Des nouvelles des cerfs de bronze

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(Inverness) Sur le chemin Dublin, à Inverness, à 85 km du Centre Vidéotron, deux gigantesques cerfs de bronze prennent forme. Dans la fonderie, les artistes du duo Cooke-Sasseville s'amusent comme des enfants dans un magasin de bonbons. À cinq mois de l'installation de l'oeuvre d'art public dotée du plus gros budget de l'histoire du Québec, Le Soleil est allé prendre des nouvelles de La Rencontre.

On sait depuis mai que l'oeuvre qui sera installée à la fin de l'été à la place Jean-Béliveau sera monumentale. Et étonnante. Cette sculpture présentera deux jeunes chevreuils qui se font face comme un reflet dans la glace. Les petites bêtes seront déposées sur un gros socle d'aluminium rappelant les balcons de Limoilou et des lames de patin. Total en hauteur : 11 mètres. Total de la facture : 1,12 million $. Quantité de bronze : 5470 livres par cerf. Près de 11 000  livres au total.

Rencontrés jeudi par Le Soleil à l'Atelier du bronze à Inverness, Jean-François Cooke et Pierre Sasseville regardent leur oeuvre en devenir avec enthousiasme, se promènent dans la fonderie comme s'ils la découvraient pour la première fois.

Les artistes Cooke-Sasseville devant le moulage en cire... (Le Soleil, Frédéric Matte) - image 2.0

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Les artistes Cooke-Sasseville devant le moulage en cire de l'un des deux cerfs. La bête monumentale semble regarder la tête de son vis-à-vis déjà coulée dans le bronze.

Le Soleil, Frédéric Matte

En fait, c'est un peu ça, aussi. Car le duo fondé il y a 17 ans a beau prévoir, calculer, modéliser un format aussi grand et cumuler les oeuvres d'art public, rien ne prépare à voir à taille réelle ce qui est le plus gros bronze jamais coulé au Canada.

«On travaille avec des outils comme le 3D pour avoir une bonne mesure de l'élément qu'on veut intégrer, mais on est toujours surpris par l'aspect monumental des pièces. Il y a une frontière entre l'univers 3D et le réel», explique Pierre Sasseville. 

Dans l'usine, un des deux cerfs est pratiquement terminé, un autre est à l'étape de la cire, fondamentale avant d'immortaliser la pièce dans le bronze.

«Soixante morceaux sont coulés par animal. Tout ça est assemblé comme un patchwork et on fait des soudures pour rectifier, refaire les lignes de poil pour faire un animal qui a l'air en un seul morceau», explique Jean-François Cooke.

Lors du passage du Soleil, un employé de la fonderie s'activait à sculpter les détails dans la cire, un autre dégageait des bouts de pattes en bronze de leur écrin de céramique.

Autre composante de La Rencontre, l'immense socle d'aluminium et de verre givré sera aussi fabriqué à l'Atelier du bronze.

Tout devrait être installé sur la place publique devant l'amphithéâtre «fin août, début septembre», selon les artistes.

C'est à ce moment que la réaction de la population sera définitive pour cette pièce plutôt bien reçue lors du dévoilement de son concept.

Le Soleil a pu assister à une coulée... (Le Soleil, Frédéric Matte) - image 3.0

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Le Soleil a pu assister à une coulée de bronze liquéfié  à plus de 2000 degrés Farenheit.

Le Soleil, Frédéric Matte

Plusieurs ont en effet aimé cette idée ludique et originale. D'autres n'ont pas aimé et certains sont restés incrédules, notamment parce que plusieurs s'attendaient à une oeuvre en allusion plus directe au hockey, ou à Jean Béliveau.

Pas Cooke-Sasseville, ni le jury qui a préféré une oeuvre évoquant la nordicité plutôt que de se limiter au hockey.

Fébrile à quelques mois du verdict populaire? «D'une certaine façon oui, mais on est tellement dans le processus que pour l'instant, on a de la misère à évaluer l'incidence de tout ça», a indiqué Pierre Sasseville. «Oui, on s'attend à beaucoup de commentaires», mais ça fait des années qu'on travaille ensemble, on est habitués aux réactions et c'est un projet qu'on assume entièrement. On est confortables avec les futures réactions du public», a poursuivi l'artiste habitué à surprendre avec les oeuvres de son duo. À Québec, on doit notamment à Cooke-Sasseville une version colorée du Penseur de Rodin et Le discobole de Myron devant une résidence pour personnes âgées de Beauport. Les gros pigeons avec des boîtes de soupe Campbell's présentés pendant deux ans lors des Passages insolites, c'était eux aussi, tout comme les deux gigantesques aimants rouges à la traverse de Lévis.

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Solide alliance

Vue de l'intérieur du cerf de bronze composé... (Le Soleil, Frédéric Matte) - image 5.0

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Vue de l'intérieur du cerf de bronze composé de 60 pièces.

Le Soleil, Frédéric Matte

Au fil des ans, la relation entre le duo Cooke-Sasseville et la famille Gagnon est devenue aussi solide que le bronze.

«Ça fait des années qu'on travaille avec l'Atelier du bronze. Ce sont des gens extrêmement professionnels. On a pleinement confiance en eux», a dit au Soleil Jean-François Cooke alors que l'entreprise d'Inverness travaille présentement à La Rencontre, plus grand bronze jamais coulé au Canada.

Et sur place, la chimie est palpable entre les deux artistes et Denis Gagnon, qui a ouvert en 1989 la fonderie spécialisée en art. Les sculpteurs de partout au Québec font affaire avec cette entreprise familiale qui ne compte plus les oeuvres en galerie ou en art public.

Sur place, Jean-François, Marilène et Pierre-André Gagnon, les trois enfants de Denis Gagnon, sont partout. Ils discutent avec les artistes, règlent des questions existentielles ou techniques, accompagnent les sculpteurs dans leurs idées. Jeudi, Le Soleil a aussi eu la chance d'assister à une coulée de bronze pendant laquelle les deux frères ont revêtu leur équipement donnant un petit air de film «futuriste» des années... 1950.

Pour La Rencontre, près de la moitié du budget de 1,125 millions$ sera consacré à l'achat de bronze, mais aussi à toute la main-d'oeuvre technique de l'Atelier du bronze. «Ils sont dans le projet depuis le début», relate Jean-François Cooke. Les artistes, dit-il, ne sont pas seuls avec leur idée et leur crayon quand vient le temps de proposer un ambitieux projet d'art public. Si les proprios de la fonderie sont dans le coup, ils seront en mesure de dire rapidement si le projet est réaliste et, surtout, combien il coûtera.

Projets en cours

Ces jours-ci, Jean-François Cooke et Pierre Sasseville ne fréquentent pas la fonderie seulement pour visiter les deux énormes cerfs de La Rencontre.

«On a cinq projets en cours ici présentement», dit Pierre Sasseville. Le duo compte en effet une oeuvre en production pour le futur centre communautaire du Jardin à Charlesbourg. Même chose pour le «1 %» privé du Groupe Dallaire pour le complexe Jules Dallaire dont le concept est encore tenu secret. Les fours pour couler le bronze et l'aluminium de deux autres projets chaufferont aussi bientôt pour deux autres projets non encore annoncés.

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L'oeuvre, version miniature

Sur le chemin Dublin, à Inverness, à... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 7.0

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Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Lors de son passage à l'Atelier du bronze d'Inverness, Le Soleil a constaté que les deux cerfs de 5000 livres n'étaient pas les seuls en fabrication. Sur une table dans une petite salle loin des fours où le bronze est chauffé à 2000 degrés Farenheit se trouvait une demi-douzaine de petits cerfs destinés à des versions miniatures de la sculpture.

«On ne s'est pas encore entendus sur le nombre, mais une série à l'échelle 1/20 sera disponible en galerie», a expliqué Jean-François Cooke. Le format sera le même que celui de la maquette présentée en mai au Centre Vidéotron. Une taille pour les collectionneurs, un brin plus pratique que l'original pour ramener à la maison...

***

De l'idée au bronze

1. Concept. Cooke-Sasseville a couché sur papier et modélisé son idée à l'aide d'un logiciel 3D à partir duquel est découpée la forme dans le styromousse.

2. Cire. Le moule est coulé dans la cire, sur laquelle sont sculptés des détails de finition, dans ce cas-ci, des éléments comme le poil des cerfs de Virginie.

3. Céramique. Le modèle en cire est enduit de céramique qui sera chauffé pour libérer la cire et constituer le moule qui recevra le bronze en fusion.

4. Bronze. Après avoir été chauffé à plus de 2000 degrés Farenheit, le bronze liquide est coulé dans le moule de céramique. 

5. Assemblage. Les pièces libérées de leur écrin de céramique sont nettoyées et soudées pour donner la version finale de l'oeuvre de bronze.

***

La sculpture en chiffres

  • 11 mètres
Hauteur des deux cerfs superposés et du socle  

  • 1,12  million $
Total de la facture

  • 5470 livres
Quantité de bronze par cerf. Près de 11 000  livres au total




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