Un plan pour exproprier des délinquants

Surnommée «la petite maison blanche», la résidence centenaire... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Surnommée «la petite maison blanche», la résidence centenaire du 390, avenue Wilfrid-Laurier, près des plaines d'Abraham, fera aussi l'objet d'un traitement particulier dans le PPU modifié.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Alors que se tient mardi un important colloque sur le patrimoine, l'administration Labeaume se donne plus de pouvoir pour agir contre les propriétaires qui négligent certains terrains ou bâtiments patrimoniaux. La Ville de Québec modifiera le Programme particulier d'urbanisme (PPU) de la Colline parlementaire adopté en 2010 pour y inclure cinq sites d'intérêt. Si rien n'est fait, les propriétaires délinquants pourraient être expropriés.

Les cinq sites dont l'avenir a fait jaser ces dernières années sont l'église Saint-Coeur-de-Marie, l'ancienne église Saint-Vincent-de-Paul, la maison Pollack, la maison du 390, avenue Wilfrid-Laurier et l'ancienne école Saint-Louis-de-Gonzague.

«Dans le PPU pour ces cinq sites, il y aura des conditions de préservation très précises.

Le cas échéant, on pourrait, c'est une hypothèse, exproprier sans contestation et en disposer auprès d'un investisseur privé qui pourrait en prendre soin avec les conditions qui sont dictées dans le PPU», a expliqué lundi le maire de Québec, Régis Labeaume. Il était accompagné de la conseillère responsable du patrimoine et de l'aménagement du territoire, Julie Lemieux.

Les élus voient deux avantages principaux à donner un statut particulier à ces terrains ou bâtiments. «Lorsque c'est inclus dans un PPU et qu'on va jusqu'à l'expropriation, il n'y a aucune contestation possible», a lancé Régis Labeaume lundi. «Il n'y a qu'à s'entendre sur un prix. Sinon, le juge décide du prix.»

Deuxième particularité : une administration peut exproprier un propriétaire qui tarde à développer un terrain, mais il doit alors le remplacer par une vocation municipale, comme des logements sociaux ou un parc public, ce qui ne sera pas le cas en procédant par le PPU. La Ville pourra alors le revendre et lancer un appel d'intérêt à un propriétaire privé qui voudra «en prendre soin», l'habiter ou le développer.

Rouvrir le PPU qui dictait les grandes lignes du secteur de la Colline parlementaire et de ses environs nécessitera de nouvelles consultations publiques, a précisé Mme Lemieux. «Il faut changer la réglementation de la Commission d'urbanisme. Les avocats vont travailler là-dessus, mais on pense entamer les démarches dans les prochaines semaines.»

1 L'église Saint-Coeur-de-Marie

L'église Saint-Coeur-de-Marie... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 4.0

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L'église Saint-Coeur-de-Marie

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

L'église de style romano-byzantin est peu entretenue depuis qu'elle a été fermée au culte en 1997. Des groupes de protection du patrimoine s'inquiètent de son sort alors que depuis près de 20 ans, aucun projet n'a semblé viable, de la salle événementielle à un récent projet de tour à condos par son propriétaire actuel, le promoteur Louis Lessard. L'administration Labeaume tranche : elle sera conservée et sa sauvegarde s'inscrit «dans une longue réflexion sur les églises de valeur à Québec», a dit le maire Régis Labeaume. «Et ce qui nous a été présenté jusqu'à maintenant n'a pas été à notre goût parce que ça ne préservait pas assez l'église. C'est un premier pas. On verra pour le reste.»

2 L'ancienne église Saint-Vincent-de-Paul

Situé à un endroit névralgique à l'entrée du Vieux-Québec, le terrain n'a jamais été développé par son propriétaire, l'hôtelier Jacques Robitaille depuis la démolition contestée de la façade de l'ancienne église en février 2010. Inclure ce terrain dans le PPU de la Colline parlementaire pourra inciter le promoteur à développer ce qui a pour l'instant des airs de zone abandonnée au sommet de la côte d'Abraham.

3 La maison Pollack

La maison Pollack... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 7.0

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La maison Pollack

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Construite en 1910 et achetée par le commerçant Maurice Pollack, cette maison de la Grande Allée est négligée par l'entreprise montréalaise qui la détient. La maison témoin du riche passé bourgeois de la haute ville voit depuis des années sa façade maintenue par des échafaudages. Or voilà, la Ville de Québec a peu de recours pour forcer le propriétaire à l'entretenir. «Ça fait des années que ça traîne. On est rendus à 12 000 $ d'amendes et il conteste ces amendes. Je pense qu'il est temps d'agir», a dit Julie Lemieux. «S'il fallait que le propriétaire ne fasse rien, nous pourrions l'exproprier et la transférer à un privé qui la mettrait en valeur», a ajouté Régis Labeaume.

4 «La petite maison blanche»

Surnommée «la petite maison blanche», la résidence centenaire du 390, avenue Wilfrid-Laurier, près des plaines d'Abraham, fera aussi l'objet d'un traitement particulier dans le PPU modifié. En 2013, Régis Labeaume avait dit qu'il faudrait lui «passer sur le corps avant de toucher à cette maison». Le propriétaire Stéphan Huot projetait à l'époque y construire un tour de condominiums de 12 à 14 étages. «Si un promoteur forçait pour la débâtir et faire un projet privé, ça n'arrivera pas. Si on avait des inquiétudes, on pourrait l'exproprier et la vendre à un propriétaire qui, lui, voudrait l'habiter et la préserver selon des règles strictes.»

5 Saint-Louis-de-Gonzague

L'école primaire Saint-Louis-de-Gonzague dans le Vieux-Québec a perdu... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 10.0

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L'école primaire Saint-Louis-de-Gonzague dans le Vieux-Québec a perdu ses élèves en 2010.

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Les élèves de l'école Saint-Louis-de-Gonzague ont été déménagés à l'Académie Saint-Louis, dans Lebourgneuf, en 2010. Quant au bâtiment, il a été acquis par le CHU de Québec en 2011 et sera bientôt mis en vente. L'administration Labeaume entend ajouter dans le PPU modifié de la Colline parlementaire cette école fondée par les Soeurs de la Charité de Québec en 1899 afin de s'assurer que l'édifice patrimonial et l'ancien foyer Nazareth de la rue des Glacis soient préservés par un futur propriétaire.

«À bout de patience» devant l'hôtelier Jacques Robitaille

«À bout de patience» devant l'inaction du propriétaire du terrain de l'ancienne église Saint-Vincent-de-Paul, l'administration Labeaume envisage l'expropriation.

«On savait qu'il avait des discussions avec un autre investisseur, mais c'est tombé à l'eau. Là, notre patience est à bout. C'est terminé, on le met dans le PPU», a lancé le maire de Québec, Régis Labeaume, en présentant lundi sa volonté de protéger ou obliger le développement de cinq sites de la haute ville. 

Le maire voit dans le «scénario prévisible» de l'expropriation un «incitatif de plus» pour obliger Jacques Robitaille, propriétaire des hôtels JARO, à développer le terrain vague cerné par une clôture au sommet de la côte d'Abraham, à deux pas de l'arrondissement historique.

«Si ça met de la pression et il vend, il va se passer quelque chose. Mais le prochain propriétaire, s'il ne fait rien, il ne sera pas plus avancé car on va toujours avoir ce droit d'expropriation. Pour la suite, c'est toujours bon parce que c'est le site même qui est dans le PPU. C'est pour le bien commun.»

Le développement sur ce terrain stagne depuis des années. L'homme d'affaires avait notamment exploité un stationnement jugé illégal par la Cour suprême. Un projet d'hôtel et d'unités de condominium proposé en 2009 n'a finalement jamais vu le jour.

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