Contrer la chaleur par le vert

La rue Anna, qui n'avait auparavant aucun végétaux,... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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La rue Anna, qui n'avait auparavant aucun végétaux, compte maintenant 19 arbres, 36 arbustes et plus de 500 vivaces après avoir sacrifié quelques cases de stationnement.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Il n'y paraît pas encore, mais été rime avec chaleur. Et pour certains plus que d'autres, selon le quartier de résidence. À Québec, les initiatives se multiplient pour éliminer les îlots de chaleur urbains, considérés comme néfaste pour la santé.

La cour intérieure du HLM Bourlamaque dans Montcalm. La cour de l'école Jeunes du monde dans Limoilou. Les écopropriétés Habitus à la Pointe-aux-Lièvres. Trois lieux, trois projets, une même idée : créer des îlots de fraîcheur.

L'organisme Nature-Québec a présenté mercredi trois projets «verts» auxquels il a participé dans le cadre de son projet Milieux de vie en santé. «On travaille avec différents organismes dont la Ville de Québec et même des promoteurs privés qui ont un intérêt pour le verdissement, explique Cyril Frazao, chargé de projet pour Nature-Québec. On fournit les experts comme des botanistes et des urbanismes pour réaliser le design.»

Une quinzaine de projets de petites ou grandes envergures ont déjà «poussé» dans la Capitale. Avant 2015, la cour intérieure du HLM Bourlamaque était asphaltée, un recouvrement qui capte la chaleur. Ça devenait très chaud pour la centaine d'enfants qui fréquentent l'endroit. Le bitume a été remplacé par une portion gazonnée, des aires de jeux avec des copeaux et du pavé alvéolé. Le projet sera complété cet été avec l'aménagement de deux murs végétaux.

À l'école Jeunes du monde, on trouve seulement quelques bacs dans lesquels poussent des légumes. Une initiative simple qui permet de développer le volet éducatif du projet. «Ça a permis de créer une classe plein air avec laquelle les enfants apprennent ce qui est en lien avec les végétaux», précise M. Frazao.

À plus grande échelle, il faut mentionner le projet d'éco­propriétés Habitus à la Pointe-aux-Lièvres. Le concept se distingue par ses toits végétaux et sa cour intérieure végétalisée. Appliquer ces concepts de construction environnementale est payant à long terme.

Un choix facile

«Pour un client, choisir entre un appartement avec vue sur un stationnement asphalté et une marée d'autos et une une cour avec des arbres, c'est facile», lance l'architecte Alejandro Montero de Tergos architecture et construction, qui a participé au projet. 

«Conserver de la verdure ou en rajouter, c'est des pratiques qui sont encore peu connues par nos développeurs immobiliers, mais ça va devenir une norme, soutient-il. Il y a une tendance à rentabiliser chaque pied carré. Ils se disent que s'ils mettent un arbre, ils vont perdre un logement. Au contraire, l'arbre est plus payant à long terme sur la valeur de revente», ajoute M. Montero.

Actuellement, certains principes de construction plus écolos haussent le prix de location ou d'achat. Cependant, l'architecte croit que ces habitations vertes seront beaucoup plus accessibles le jour où ça deviendra pratique courante.

Cyril Frazao estime que, sans être en retard, la lutte aux îlots de chaleur pourrait s'accélérer. «L'important, c'est d'être dans l'action et ce n'est pas seulement à la Ville de Québec à agir», conclut-il.

Une approche conviviale

Dans sa vision de l'arbre présenté en mai, la Ville de Québec écrit vouloir augmenter son indice de canopée de 32 % à 35 % d'ici 2025. L'atteinte de l'objectif passe par divers projets, dont l'approche des rues conviviales.

«Cette approche vise à améliorer la qualité de vie urbaine, augmenter la canopée, favoriser des déplacements actifs [vélo, marche] et éliminer des îlots de chaleur», explique Marjorie Potvin du service des communications de la Ville de Québec. 

L'an passé, la rue Anna dans Saint-Sauveur a été la première à bénéficier de l'approche. La conseillère Julie Lemieux, responsable de l'aménagement du territoire, avait alors expliqué que la Ville se questionnait sur les améliorations possibles chaque fois qu'une rue est refaite.

Cinq autres rues à venir

La rue Anna, qui n'avait auparavant aucun végétal, compte maintenant 19 arbres, 36 arbustes et plus de 500 vivaces après avoir sacrifié quelques cases de stationnement. L'avenue Ruel à Beauport est le seul autre projet complété. Le retrait de 15 cases de stationnement a notamment permis la plantation de 460 arbres et arbustes entre la 103e et la 122e Rue.

Il y a au moins cinq autres projets de rues conviviales prévues au calendrier. Ce sont ceux de l'avenue De Salaberry-rue Saint-Jean-avenue Turnbull dans Saint-Jean-Baptise; route de l'Église à Sainte-Foy; chemin de la Canardière à Beauport; rues Ducharme-Beaucage-Émile-Fontaine dans Vanier; avenue du Chanoine‑Morel à Sillery; rue Saint-Ambroise dans Saint-Sauveur; et les 15e, 16e et 17e Rues dans Limoilou. 

La description des projets est disponible sur le site Internet de la Ville de Québec.

Les bienfaits d'une bonne dose de nature

Non seulement les infrastructures vertes en milieu urbain améliorent-elles la santé et la qualité de vie des citoyens, particulièrement dans les secteurs plus défavorisés, mais elles ont aussi une valeur économique, selon deux récentes revues de la littérature réalisées par l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Ce n'est plus un secret pour personne, les espaces verts en milieu urbain sont bénéfiques pour la santé. Parce qu'ils améliorent la qualité de l'air en captant les polluants atmosphériques, d'une part, mais aussi parce qu'ils fournissent des opportunités pour faire de l'activité physique, rappelle l'INSPQ dans un document intitulé Verdir les villes pour la santé de la population déposé cette semaine sur son site Internet. 

Chez les enfants, le couvert végétal agit positivement en réduisant notamment l'indice de masse corporelle, alors que chez les personnes âgées, la verdure permet une meilleure disposition pour la marche et réduit les risques de problèmes de santé chroniques, résume l'Institut. 

«Une étude de cas souligne que les dépenses médicales évitées par les gens qui font de l'exercice dans les parcs s'élèvent annuellement à 500 $ par personne de 65 ans et plus», souligne l'INSPQ dans un autre rapport intitulé Valeur économique des effets sur la santé de la nature en ville. 

Les nouveaux-nés bénéficient aussi de ces espaces verts, alors que la présence de verdure dans l'environnement maternel a été associée à une diminution des risques périnataux, note encore l'organisme. 

Santé mentale

Les infrastructures vertes ont également des effets positifs sur la santé mentale, réduisant stress et symptômes de dépression, en plus de contribuer à briser l'isolement social et à diminuer la criminalité des quartiers, ajoute l'Institut.

Mais encore, «une dose de verdure, définie comme 20 minutes de marche dans un parc urbain, est sensiblement équivalente à l'effet maximal d'une dose du médicament le plus commun pour traiter le déficit d'attention chez les jeunes», écrit l'INSPQ. 

Selon l'organisme, il ressort nettement de la recension de la littérature que «les effets bénéfiques de la présence de diverses formes de nature urbaine ont une valeur économique au moins égale aux coûts évités en dépenses de santé ainsi qu'aux autres coûts sociaux, même si cette valeur est méconnue et parcellaire». 

«L'arbre, le parc et l'espace vert, en captant diverses formes de pollution, en incitant le citadin à marcher, à courir, à flâner pour admirer, améliorent le bien-être et la santé, et s'en trouvent gratifiés d'un signe de dollar pour attester de leur valeur économique», résume l'INSPQ.

Les études chiffrant la valeur des bénéfices des différentes formes de nature en ville sont encore trop rares, constate l'Institut. Pourtant, signale-t-il, ces informations seraient fort utiles dans l'élaboration de politiques, de plans et de programmes d'aménagement municipal et régional. D'où la nécessité, selon l'organisme, d'initier un programme de recherche «véritablement interdisciplinaire et intégré sur la valeur économique des effets de la nature sur la santé humaine en ville».  Élisabeth Fleury




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