Labeaume abandonne le SRB

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(Québec) Le projet de service rapide par bus (SRB) est abandonné. La Ville de Québec veut plutôt reprendre «un grand dialogue» en consultant la population sur le transport à Québec. Mais Régis Labeaume rejette d'emblée un retour à l'idée d'un tramway.

«Il n'y a plus de projet de SRB Québec-Lévis. Et à partir de là, il n'y a pas de projet SRB Québec seulement», a lancé le maire de Québec en conférence de presse jeudi après-midi.

Une conférence de presse qui a marqué l'arrêt de mort du projet de transport de plus de 1 milliard $.

Mort et enterré dans sa forme actuelle, du moins. Régis Labeaume pense en effet toujours «que le SRB est une bonne solution». Mais il estime qu'il faut revenir vers la population après le plan de mobilité durable, réflexion amorcée en 2009. «Peut-être que huit ans plus tard, il est nécessaire de retourner à l'écoute des citoyens et citoyennes», a-t-il dit en annonçant la tenue prochaine d'un «immense dialogue».

«Nous allons nous tricoter un système de transport collectif moderne et qui fera consensus», a assuré le maire de Québec. 

«On a perdu le contrôle de l'agenda»

Dès les premières secondes de la conférence de presse de jeudi, Régis Labeaume a de nouveau soutenu qu'il respectait la position prise mardi par les élus de Lévis de larguer le projet. «Nous sommes déçus de la décision de la Ville de Lévis et nous la respecterons. Il serait inutile de s'insurger», a-t-il dit. «Je ne parlerai pas de Lévis, je n'ai vraiment pas le goût. C'est derrière nous. Ce qui nous préoccupe maintenant, c'est le côté nord de la rive.»

Reste que, sans blâmer directement le retrait Lévis du projet, Régis Labeaume n'a pas caché que la valse-hésitation du maire Gilles Lehouillier a plombé le SRB et la capacité à le vendre à la population.

«On a perdu le contrôle de l'agenda», a reconnu M. Labeaume qui souhaitait présenter les détails du SRB dès janvier. «Dans les faits, ça fait cinq, six mois qu'on ne sait pas ce que va faire Lévis. C'est pour ça qu'on n'a pas pu le vendre», a-t-il dit. «Je ne peux pas sortir si je ne suis pas sûr que j'ai un partenaire.» Ces derniers mois, Régis Labeaume avait promis qu'il expliquerait le projet à la population. 

Grande consultation

Jeudi, Régis Labeaume a assuré que tout sera sur la table pour la grande consultation à venir. 

Incluant la possibilité de revoir le fameux tracé sur le boulevard Charest, critiqué par plusieurs. «Si les gens disent que ce n'est pas à la bonne place, qu'ils viennent nous expliquer pourquoi. Mais en même temps, nous aussi on a beaucoup de choses à leur expliquer. On est ouverts», a assuré le maire.

Moins ouvert toutefois à l'idée de voir ressusciter le projet d'un tramway qu'il a porté avant d'opter pour le SRB en 2015.

«On s'est déjà fait dire non une fois», a-t-il rappelé à propos de cette solution plus dispendieuse. «C'était déjà un milliard de moins il y a quatre ans. Je ne travaille pas pour rien et je n'aime pas ça perdre mon temps. Je ne dis pas que le tramway n'est pas bon, on y a cru nous aussi. On va essayer d'avoir un projet qui est présentable, finançable et exécutable», a résumé le maire.

Et si des citoyens et organismes viennent plaider en faveur d'un tramway? «Ils vont pouvoir s'exprimer, mais qu'ils essayent de me convaincre. Moi je me suis fait dire non, je veux être pratico-pratique. On peut parler de tout. Mais moi si vous me demandez à moi ce que j'en pense, j'ai pas envie de rejouer dans ce film-là.»

Fonds fédéraux et provinciaux

Chose certaine, même si le SRB est sur la voie de garage, pas question pour la Ville de Québec de manquer «l'occasion historique» de voir son futur projet de transport financé par les gouvernements supérieurs dans la foulée du programme d'infrastructures d'Ottawa.

«Pour les fonds fédéraux, il y a quand même un peu de perspective. Le premier ministre [Justin Trudeau] avait annoncé 60 milliards $ sur 10 ans. Alors il y aura encore des fonds dans les années prochaines», a expliqué le président du Réseau de transport de la capitale (RTC), Rémy Normand. 

Bon espoir aussi pour l'argent du gouvernement de Philippe Couillard, malgré le retrait de Lévis. «Le premier ministre du Québec aimait notre projet, mais je ne pense pas qu'il ne nous aimera plus parce qu'on va en faire un à Québec.»

Rendez-vous donné aux «apprentis sorciers»

Le maire de Québec convie tous les citoyens, incluant les opposants du SRB, à sa grande consultation sur le transport. Les résultats ne seront pas connus avant les élections de novembre.

«On va créer des tribunes pour tout le monde et on va se parler», a martelé jeudi Régis Labeaume. «On va en parler une fois pour toutes et après, on va savoir où on s'en va.»

Le maire a invité «les spécialistes, ceux qui pensent qu'on doit faire autrement, les apprentis sorciers, les grands talents, ceux qui connaissent ça, ceux qui connaissent pas ça, ceux qui veulent poser des questions et ceux qui ont des réponses». Lui-même compte expliquer le travail qui a été fait jusqu'à maintenant en matière de mobilité à Québec. 

Des rencontres seront organisées et des moyens électroniques seront déployés «pour rejoindre les gens chez eux», a spécifié le maire, qui compte déléguer au bureau d'études sur le SRB la responsabilité des consultations. 

La Ville de Québec pense pouvoir enclencher le processus en mai et juin, mais la pause estivale viendra bien vite. Puis ce sera la campagne électorale, qui sera déclenchée officiellement le 24 septembre et forcera une pause dans les affaires courantes. Il faudra donc attendre après le scrutin du 5 novembre pour les conclusions. 

Encore récemment, Régis Labeaume se disait prêt à «aller en élections» sur le SRB. «Je vais avoir le courage de mes convictions», avait-il assuré au Soleil en décembre. Jeudi, il a poursuivi dans la même veine. «J'aurais aimé ça partir en campagne électorale avec ça», a-t-il répété, sachant fort bien que cette possibilité est désormais exclue.

Plan de mobilité durable

M. Labeaume a rappelé tous les efforts mis dans le plan de mobilité durable. Publié en 2011, celui-ci recommandait la mise en place d'un réseau structurant de transport en commun, en l'occurrence un tramway. 

«Depuis, de nouveaux moyens de transport sont apparus et il faut peut-être en tenir compte dans notre réflexion. Je pense ici aux Uber, aux Téo Taxi, aux nouvelles technologies qui changent le paysage de la conduite automobile et de la mobilité des biens et des personnes», a-t-il énuméré pour justifier une révision. 

Pas question toutefois de faire table rase de ce qui a été réfléchi et proposé auparavant. L'idée, c'est de préciser, de bonifier. «Pour prendre une image populaire, on garde le bébé, on ne fait que changer le bain et l'eau. C'est une façon d'aller plus loin.»

15 millions $ et 10 ans «gaspillés», dit Anne Guérette

Au moins 15 millions $ de fonds publics ont été «gaspillés» dans l'aventure avortée du service rapide par bus, a dénoncé la chef de l'opposition Anne Guérette. Selon une ventilation jugée «conservatrice», le parti Démocratie Québec évalue que 2 millions $ ont été injectés dans le plan de mobilité durable, près de 6 millions $ dans l'étude de faisabilité entre un tramway et un SRB. Sommes auxquelles s'ajoutent 6,5 millions $ pour le bureau de projet du SRB, selon Mme Guérette. «Ça veut dire que c'est un minimum de 15 millions $. Après 10 ans au pouvoir de Régis Labeaume, on retourne à la case départ», a dénoncé celle qui s'est officiellement prononcée contre le SRB la semaine dernière. Démocratie Québec, a réaffirmé sa chef, proposera sa propre vision du transport collective en prévision des élections de novembre.




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