Les cols blancs refusent d'être «espionnés» par les mouchards dans les véhicules de la Ville

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Le maire Régis Labeaume a justifié l'intérêt de la Ville pour les mouchards par la volonté de répondre aux préoccupations du vérificateur général, qui a soulevé des irrégularités dans la gestion du parc automobile municipal.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Tandis que les cols bleus se montrent ouverts à l'installation de GPS dans les véhicules de la Ville de Québec, le syndicat des cols blancs est prêt à contester devant les tribunaux ce que son président, Jean Gagnon, considère comme «de la filature, de l'espionnage».

Le Soleil rapportait mercredi qu'une entreprise de Laval, ETL Électronique, veut équiper le parc de véhicules municipaux de mouchards permettant de suivre en temps réel les déplacements des employés et d'évaluer leurs habitudes au volant. 

Un projet pilote est sur le point de démarrer, s'est fait confirmer le Syndicat des employés manuels de la Ville de Québec. Selon les informations du Soleil, sept camionnettes seront équipées de modules d'enregistrement des données de conduite. 

Jean Gagnon, président du Syndicat des fonctionnaires municipaux de Québec, accueille très mal ce qui fera office de nouveauté pour ses cols blancs. Pour le moment, seuls les cols bleus ont l'habitude des GPS sur les camions de déneigement. 

«De dire que la personne a freiné trop longtemps, qu'elle a laissé tourner son camion, voyons donc, c'est n'importe quoi! C'est parce qu'ils veulent filer le monde. Moi, personnellement, je suis réfractaire à ça parce que le but, c'est pas d'avoir une saine utilisation, c'est carrément d'espionner le monde, de surveiller le monde. Le test des tribunaux, d'après moi, ça le traverse pas. Naturellement, si jamais ça arrivait, on ne laisserait pas passer ça», a commenté spontanément M. Gagnon. 

Ce dernier affirme être favorable à une meilleure utilisation des véhicules municipaux, notamment par des prêts entre arrondissements. Mais il considère que l'installation de GPS va trop loin, qu'elle constitue une intrusion dans la vie privée des employés «compétents et travaillants à 95 %». «Pourquoi se mettre à watcher le monde comme s'ils sont tous des voleurs?» demande le représentant des cols blancs, prêt pour une bataille juridique. 

Les cols bleus ouverts

Le ton est beaucoup plus conciliant du côté des cols bleus. Le président du syndicat, Daniel Simard, considère que les GPS ont été utilisés à bon escient sur les camions de déneigement. Ils ont permis de mieux distribuer le travail, expose-t-il, et l'employeur «ne veut pas discipliner avec ça». 

Le logiciel testé, plus bavard, permettra d'ajuster la conduite pour économiser du carburant et minimiser les réparations, croit le leader syndical, rappelant que ses membres sont déjà sensibilisés à l'importance d'une conduite sécuritaire et écologique. 

Quant au risque que les syndiqués soient suivis à la trace, cela ne l'inquiète pas. «Nous autres, on a averti nos gens, on se le cache pas : quand vous allez chercher votre café au Tim Hortons, vous restez pas là. C'est comme ça qu'on veut que les gens réagissent. Les [citoyens] disent : on paie des taxes et on veut du rendement. C'est ce qu'on a passé comme message au cours des dernières années et ça fonctionne. On est payés pour travailler, et c'est ça qu'on fait», lance M. Simard, qui se voit mal empêcher la Ville d'adopter de nouvelles technologies.

Le maire Régis Labeaume a justifié mercredi l'intérêt de la Ville pour les mouchards par la volonté de répondre aux préoccupations du vérificateur général. En 2014, celui-ci a soulevé des irrégularités dans la gestion du parc automobile municipal. Plusieurs voitures étaient sous-utilisées tandis que des employés recevaient des allocations pour utiliser la leur ou prenaient le taxi. «Il y a des gens ici qui travaillent là-dessus. Le vérificateur général est toujours un allié et on veut donner suite à ses recommandations alors il faudra trouver la bonne façon», a réagi M. Labeaume.

Questions légales

Louis-Philippe Lampron, professeur de droit à l'Université Laval, explique que c'est la politique d'utilisation des véhicules municipaux qui va déterminer l'acceptabilité juridique du projet de la Ville de Québec. 

Si les fonctionnaires ont le droit d'utiliser les véhicules à des fins personnelles, il peut y avoir intrusion dans la vie privée, car l'employeur peut alors les localiser en tout temps. Si toutefois il est acquis que les véhicules ne servent qu'au travail, il peut être justifié d'accumuler des données sur la conduite. 

Il n'a pas été possible, mercredi, d'obtenir la politique en vigueur à la Ville de Québec. M. Lampron précise que l'enregistrement en sons ou en images de ce qui se passe à l'intérieur de l'habitacle est plus problématique. 

«Parce que là, on se sent toujours surveillé. On peut avoir envie de se gratter à un endroit incongru ou de se moucher et on n'a pas envie que l'employeur ait accès à notre image en toutes circonstances», note l'expert.  Avec Valérie Gaudreau

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