«Il savait ce qu'il faisait»

Les témoignages de solidarité envers la communauté musulmane... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Les témoignages de solidarité envers la communauté musulmane touchée par l'attentat de dimanche ont continué toute la journée mardi.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) «Il savait ce qu'il faisait [Alexandre Bissonnette]. Il prenait son temps. Il était calme. Il a au moins à trois reprises rechargé son arme».

Hakim et Larbi Yah étaient à l'intérieur du Centre culturel islamique de Québec, à Sainte-Foy, lorsque les premiers coups de feu se sont fait entendre. La prière était terminée depuis une dizaine de minutes quand leur assaillant a franchi la porte avec son arme.

Bien que le souvenir soit douloureux et frais en mémoire, les deux hommes, d'origine algérienne, ont accepté de revenir sur ce moment tragique survenu dimanche soir. Larbi était en train d'échanger avec son ami de longue date, en fait depuis 1974, et professeur de l'Université Laval, Khaled Belkacemi, lorsque le tireur est débarqué. M. Belkacemi fait d'ailleurs partie des six victimes.

«C'était mon meilleur ami. On discutait ensemble accoté sur un mur. Après, c'était horrible, un cauchemar, un moment insupportable. Je ne sais même plus si c'est un cauchemar ou la réalité», raconte-t-il au Soleil, toujours sous le choc. Il souligne ne pas avoir trouvé le sommeil depuis les événements.

«On allait sortir cinq minutes après. On était sur le point de partir. Il y a eu plusieurs coups de feu. Les gens sont partis dans toutes les directions. J'ai seulement vu mon ami étendu sur le sol lorsque cela était terminé.», confie-t-il, ne souhaitant pas à personne de vivre un drame du genre. «Je n'arrête pas de me remémorer le moment».

L'homme de 59 ans, au Québec depuis 1997, préfère maintenant parler de l'après-tragédie. Il ne cache pas qu'il fera appel à une aide psychologique pour pouvoir poursuivre une vie normale. «J'essaie de me projeter vers l'avenir. Ce qui me préoccupe surtout pour le moment, c'est la famille du défunt et de ses enfants...», confie-t-il. Il a d'ailleurs passé une partie de la journée et soirée de lundi avec les proches de M. Belkacemi, présent au Québec depuis 35 ans. Il prévoyait également retourner à leur domicile, mardi.

Malgré l'attentat qui a maintenant fait le tour du monde, celui qui oeuvre à temps perdu comme assistant-coach au hockey est d'avis que le Québec demeure l'une des meilleures destinations à travers la planète pour son climat de paix.

«J'ai eu l'occasion de voyager en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, et le Québec, c'est le summum pour vivre ensemble», affirme-t-il. «Je crois que les gens sont assez sages et conscients des événements. Il a encore beaucoup de travail à faire pour enrayer le message de haine. ll faut lever les ignorances», ajoute celui qui a bien l'intention de retourner à la mosquée touchée. 

«Que Dieu lui pardonne»

Bien qu'il demande que Dieu pardonne au tireur, Larbi, qui avait quitté son pays pour venir étudier au Canada, n'est pas prêt à lui pardonner son geste. Il promet toutefois de tenter de le faire. «Le destin a voulu ça. Que Dieu lui pardonne. Pauvre de lui et à sa famille et son entourage».

Quant à Hakim, au Québec depuis 25 ans, il est trop tôt pour penser de pardonner. L'homme de 54 ans a vu ses amis autour de lui s'effondrer sur le sol lors des tirs. Il parlait avec l'un d'entre eux lorsque le tireur s'est présenté.

«Lorsque c'est arrivé, je n'étais pas très loin de la porte. On se cachait derrière les piliers et le gars, il tirait à bout portant sur les gens», raconte celui qui prévoit voir un psychologue pour atténuer sa douleur. «Il prenait son temps. Il n'était pas affolé. C'était des coups de feu bien précis. Il ne lassait rien au hasard. Deux personnes derrière moi ont été touchées par des balles. Le professeur a reçu la balle dans la tête et il est mort sur le coup et la personne toujours aux soins intensifs est tombé devant moi».

Hakim souligne n'avoir jamais pensé qu'une ville «paisible» comme Québec puisse être l'hôte d'un tel drame. «C'est choquant comme situation». Il salue toutefois le travail des policiers ainsi que l'aide fournie après le drame. «Il y a eu un bon support. Nous avons été très bien encadrés. C'est merveilleux et la marche de lundi a été très émouvante. On voyait qu'on n'était pas tout seul».

Maintenant, il entend bien retourner à la mosquée de Sainte-Foy dès que cette dernière sera de nouveau ouverte. «Je vais être présent à la première pour dire : "Je suis là, c'est là que je reste et c'est là que mes enfants vont grandir". Et Dieu merci, nous sommes dans un pays de droits et libertés. Nous sommes chez nous», conclut-il.




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