Pont de Québec : la proposition de Mallette «ne tient pas debout» dit Labeaume

«J'ai lu le rapport et je l'ai relu.... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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«J'ai lu le rapport et je l'ai relu. Et j'ai toujours le même problème : pourquoi prendrait-on la chance de remettre le lien entre Québec et Lévis entre les mains d'un OBNL qui n'a pas une cenne? Je trouve que ça marche pas», a commenté le maire Labeaume jeudi matin.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les maires de Québec et de Lévis ont rejeté en bloc jeudi l'idée de créer deux organismes à but non lucratif pour assurer la gestion du pont de Québec. «Ça ne tient pas debout», dit Régis Labeaume, pendant que Gilles Lehouillier va jusqu'à craindre que le rapport de la firme Mallette ne vienne mettre «en danger» les efforts pour convaincre de CN et Ottawa de «régler le problème».

«Nous, on maintenait une pression constante sur le gouvernement fédéral et sur le Canadien National (CN). Or, voilà qu'on vient de donner l'occasion unique de relâcher la pression. C'était pas notre stratégie au niveau politique», a commenté, visiblement déçu, le maire de Lévis jeudi.

Presque au même moment sur l'autre rive, son homologue de Québec, Régis Labeaume, se questionnait sans détour sur la pertinence de créer un nouvel organisme de gestion comme le propose la firme Mallette mandatée par les chambres de commerce et de Lévis.

«J'ai lu le rapport et je l'ai relu. Et j'ai toujours le même problème : pourquoi prendrait-on la chance de remettre le lien entre Québec et Lévis entre les mains d'un OBNL qui n'a pas une cenne? Je trouve que ça marche pas», a lancé M. Labeaume.

«C'est plein de bonnes intentions ce rapport, c'est juste que la logique économique ne tient pas. Ça prend un propriétaire solide», a-t-il poursuivi.

Il revient au gouvernement du Canada de régler le problème, a-t-il dit à son tour. «Ils ont dit qu'ils le règleraient. Qu'ils règlent. Le CN fait des millions de profits, il faut que tout le monde prenne ses responsabilités. On n'a pas besoin d'un OBNL pour que les gouvernements se parlent», a ironisé Régis Labeaume.

Il doute de la viabilité d'une telle société publique-privée. «Les OBNL qui gèrent les ponts, ce sont des sociétés de la Couronne ou sinon il y a du péage. Je ne voudrais pas être le casseux de party, mais il faut une logique.»

Selon le scénario de Mallette, la Société du pont de Québec deviendrait propriétaire du pont et assurerait l'entretien et les travaux de peinture pendant 15 à 20 ans. Le gouvernement du Québec, le fédéral et le CN contribueraient, mais la proportion de leur engagement n'est pas chiffrée dans le rapport. 

Une deuxième instance, la Société de la valorisation du pont, serait quant à elle dédiée à sa promotion sur le plan touristique et patrimonial. 

Si Ottawa a appuyé l'idée mercredi, le gouvernement du Québec s'est montré très sceptique sur cette solution. Le propriétaire, le Canadien National, a qualifié le rapport de «bonne base de discussion». 

Gilles Lehouillier trouve également que ce rapport survient à un mauvais moment. «On pense qu'on aurait dû attendre que le gouvernement fédéral se compromette avant. Parce que là, on vient de brouiller les cartes complètement», a estimé le maire de Lévis. 

La Chambre déçue

Appelé à commenter, le directeur de la Chambre de commerce de Québec, Alain Aubut a déploré le rejet par les maires de la recommandation principale du rapport.

«C'est un peu dommage. On a fait un exercice sur six mois avec beaucoup de collaboration. On était dans un mode d'ouverture et d'échange afin de trouver des pistes d'action», a-t-il dit. 

M. Aubut réfute la perception du maire Labeaume selon laquelle les OBNL ne sont pas viables. «Les OBNL qui gèrent de grandes infrastructures publiques, il y en a plusieurs», a-t-il dit, en citant le Port de Québec et l'Aéroport de Québec. «Ce sont des modèles qui performent bien», a ajouté celui qui entend bien continuer à mettre en oeuvre les conclusions du rapport.

«On continue. Le CN et le fédéral semblent ouverts. Nous, on a un travail de sensibilisation de la classe politique. Si J'ai ma place a réussi à susciter de l'intérêt pour un amphithéâtre, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas le faire pour le pont.»

Le superviseur de l'étude, le comptable Mario Bédard et incidemment fondateur de J'ai ma place, s'est pour sa part, dit ouvert à expliquer davantage le concept de gestion aux maires. «Mon seul commentaire est de dire que s'ils veulent que j'aille discuter, je suis prêt à aller échanger avec eux.»

Un rapport qui brouille les cartes 

Le maire de Lévis Gilles Lehouillier va exactement dans le même sens que son homologue de Québec et croit que ce rapport vient mettre «en danger» leurs efforts. 

«Nous, on maintenait une pression constante sur le gouvernement fédéral et sur le Canadien National (CN), or voilà qu'on vient de donner l'occasion unique de relâcher la pression. C'était pas notre stratégie au niveau politique», a-t-il commenté, visiblement déçu, jeudi. 

M. Lehouillier espère que les citoyens se souviendront que c'est le gouvernement fédéral qui s'est «débarrassé» du pont de Québec il y a 25 ans, en le mettant entre les mains du CN. «Si j'étais à la place du gouvernement fédéral, je me frapperais dans les mains! Je me dirais: «C'est fantastique, on vient de se débarrasser d'un problème, d'un problème dont on est responsables». Et ça, il faut pas l'oublier.»

M. Lehouillier trouve également que ce rapport survient à un mauvais moment. «On pense qu'on aurait dû attendre que le gouvernement fédéral se compromette avant. Parce que là, on vient de brouiller les cartes complètement.»

Le maire de Lévis tient à tout prix à valoriser le pont de Québec sur le plan touristique, notamment en y ajoutant une piste cyclable en porte-à-faux. Mais il ne comprend pas la volonté de créer des OSBL. «Pourquoi aller créer des sociétés bidon qui n'auront pas une cenne, qui n'auront pas les moyens de leurs ambitions?»

M. Lehouillier évalue que la situation actuelle «ressemble étrangement» à la saga du pont Champlain de Montréal, que le gouvernement fédéral disait vouloir transférer au gouvernement du Québec il y a deux ans. «Le gouvernement fédéral a tenté de refiler le pont (Champlain) au gouvernement du Québec (...) mais les gens du milieu se sont tenus debout», soutient M. Lehouillier, qui espère que les citoyens de la région de Québec feront de même.




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