«M. Nightlife» tire sa révérence

À la veille de prendre sa retraite et... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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À la veille de prendre sa retraite et de vendre le Beaugarte, Jean-Pier Goulet a accepté de raconter quelques-unes des anecdotes qui font partie de l'histoire du légendaire établissement.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Mario Lemieux, Guy Lafleur, Wayne Gretzky... Après près de 34 ans à la barre du Beaugarte, Jean-Pier Goulet en a serré des mains et brûlé des planchers de danse, que ce soit sur du disco ou du techno. Aujourd'hui, l'oiseau de nuit de 70 ans est prêt à tourner la page de sa longue relation avec le nightlife de Québec.

Rencontré à son établissement situé sur le boulevard Laurier, M. Goulet, encore plein d'énergie, a accepté de revenir sur ses premiers pas en restauration et dévoilé au passage quelques secrets accumulés au fil des ans. Derrière son aspect de gentleman, l'homme d'affaires cache bien son côté un peu plus rebelle. Sous son complet veston-cravate, on trouve, sur son bras gauche, une tête de lion et, derrière son épaule, un bélier. Le bras droit n'est pas en reste, un tatouage tribal s'étend sur toute la longueur.

L'histoire d'amour avec la restauration de l'homme d'affaires originaire de Trois-Rivières - il est débarqué dans la capitale à neuf ans avec sa famille - a débuté alors qu'il avait 15 ans, lorsqu'il s'est déniché un premier emploi d'été au A&W. La bannière venait de s'implanter sur le boulevard Wilfrid-Hamel. À cette époque, le jeune Goulet aspirait à devenir physiothérapeute. Un rêve qui a vite disparu.

«Je gagnais 60 cents de l'heure. Ils m'ont engagé pour faire de la root beer», se remémore M. Goulet, qui a passé quelques saisons estivales comme employé au A&W.

À 20 ans, il fait ses premiers pas dans le monde des restos-bars. «Je travaillais pour le bar d'un club de golf à Cap-Rouge. Je n'avais pas le droit, il fallait 21 ans», raconte au Soleil celui qui détient 14 années de scolarité. 

Au fil des ans, il multiplie les boulots dans le domaine de la restauration. L'homme d'environ 5' 10'' et 150 livres va même jusqu'à être portier à la Traite du Roy, dont la discothèque était baptisée le Cloître des nonnes, située à la place Royale. «J'étais un gars très sociable. J'ai toujours eu de la facilité avec les gens», se défend-il, au sujet de sa petite taille pour occuper une telle fonction.

Le 1er janvier 1973, il débarque au restaurant Deauville alors installé sur le boulevard Laurier. Il travaille près de neuf ans pour la bannière, comme gérant et ensuite directeur général. La vraie aventure débute toutefois le 7 décembre 1982.

Avec 17 000 $ en poche, à 36 ans, il démarre, avec trois associés, le Beaugarte, dont le nom vient de l'acteur Humphrey Bogart, mort en 1957. Les quatre hommes investissent 100 000 $ pour ouvrir le resto-bar, qui a coûté 400 000 $.

Jean-Pier Goulet et ses associés Léo Martineau, Andy Dépatie... (Archives Le Soleil) - image 2.0

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Jean-Pier Goulet et ses associés Léo Martineau, Andy Dépatie et Serge Bernier, quelques jours après l'ouverture du Beaugarte, le 7 décembre 1982

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«On n'avait pas d'argent, il nous a fallu un associé majeur. En six mois, on avait remboursé l'argent. Les gens ne croyaient pas à notre projet. Il n'avait rien dans le secteur. Le monde me traitait de fou. Que j'allais fermer dès que la Grande Allée allait ouvrir. Il me donnait 6 mois, et ça fait 34 ans. Dès le premier jour, il y a eu un line-up. On vendait la bière à 2,75 $.»

Le vent dans les voiles

Les années suivantes, l'argent ne fait pas défaut. De longues files d'attente s'accumulent chaque soir devant le Beaugarte. Et ce n'est pas qui le veut qui peut entrer dans l'établissement, un code vestimentaire doit être respecté, pas d'espadrilles ni de jeans. Les joueurs des Nordiques fréquentent l'endroit, les politiciens et plusieurs célébrités, attirant des milliers de curieux chaque fin de semaine. «C'était la place dans la région. C'était la belle époque», dit M. Goulet. 

Voulant bonifier leur portefeuille, les quatre associés décident alors d'ouvrir de nouveaux commerces. Ils ouvrent en 1984 le restaurant disco-bar La Galère et s'associent dans le bar Le Brandy en 1985. En 1986, ils ouvrent le restaurant Le Cousin et deviennent associés dans le bar le Vogue, situé près de la Grande Allée. Ayant accumulé beaucoup d'expérience dans les discothèques, ils sortent les billets verts pour construire le Palladium, dans Sainte-Foy, en 1987. «On a aussi eu le projet de Beaugarte Montréal. On voulait partir une chaîne. On a investi plus 300 000 $, mais ça n'a pas marché», mentionne M. Goulet.

La Bourse

Le groupe Beaugarte avait faim. Il devient même une société cotée à la Bourse. L'entreprise avait près de 3 millions d'actions. Le titre à son plus haut a été à 3,70 $, confie M. Goulet.

À 70 ans, l'oiseau de nuit Jean-Pier Goulet est... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 3.0

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À 70 ans, l'oiseau de nuit Jean-Pier Goulet est prêt à tourner la page de sa longue relation avec le nightlife de Québec.

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Le passage en Bourse a duré jusqu'au début des années 90. L'entrepreneur décide alors de racheter les parts de ses associés et de faire cavalier seul. «Ç'a été la meilleure décision de ma vie», indique l'homme d'affaires, qui a vendu ses autres commerces pour payer ses associés.

Bien qu'il ait toujours le feu sacré, M. Goulet estime qu'il est maintenant temps de passer le flambeau. Son commerce est à vendre et des acheteurs ont montré de l'intérêt, notamment le Groupe MTY pour y installer un Madisons New York Grill & Bar. 

«Mon bar est effectivement à vendre. J'ai plusieurs groupes intéressés. Il est temps pour moi de prendre ma retraite. [...] Cominar [propriétaire de Place de la Cité] a toujours été correct avec moi. J'ai eu de belles années ici et des souvenirs mémorables. Pour mes employés, je vais m'assurer qu'ils conservent leur emploi. Et je ne suis pas encore fermé, il me reste quelques mois», conclut celui qui indique avoir encore plusieurs projets dans ses cartons, mais avoue avoir un pincement au coeur lorsqu'il pense que l'histoire du Beaugarte tire à sa fin.

«Je ne vends pas de l'eau bénite»

Durant trois décennies à la barre du Beaugarte, Jean-Pier Goulet a fait de son resto-bar un monument de la vie nocturne dans la capitale et à travers la province. L'industrie a énormément changé depuis ses premiers pas. L'homme d'affaires revient sur son expérience.

Jean-Pier Goulet et ses associés ont construit le Palladium... (Archives Le Soleil) - image 5.0

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Jean-Pier Goulet et ses associés ont construit le Palladium de Sainte-Foy, en 1987.

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Un marché difficile...

«Le marché des bars a changé. Le gouvernement a changé les règles avec des lois plus sévères, notamment le 0,08. Aujourd'hui, même les jeunes n'ont plus le droit de boire en bas de 22 ans s'ils conduisent. Il y a eu beaucoup de prévention. Lorsque j'étais plus jeune, les gens buvaient durant l'après-midi et ils reprenaient leur voiture le soir. C'était une autre époque. Il y a aussi l'essor des microbrasseries, c'est certain que beaucoup de citoyens se sont tournés vers ces établissements. Les gens sont à la recherche de nouveauté. Dernièrement, le marché s'est un peu amélioré avec le développement des entreprises de service de raccompagnement. [...] Le fait de cesser de fumer dans les établissements publics a été une très bonne affaire. Cela a nui au début pour les fumeurs, mais après un an, les gens de la restauration étaient heureux de cette initiative.»

Les escortes...

«Je ne vends pas de l'eau bénite. Oui, il y a eu de belles femmes. Je ne suis pas responsable de la moralité des clients, je suis restaurateur. Il y a toujours eu du beau monde.»

Les motards...

«Je suis un restaurateur. Oui, il y a probablement eu des individus provenant de groupes de motards. Ils ne venaient toutefois pas ici avec leurs couleurs. Je n'ai jamais eu de pression pour vendre de la drogue ou autre. Nous avons été très sensibles à ça. On surveillait, mais je n'ai jamais eu de problème. Si on voyait qu'une personne était droguée, on lui montrait la porte.»

Les politiciens et les vedettes...

«Il y a eu beaucoup de rencontres sociales. Des gens qui venaient peut-être avec leur secrétaire. Il y a beaucoup de couples qui se font formés ici et il y en a beaucoup qui se sont déformés. [...] Un soir, David Copperfield est venu avec deux filles et il les a fait disparaître du bar.»

La fête...

«À 37 ans, un soir je suis partie sur la rumba avec deux filles. Je me suis fait tatouer un lion et je me suis également retrouvé avec le nombril percé. J'ai toujours été jeune. Je n'ai jamais vieilli. Je n'ai pas d'enfant, ma deuxième famille a toujours été mes employés.»

La musique...

«La musique a énormément évolué. J'ai toujours aimé le disco. Je suis de la vieille génération. Cela me manque. On fait encore des soirées des années 70 et 80. Je suis moins "boum boum" et hip-hop. Au début des années du Palladium, les jeunes prenaient six bières dans leur auto et après, ils venaient faire un workout sur la piste de danse. Les choses ont bien changé.»

La recette du succès...

«J'ai su donner à ma clientèle ce qu'elle voulait. J'ai toujours investi dans l'endroit. Il n'y a rien de cassé dans mon établissement. Ce sont les petits détails qui font la différence. Il faut être à l'écoute du client.»

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