Une minute de silence pour un prof discret, mais dévoué

Le hall d'entrée du pavillon Paul-Comtois, à l'Université... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Le hall d'entrée du pavillon Paul-Comtois, à l'Université Laval, était rempli à pleine capacité de centaines de personnes venues rendre hommage Khaled Belkacemi lors d'une minute de silence, mardi.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Discret, mais très dévoué. Les étudiants et collègues du professeur Khaled Belkacemi, mort dans l'attentat de la Grande Mosquée de Québec, l'ont décrit ainsi lors d'une minute de silence à sa mémoire, mardi midi.

Le hall d'entrée du pavillon Paul-Comtois était rempli au maximum de sa capacité de centaines de jeunes venus lui rendre hommage.

«Son épaule pour m'appuyer va me manquer», a témoigné Valentin Leroy, un de ses étudiants à la maîtrise.

Originaire de France, M. Leroy est arrivé au Québec à l'automne 2015. Lors des attentats de Paris, il avait trouvé un bon confident en son professeur Belkacemi qui, avec le sourire, s'assurait qu'il allait bien.

Khaled Belkacemi était professeur au département des sols... (tirée du site de l'Université Laval) - image 4.0

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Khaled Belkacemi était professeur au département des sols et de génie agroalimentaire de l'Université Laval.

tirée du site de l'Université Laval

Le recteur de l'Université Laval, Denis Brière, et la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, ont participé au rassemblement, se rendant devant le bureau de M. Belkacemi, où des gerbes de fleurs ont été déposées.

L'Université Laval songe à des moyens de prévenir la radicalisation

L'Université Laval s'est montrée sensible mardi à trouver des moyens de prévenir la radicalisation, sans toutefois vouloir devenir trop «interventionniste».

«Les événements qui ont eu lieu vont nous amener, nous et les autres, à réfléchir sur ces choses-là. Qu'est-ce qu'on peut faire pour contribuer à un meilleur respect des autres?» a commenté Éric Bauce, vice-recteur exécutif à l'Université Laval.

Alexandre Bissonnette, présumé auteur de l'attentat à la Grande Mosquée de Québec, était étudiant à l'Université Laval. Selon M. Bauce, la détection des gens radicaux susceptibles de devenir violents est un «problème de sécurité publique au niveau national». L'Université Laval offre déjà des mesures de soutien psychologique à ses étudiants, mais le vice-recteur hésite à faire un pas de plus vers la détection des étudiants qui se radicalisent.

«On ne veut pas non plus être trop interventionniste sur nos étudiants. C'est un dossier qui est un peu délicat. Il y a un équilibre à avoir [...] Oui, on peut détecter, mais intervenir, il y a quand même la liberté des gens qu'il faut respecter et aussi la volonté des gens à vouloir se faire aider», commente M. Bauce. 

Par contre, il croit que les institutions d'enseignement pourraient davantage agir en prévention. «Depuis des centaines d'années, les universités prônent le respect de la différence, et peut-être que les universités ont un rôle de plus en plus grand à jouer là-dedans, pour prévenir ce genre de choses-là. Prévenir l'isolement, prévenir la radicalisation par des valeurs de respect, entre autres.»

Très difficile

Pour Stéphane Leman-Langlois, expert en terrorisme à l'Université Laval, il peut être très difficile pour une université de prévenir la radicalisation. 

«Empêcher les gens d'avoir des opinions radicales, c'est presque impossible et, à ce que je sache, c'est permis dans notre démocratie. Mais les empêcher de passer à des actes de violence, c'est plus prometteur», commente-t-il.

Par exemple, l'Observatoire sur la radicalisation et l'extrémisme violent (OSR), dont M. Leman-Langlois fait partie, a mis sur pied depuis 2015 un programme visant à désamorcer les discours extrémistes. Des trousses pour les enseignants du secondaire et du cégep ont été construites et M. Leman-Langlois et des collègues prononcent des conférences dans les écoles. «Rendu à l'université, c'est un peu tard. La pensée critique face aux discours extrêmes, aux fausses nouvelles, ça se développe plus tôt», estime le chercheur.

Les musulmans de l'UL ont déjà pardonné

Malgré la douleur, l'Association des étudiants musulmans de l'Université Laval (AEMUL) a déjà pardonné au tireur de la Grande Mosquée de Québec.

«Le pardon est une vertu enseignée par l'islam, alors bien entendu que nous pardonnons à Alexandre Bissonnette», a déclaré en conférence de presse mardi Lacina Diarra, président de l'AEMUL, mentionnant le nom de celui qui a été accusé après la tuerie.

M. Diarra a ajouté que le fait d'apprendre que le tireur serait un étudiant de l'Université Laval avait été un second choc, après celui d'avoir appris qu'un professeur de l'institution figurait au nombre des victimes et qu'un des formateurs de l'AEMUL avait été blessé lors du drame.

«Ça ajoute à notre incompréhension, car pour nous, l'université est un lieu de tolérance», a-t-il poursuivi, ajoutant que ces gestes ne changeaient rien à leur perception de la société québécoise comme étant une société ouverte. 

«Nous ne percevons pas que la société québécoise porte un regard malveillant envers les musulmans comme c'est le cas dans certains pays d'Europe. Nous ne pouvons que prier pour que la miséricorde divine nous éclaire tous face à cette épreuve», a-t-il repris.

Deux femmes membres de l'AEMUL et portant le voile partageaient ce point de vue. «En quatre ans à Québec, jamais je n'ai été interpellée à cause de ma religion», explique une jeune femme originaire du Burkina Faso alors que son amie, originaire de Côte-d'Ivoire, dit n'avoir jamais subi le racisme sur le campus. «À l'extérieur de l'Université, c'est arrivé une seule fois en deux ans. Une femme m'a dit que sa grand-mère avait lutté pour sa liberté quand elle m'a vue avec mon voile. Je lui ai souri et j'ai passé mon chemin.»

L'AEMUL compte 150 membres, mais l'Université Laval compte plusieurs centaines d'étudiants musulmans. L'Association leur a assuré que le calendrier de ses activités n'allait pas changer malgré les événements de la Grande Mosquée.

«Nos activités sont maintenues aux mêmes heures et aux mêmes endroits que d'habitude. J'invite nos membres à ne pas céder à la peur et à y participer», a indiqué M. Diarra, soulignant cependant que l'Université Laval offre un soutien psychologique et des mesures de sécurité supplémentaires depuis lundi.

Ian Bussières

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