Les 365 «dodos» du maire Juneau

Sylvain Juneau, maire de Saint-Augustin... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Sylvain Juneau, maire de Saint-Augustin

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<p>Ian Bussières</p>

(Québec) Certains en rient, d'autres le lui reprochent. À l'image d'un enfant qui a hâte à Noël, le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, Sylvain Juneau, compte lui aussi les «dodos» avant les élections municipales du 5 novembre 2017 qui, croit-il, permettront de faire table rase de ses adversaires politiques. «Je ne penserais pas qu'ils se représentent, et s'ils se représentent, je ne crois pas qu'ils seront réélus. Entre-temps, j'essaie de garder le fort, d'empêcher les dégâts», a déclaré au Soleil le maire Juneau au sujet des cinq conseillers élus sous la bannière du défunt parti de l'ex-maire Marcel Corriveau et qu'il accuse d'être à l'origine de la situation financière difficile de sa Ville. M. Juneau fait le point sur la façon dont il voit évoluer certains dossiers municipaux d'ici les prochaines élections.

Même s'il affirme avoir réussi à améliorer les relations de sa Ville avec l'agglomération de Québec, Sylvain Juneau a échoué à faire ratifier l'entente qu'il avait négociée avec le maire de Québec, Régis Labeaume, sur le partage de la quote-part d'agglomération.

Les conseillers de l'ère Corriveau ont refusé de donner leur aval à l'entente qui aurait sonné le glas de la poursuite intentée par Saint-Augustin-de-Desmaures contre la Ville de Québec. La poursuite demeure donc en force, mais le maire ne s'attend pas à ce qu'elle soit entendue avant le prochain scrutin général.

«Au départ, l'échéancier qui nous avait été donné pour la poursuite était le printemps ou l'automne 2017. Mais ça, c'était avant que l'on détecte de sérieux retards dans les interrogatoires préalables», explique M. Juneau.

Pas avant 2018

«On ne nous a pas donné de nouvel échéancier, mais vu la situation, je serais très surpris si le procès débutait avant 2018. Il pourrait donc y avoir une décision en 2018, mais les procédures d'appel pourraient ensuite s'étirer jusqu'en 2020, 2021 ou 2022», explique le maire, qui n'est pas très chaud à l'idée de poursuivre cette saga judiciaire.

«Même si, comme le prétendent les conseillers, on réussissait à récupérer une somme d'argent, on se retrouverait quand même avec le même problème puisque l'entente sur le partage de la quote-part demeurerait en force.»

Par ailleurs, la possibilité de plus en plus présente de nouvelles négociations avec Québec menées par un maire Juneau qui serait alors appuyé par un conseil qui lui serait favorable.

Sans parti

Le maire a toutefois déjà annoncé ses couleurs : pas question de fonder un parti politique ou de se présenter avec une équipe. Il se réserve toutefois le droit de donner son appui à des candidats avec lesquels il a des affinités, comme il l'avait fait avec Raynald Brulotte lors de l'élection partielle tenue cette année. Le maire a d'ailleurs déjà invité son ex-adversaire à la mairie, Sylvie Asselin, à solliciter un siège de conseillère.

«Ma campagne débutera officiellement en septembre ou octobre, mais dans un sens, elle a commencé la journée de mon élection. Je ne le cache pas : je compte les "dodos", et il en reste 365. J'ai des idées et des projets et j'ai hâte de parler à des gens qui ont à coeur le bien de la Ville plutôt que leur bien personnel. Le nouveau conseil devra s'affairer à reconstruire, mais n'aura pas à se battre contre une obstruction systématique. Il y a beaucoup de choses que je voudrais faire, mais que je ne propose pas, car [les conseillers de l'ère Corriveau] vont nous les brûler», ajoute M. Juneau.

Le maire rappelle aussi que le départ éventuel d'un conseiller après le 5 novembre, soit moins d'un an avant le scrutin, n'amènerait plus l'obligation d'une élection partielle à moins que le quorum ne soit pas atteint. Il n'ira cependant pas jusqu'à dire s'il s'attend à voir d'autres conseillers quitter la table du conseil comme l'avait fait Marie-Julie Cossette à la fin de 2015.

Le conflit des salaires tire à sa fin

Le dossier du salaire des conseillers municipaux, qui ont été payés pour siéger à des comités qui n'existaient pas, divise le maire Juneau et les conseillers élus aux côtés de l'ex-maire Marcel Corriveau depuis près d'un an déjà. Ce dossier qui a envenimé des relations qui n'étaient déjà pas au beau fixe entre le maire et les conseillers devrait connaître son dénouement au cours des prochains jours...

Depuis que le maire a, en février, amputé de 6000 $ leur rémunération qui se chiffrait alors à 24 228 $, les cinq conseillers de l'ère Corriveau se battent pour tenter de ramener leur salaire au même niveau après avoir même brièvement envisagé de se voter une augmentation de 12,25 %.

Le dossier reviendra sur la table du conseil le 15 novembre après un affichage obligatoire de 21 jours. «C'est la quatrième fois qu'ils essaient d'augmenter leur salaire (depuis qu'ils ont subi la coupe de 6000 $) mais ils n'avaient pas suivi toutes les étapes nécessaires», explique le maire, qui promet d'opposer son veto et s'attend donc de voir la question revenir de nouveau lors de la séance du 22 novembre.

«Une question de principe»

S'il est adopté d'ici le 31 décembre, l'ajustement qui ramènera le salaire des conseillers à 24 228 $ sera rétroactif au 1er janvier 2016. «La loi stipule que la rétroactivité peut s'appliquer jusqu'au 1er janvier de l'année en cours», indique Sylvain Juneau, qui s'est toujours opposé à cette mesure et refuse de dire s'il sortira un autre lapin de son chapeau pour bloquer la manoeuvre.

«Ce n'est pas une question financière, car ça représente à peu près 30 000 $ pour 2016, mais c'est une question de principe alors que notre Ville traverse une crise financière», poursuit-il.

Le maire a aussi indiqué que les conseillers municipaux avaient déjà commencé à rembourser, via des retenues sur leurs salaires, les sommes qui leur avaient été versées en trop en vertu des comités non conformes pour lesquels ils étaient rémunérés, soit un total d'environ 52 000 $ pour les conseillers de l'ère Corriveau. Ceux-ci avaient toujours refusé de le faire jusqu'à maintenant, mais les services juridiques et de la trésorerie de la Ville ont statué en ce sens suite à un avis du ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire.

L'enquête du MAMOT

C'est au cours des prochaines semaines que le ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire (MAMOT) devrait faire connaître les résultats de l'enquête qu'il a menée afin de faire la lumière sur la crise financière qui secoue Saint-Augustin-de-Desmaures depuis quelques années.

«Il faut s'attendre à des résultats très bientôt. Nous aimerions que ça sorte avant Noël et j'ai cru comprendre qu'eux aussi [au ministère] souhaitent la même chose», a déclaré le maire Sylvain Juneau.

Demandée par le maire à la fin de 2015, l'enquête du Ministère fait suite à l'enquête interne concernant toutes les décisions administratives et financières prises à Saint-Augustin depuis la défusion de 2006.

La Ville traîne une dette de 114 millions $ et a dû se résoudre à mettre 25 employés à pied à l'automne 2015 en plus d'avoir augmenté les taxes de ses contribuables de 25 % en 2015 et de 4,9 % en 2016.

Le budget 2017 devrait d'ailleurs être déposé à la mi-­décembre après une déclaration sur la situation financière de la Ville le 8 novembre. Même si le service de la dette représente encore 11,7 millions $ cette année, soit environ 40 % du budget de proximité, le maire Juneau laisse entendre qu'il s'attend à une hausse de taxes moins salée en cette dernière année avant les élections.

«Nous devons attendre de recevoir la facture de l'agglomération avant de compléter le budget, mais en tenant compte du fait que plusieurs terrains municipaux ont été vendus en 2016, on s'attend à mieux que l'an dernier.»

La firme Deloitte se retire du litige sur la quote-part

La firme Deloitte se retire du litige sur la quote-part d'agglomération. Elle n'agira donc pas à titre d'experte juricomptable pour la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures dans ce dossier après que le maire Sylvain Juneau eut refusé de signer la lettre renouvelant l'entente de la firme avec la Ville. «Pour signer au nom de la Ville un engagement d'un quart de million de dollars avec une firme de services professionnels, il importe d'être convaincu de l'indépendance de cette dernière», a déclaré le maire dans un communiqué de presse. M. Juneau a également mentionné avoir obtenu de Deloitte copie d'un nouveau document confirmant le fait que des négociations ont bel et bien été menées au nom de la Ville par la conseillère France Hamel et ses collègues à l'insu du maire et de la direction générale en janvier 2016. «La conseillère Hamel n'avait aucun mandat du conseil municipal pour établir les paramètres du mandat avec la firme Deloitte et a agi en contravention des règles», a poursuivi M. Juneau, qui blâme donc les conseillers de l'équipe de son prédécesseur Marcel Corriveau pour avoir fait avorter le dossier. 

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