Québec perd ses trésors patrimoniaux

Des artéfacts de Parcs Canada exposés au site... (Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Des artéfacts de Parcs Canada exposés au site de Forts-et-Châteaux-Saint-Louis à Québec. Les objets historiques des collections présentement exposés dans les parcs nationaux et les lieux historiques ne seront pas déménagés à Gatineau, précise l'agence fédérale.

Le Soleil, Caroline Grégoire

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(Québec) Québec perdra ses trésors patrimoniaux pour servir un ambitieux projet de 45 millions $ à Gatineau, puisque Parcs Canada y déménagera ses millions d'artefacts, dont certains datant de la Nouvelle-France, et les mettra en valeur dans un tout nouveau bâtiment construit à cette fin, a appris Le Soleil.

Dans la capitale nationale, cinq millions d'objets historiques pouvant aller d'une simple épingle à tissu à de la poterie en passant par une porte de vanne d'écluse sont présentement conservés dans des entrepôts de l'avenue Newton et de Beauport.

En 2012, le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait annoncé qu'il les déménagerait avec les collections d'Ottawa, de Winnipeg, de Dartmouth et de Cornwall dans un seul et même lieu pour réaliser des économies. L'annonce avait soulevé un tollé à Québec auprès des décideurs politiques des différents niveaux de gouvernement, mais également des experts de l'Université Laval.

Unique au Canada

Depuis, plusieurs scénarios ont été soumis à Ottawa afin de convaincre Ottawa de conserver dans leur milieu naturel les objets d'une grande valeur patrimoniale. Le plus concret était de les intégrer dans le mégacentre en archéologie qui se dessine à Québec. Depuis quelques années, la Ville de Québec, le ministère de la Culture du Québec et l'Université Laval s'activent pour mettre sur pied un laboratoire archéologique inédit au Canada dans le pavillon Camille-Roy du Séminaire de Québec, qui regrouperait plusieurs de leurs collections, des chercheurs ainsi que leurs expertises respectives.

Mais Parcs Canada a refusé l'offre de se joindre au projet et a gardé le cap. Après avoir produit une étude de faisabilité en 2015 sur le projet de consolidation des 31 millions d'artefacts actuellement répartis dans six villes canadiennes, l'agence y a donné son aval en mai dernier.

Dans une lettre signée du directeur de Parcs Canada, Daniel Watson, et transmise à Services publics et Approvisionnements Canada, celui-ci plaide en faveur de la construction d'un nouveau bâtiment de la Couronne à Gatineau, d'une superficie de 9179 mètres carrés. Dans la missive, M. Watson demande à ses collègues d'entamer les procédures pour l'acquisition d'un terrain.

«Parcs Canada souhaite que la nouvelle installation soit opérationnelle d'ici le printemps 2019. Cet échéancier est motivé par les dates de fin de bail et le mauvais état des installations actuelles», peut-on aussi lire dans le document obtenu par Le Soleil. Les coûts de l'opération, y compris le déménagement et l'érection de la nouvelle bâtisse, sont estimés à 45 millions $, écrit une relationniste de l'agence, Audrey Champagne. Une demande d'entrevue avec le responsable du projet est demeurée lettre morte. Parcs Canada a plutôt préféré répondre aux questions du Soleil par courriel.

La corde sensible

Les échanges de courriels des fonctionnaires dans ce dossier révèlent d'ailleurs que le dossier est extrêmement sensible politiquement. Les fonctionnaires canadiens préparent des lignes de presse en vue de l'annonce de la construction du nouveau bâtiment à Gatineau, qui n'a pas figuré dans le budget fédéral de 2016 comme anticipé, arguant que «certains groupes d'intérêt peuvent de nouveau manifester leur mécontentement envers le projet». Il est toujours question de Québec - on évoque une lettre du maire Régis Labeaume -, de l'Université Laval et de la nation micmaque de Gespec, qui souhaiterait rapatrier les artefacts du parc national de Forillon.

Il est également possible d'apprendre que les artefacts entreposés dans certaines des villes ne respectent pas les normes de conservation et de sécurité «qui permettraient d'assurer la protection et la préservation» des collections. Déjà en 2012, lors de l'annonce des compressions chez Parcs Canada, des archéologues de l'Université Laval dénonçaient le congédiement de spécialistes chargés de s'occuper des objets historiques. À Québec, ce sont 8614 caisses d'artefacts qui accumulent la poussière dans ses installations de Newton et de Beauport. Le renouvellement des baux pour ces bâtiments coûte également cher à Ottawa, qui projette d'épargner 48,5 millions $ sur 25 ans en rassemblant ses collections, toujours selon les documents consultés par Le Soleil.

«Une v­itrine» pour les objets à Gatineau

Difficile de connaître précisément la vocation du nouveau bâtiment de Parcs Canada qui sera construit à Gatineau pour regrouper les collections d'artéfacts au pays, et de quelle façon le public y aura accès. 

Questionnée à ce sujet, l'agence fédérale se fait peu bavarde, expliquant simplement que «la nouvelle installation non seulement protégerait et conserverait la collection, mais [qu']elle permettrait également aux Canadiens et Canadiennes, y compris les Autochtones, les chercheurs, les établissements et les groupes communautaires de partout au pays, d'avoir un plus grand accès à la collection. Parcs Canada s'assurera que le public et toutes les parties intéressées soient en mesure d'accéder en temps opportun aux artefacts, que ce soit pour des raisons liées à de la recherche, des cérémonies [ou] de l'enseignement».

Toutefois, dans des échanges de courriels entre fonctionnaires datant de 2015 obtenus par Le Soleil, on apprend que l'endroit ne comprendra ni amphithéâtre ni laboratoires de conservation, mais qu'il constituera «une vitrine» pour la collection.

Mégacentre en archéologie à Québec

En 2014, un chercheur de l'Université Laval, Réginal Auger, a ébauché le projet d'un mégacentre en archéologie à Québec pour regrouper les collections d'artefacts de la Ville de Québec et de Parcs Canada au Séminaire de Québec, où l'établissement universitaire a déjà des laboratoires. Le but était de créer un environnement de recherche, de formation et d'analyse pour les experts en archéologie inédit au Canada.

Puisque la Municipalité devait de toute façon déménager ses 6000 à 9000 objets patrimoniaux en résidence dans la Réserve muséale de Québec et qu'Ottawa avait décidé de faire de même avec ses collections, M. Auger y voyait une occasion en or. Mais le projet a depuis évolué, notamment compte tenu du refus du gouvernement canadien de laisser ses objets historiques dans la capitale nationale. Le gouvernement du Québec est désormais dans le coup, tandis que la Ville de Québec a prévu 1,5 million $ dans son Programme triennal d'immobilisation.

Selon les trois partenaires, le projet avance rondement, mais rien de concret ne peut être pour l'instant annoncé, pas plus que le coût total du projet. Parcs Canada soutient de son côté qu'il pourrait consentir «à des prêts à court et à long terme» au mégacentre de l'UL et de la Ville.

Chronologie

2012

Début mai. Dans la foulés des compressions de 29,2 millions annoncées dans le budget fédéral, Parcs Canada décide de rationaliser ses opérations en regroupant ses collections d'artefacts, dont celle de Québec, à Ottawa.

Mi-mai. Pour calmer la grogne au Québec, l'agence se ravise et annonce que les objets historiques demeureront dans la province et seront transférés à Gatineau plutôt qu'à Ottawa.

2013

Mai. Le Bloc québécois et le Parti québécois s'activent en coulisse pour conserver les artefacts à Québec. Le ministre de l'Environnement et responsable de Parcs Canada de l'époque, Peter Kent, participe à des rencontres avec des représentants québécois, mais sans résultat.

2014

Juillet. Le projet d'un mégacentre en archéologie à Québec pour regrouper les artéfacts de Parcs Canada et de la Ville de Québec, piloté par l'Université Laval, est dévoilé.

2015

Une étude de faisabilité est réalisée pour mettre sur pied à Gatineau un centre consolidant les 31 millions d'artefacts entreposés dans six villes au Canada.

2016

Mai. Le directeur général de Parcs Canada donne officiellement l'aval au projet.




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