Quand chaque nom de lieu raconte une histoire

Pour le président de la Commission de toponymie... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Pour le président de la Commission de toponymie du Québec, Robert Vézina, chaque nom de lieu semble dire : «Il était une fois...»

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) Qui choisit quel nom porteront les rues et les avenues? Les parcs et les monts? Les lacs et les marais? La quinzaine d'employés de la Commission de toponymie du Québec (CTQ) ont cette tâche qui mêle la linguistique à l'histoire et à la géographie. Selon le président de la CTQ, Robert Vézina, la capitale regorge de richesses sur le plan toponymique.

De l'époque des premières explorations et des premiers contacts avec les populations autochtones jusqu'à aujourd'hui, le nom des rues, des lieux et des espaces naturels de Québec témoignent de son histoire. Les citoyens curieux d'en apprendre sur l'histoire de leur ville étaient invités à la conférence de M. Vézina, offerte à l'occasion du Salon des sociétés d'histoire de Québec.

Québec ou «là où le fleuve se rétrécit»... Champlain ne serait pas l'auteur de cette toponymie, alors qu'on parlait de Québec dès 1601, soit sept ans avant la fondation de la ville! Les écrits attribuent plutôt le nom de Québec à Guillaume Levasseur, cartographe français. 

Et depuis quand appelle-t-on le fleuve Saint-Laurent ainsi? Probablement depuis le début du  XVIIe siècle. Jacques Cartier, dès 1550, parlait cependant déjà du Saint-Laurent pour désigner le fleuve. 

La Grande Allée, quant à elle, serait connue ainsi depuis la fin du XVIIIe siècle. Non loin, on devrait le nom aux plaines d'Abraham à Abraham Martin, ce propriétaire terrien de la basse ville. À ce sujet, on parlerait de la haute et de la basse ville... depuis 350 ans! 

«On a plusieurs couches toponymiques [à Québec]», a expliqué M. Vézina. «Ça, c'est très intéressant. On a des toponymes qui remontent à l'époque des premières explorations, des premiers balbutiements de la ville [...], régime français, régime anglais, l'époque industrielle avec les premiers développements domiciliaires en banlieue.» 

Le régime anglais a lui aussi laissé sa trace. Après la Conquête, on divise désormais le territoire en cantons. Stoneham-et-Tewkesbury en sont des exemples. Certaines rues bien connues de la population n'y échappent pas : la côte de la Montagne devient la Mountain Hill, et la rue des Jardins, où se situe aujourd'hui l'hôtel de ville, devient la Garden Street. Dès 1933 cependant, une commission de francisation est mandatée de franciser les panneaux de rues unilingues anglais.

Le Quebec Land

Limoilou et New York ont aussi quelque chose en commun : dès 1900, le Quebec Land prend forme. On adopte un système numérique pour nommer les rues de ce nouveau quartier. Les 1re Rue, 9e Rue et 3e Avenue voient le jour. Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, la mode est à la nomination thématique. Dans le quartier Lairet, par exemple, on voit apparaître les rues des Ormes, des Pins, des Peupliers... 

«La toponymie, c'est un des réservoirs de la langue les plus intéressants pour un linguiste parce que les noms de lieux sont plus stables que la langue elle-même», a raconté Robert Vézina. Le patrimoine toponymique de Québec mérite d'être conservé et enrichi, défend-il. Les traditions autochtone, française, anglaise et irlandaise sont bien ancrées dans la capitale. Pour le linguiste de formation, chaque nom de lieu semble dire : «Il était une fois...» 

Si la nomination des lieux est une compétence partagée par les municipalités et le gouvernement provincial, ce dernier veille à émettre des recommandations aux municipalités sur leurs choix. Comme M. Vézina l'explique, la CTQ demande de ne pas nommer un lieu en mémoire d'une personne décédée moins d'un an après sa mort. 

Alors, lors d'une prochaine promenade dans la rue Saint-Jean ou le parc Victoria, à qui penserez-vous?

Quelques endroits toujours anonymes

Reste-t-il des lieux sur le sol québécois qui n'ont pas de nom? «Il y a encore des lacs [dans le nord du Québec] qui n'ont pas de nom», a avancé Robert Vézina, président de la Commission de toponymie du Québec. Même certains milieux humides de la région demeurent toujours anonymes.

Chaque année, la Commission doit mener des recherches sur le terrain afin de voir si, par exemple, une communauté autochtone du nord du Québec désigne tel cours d'eau d'une manière non enregistrée par la CTQ dans le but de lui attribuer un nom.

Amoureux de la langue française, M. Vézina confie être heureux de l'appellation «cageux» retenue pour le quai des Cageux, situé sur la promenade Samuel-De Champlain. «C'est un mot qui est à peu près disparu d'usage. Mais de le voir apparaître dans la toponymie, ça rend hommage à une partie importante de notre histoire socioéconomique, parce que la drave sur le fleuve, ça a été une activité très importante.»

Curieux d'en apprendre sur les origines du nom de votre rue, de votre parc favori ou de la montagne que vous aimez gravir? Consultez les répertoires de la Commission de toponymie du Québec (goo.gl/j34PVa) et de la Ville de Québec (goo.gl/h8fqB7).

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