Tunnel: les maires à contresens

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Les maires de Lévis et de Québec n'ont définitivement pas la même lecture de la réaction ministérielle à l'étude de faisabilité sur le tunnel.

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(Québec) L'un a compris que les libéraux de Philippe Couillard mettent le dossier d'un troisième lien routier entre Québec et Lévis sur la voie rapide. L'autre a conclu que le même gouvernement provincial met la pédale douce car il en coûte trop cher. Les maires de Lévis et de Québec n'ont définitivement pas la même lecture de la réaction ministérielle à l'étude de faisabilité sur le tunnel.

Le maire de Québec, Régis Labeaume, ne s'est pas montré surpris pour deux sous des estimations avancées par l'auteur du rapport dévoilé mardi. Le professeur Bruno Massicotte, de Polytechnique Montréal, a établi à 4 milliards $ le coût de construction et 2,3 milliards $ sur 100 ans le coût d'exploitation d'un tunnel sous-fluvial. Tout cela en dollars de 2016.

«C'est ce qu'on pensait et ça arrive», a fait ressortir mercredi M. Labeaume, lui qui a toujours dit qu'il en coûterait au moins 3 milliards $. Le maire a tenu à faire le calcul de l'inflation. Comme le projet doit prendre au moins 13 ans à se réaliser, avec un indice des prix à la consommation minimal de 2 % par année, le total grimpe à 5 milliards $, a-t-il fait remarquer.

Selon lui, il n'y a pas un élu qui a vraiment l'intention d'investir autant d'argent public dans une telle infrastructure. C'est pourquoi il parle d'un «piège à cons» pour les citoyens qui en rêvent. «Tout le monde a commencé à dire hier que c'était trop cher. Je pense qu'on avait raison», a lancé M. Labeaume. «Le gouvernement n'ira pas comme nous le pensions.»

Seule concession à la Rive-Sud : s'il se dit toujours «contre» un tunnel, le maire de Québec dit appuyer les revendications de son homologue de Lévis en faveur d'un troisième lien.

Mythes détruits

Gilles Lehouillier croit au contraire que l'étude de faisabilité d'un tunnel Québec-Lévis «détruit des mythes» liés à la faisabilité technique et permettra au dossier de progresser plus rapidement. 

Le maire de Lévis s'est réjoui de voir trois ministres du gouvernement libéral, sa famille politique, plaider pour la poursuite des études sur un troisième lien. «Le gouvernement a l'intention d'accélérer le tempo, c'est ce que je décode», a-t-il laissé tomber avant de réclamer un échéancier et un programme plus précis. Lui-même voudrait que le scénario d'un tunnel en PPP (partenariat public-privé) ou à péage soit approfondi, tout comme l'option d'un nouveau tracé ou même d'un pont. Il plaide également pour la réalisation d'une analyse coûts/bénéfices et des retombées fiscales.

M. Lehouillier n'a pas voulu dire s'il était raisonnable de payer 4 milliards $ pour un tunnel. «Il appartient au gouvernement de le déterminer», a-t-il d'abord avancé. Puis il a ajouté que «ce n'est pas un motif pour l'écarter». 

La juste part pour la région

À tour de rôle, les deux politiciens municipaux ont défendu le projet de service rapide par bus (SRB). Le premier doit améliorer la fluidité de la circulation à court terme, a plaidé Gilles Lehouillier, tandis que le second est un projet à long terme. Il a fait le parallèle avec les projets majeurs démarrés dans la grande région de Montréal. 

«Pourquoi, à Montréal, on est capable de faire le pont Champlain, on est capable de faire du transport en commun, on fait [l'échangeur] Turcot à 1 milliard $ pis nous, il faudrait se contenter des miettes? Y a-t-il moyen de pas se contenter des miettes dans la grande région de Québec qui connaît le plus grand développement au Québec actuellement?» a-t-il lancé. 

Régis Labeaume est allé dans le même sens. «Le troisième lien ne change absolument rien à notre besoin d'avoir un système de transport en commun robuste et fiable», a-t-il martelé.

Quels autres scénarios?

Selon un expert consulté par Le Soleil, le... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.0

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Selon un expert consulté par Le Soleil, le tracé étudié «n'est probablement pas le plus optimal».

Le Soleil, Yan Doublet

Le gouvernement du Québec dit vouloir «documenter d'autres scénarios pour trouver la meilleure solution possible» pour un troisième lien routier entre Québec et Lévis. Quelles pistes s'offrent à lui? Petit tour d'horizon.

LE TRACÉ

C'est vers l'ouest que le professeur de Polytechnique Montréal, Bruno Massicotte, propose de chercher un tracé alternatif pour un éventuel tunnel Québec-Lévis.

Le ministère des Transports du Québec (MTQ) a choisi celui de l'étude de faisabilité technique rendue publique mardi. Puisé dans le rapport de Tecsult produit en 1999, ce tracé part de la route Lallemand sur la rive sud à l'échangeur des autoroutes Félix-Leclerc (40) et Dufferin-Montmorency (440) sur la rive nord.

L'expert convient que ce tracé «n'est probablement pas le plus optimal». «Le choix d'un tracé avec des pentes moindres serait souhaitable. Positionner le raccordement du côté nord entre l'échangeur A40/A440 actuel et le boulevard des Chutes permettrait, selon les indications actuelles, de maximiser la construction du portail nord dans le roc», écrit M. Massicotte dans son rapport.

«Choisir un tracé à l'ouest du tracé retenu pourrait permettre de descendre en pente plus douce à partir de la rive sud en direction par exemple de la pointe de Lauzon puis de bifurquer vers la rive nord en suivant un tracé courbe», poursuit-il.

Pour cibler le meilleur tracé, le chercheur recommande des «investigations géotechniques visant à bien cartographier la nature des sols, la profondeur du roc». En conférence de presse, mardi, il a toutefois estimé à quelques centaines de millions de dollars seulement les économies possibles. Bien que la somme soit considérable, elle représente un faible pourcentage du total de 4 milliards $. 

UN PONT 

Le professeur Massicotte a expliqué mardi que ce n'est pas tant la longueur d'un pont, mais sa portée (espace entre deux piles) et son dégagement (élévation par rapport à l'eau) qui augmentent sa complexité et donc son prix. 

Expert en ponts plus qu'en tunnels - il a travaillé sur le dossier du futur pont de l'île d'Orléans -, M. Massicotte voit mal comment faire un ouvrage à rabais dans le secteur. «Il y a la voie maritime, donc il faut laisser passer les bateaux. Ça prendrait un pont très haut. En termes de coûts, ça serait très cher», a-t-il expliqué, sans toutefois risquer de montant.

Il a donné l'exemple du nouveau pont Champlain, qui coûtera 4 milliards $, et qui pourtant sera beaucoup moins long que ce qui serait nécessaire dans la région de Québec.

Le maire Gilles Lehouillier se sent plutôt inspiré par le pont de la Confédération qui relie l'île du Prince-Édouard et le Nouveau-Brunswick. Il voudrait qu'on s'y intéresse de plus près. 

Le gouvernement pourrait décider de vider la question. 

PONT-TUNNEL

Si le dossier du tunnel est revenu dans l'actualité depuis quelques années déjà, c'est notamment parce que le gouvernement du Québec doit remplacer le pont de l'île d'Orléans. 

Les partisans d'un tunnel pressent le gouvernement de profiter de l'occasion pour relier l'île à la rive sud et du coup Québec à Lévis. Or le scénario n'a même pas été retenu par le ministère des Transports pour l'étude de faisabilité technique tout juste dévoilée. Les raisons sont environnementales : il faudrait aboutir sur les battures de Sainte-Pétronille et exproprier plusieurs citoyens. Et c'est sans compter le raccordement des voies rapides à un pont de type autoroute, qui viendrait échoir au pied des chutes Montmorency. Même l'auteur de l'étude ne semblait pas chaud à l'idée. 

L'option du pont-tunnel n'a pas été étudiée non plus lors du choix d'un pont à haubans pour le chenal nord. Les ingénieurs du MTQ jugeaient l'option trop peu réaliste en raison de la «très grande complexité technique de l'ouvrage» et plus particulièrement des entrées et sorties qui permettraient de passer du sous-sol à la surface, et inversement. 

Les chances que le gouvernement prenne cette voie semblent minces. 

ÉTUDES SUR LA MOBILITÉ ET LA FISCALITÉ

Dans ses recommandations, le professeur Massicotte écrit qu'«une analyse exhaustive de la planification des transports est requise pour assurer une plus grande précision des résultats». Cette étude tiendrait compte des déplacements actuels mais aussi des déplacements anticipés en 2030, date optimiste advenant une mise en chantier rapide, et dans les décennies suivantes. Ce serait aussi l'occasion d'explorer la possibilité d'un péage. 

Sur la rive sud, des voix se sont également élevées pour une étude coûts/bénéfices et une analyse des retombées économiques et fiscales d'un troisième lien pour la grande région de Québec. Prudente, la Chambre de commerce de Lévis veut également mettre la qualité de vie dans la balance. Calculs complexes en vue.

SRB: Labeaume presse le provincial

Le maire de Québec met de la pression dès maintenant sur le gouvernement provincial pour qu'il dégaine les sommes nécessaires à la construction du service rapide par bus (SRB) dès que les études d'avant-projet seront terminées en 2018. «Il faut accélérer parce qu'entre la fin de nos études [de faisabilité] sur le SRB et les 12, 13 millions $ qui sont entrés pour le bureau de projet, il s'est perdu un an et demi [...] Ce qu'il faut, c'est que le gouvernement dise qu'aussitôt que le projet est prêt en 2018, nous démarrons. On ne l'étudie pas pendant deux ans», a lancé Régis Labeaume. Sa demande a été communiquée au gouvernement. Le maire attend un engagement public de Philippe Couillard «dans les prochains jours», a-t-il dit. Le projet de 1 milliard $ doit être financé en partie par les nouveaux programmes d'infrastructures du fédéral.

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