des modèles réduits des cerfs, est aussi enthousiaste. «C'est une belle oeuvre qui va être rassembleuse. Souvent en art public, les gens tombent facilement dans le négatif, mais là je surveille et les commentaires sont très positifs. C'est révélateur parce que sur Facebook, les gens, en général, ne se gênent pas», faisait-il valoir mercredi après-midi.




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