Le 3e lien Québec-Lévis, «un piège à cons»

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« S'il y a des politiciens qui vous disent qu'ils sont pour [le troisième lien] et qu'il faut que ça se fasse, ils vous mentent. On va se faire fourrer, ça n'a pas de sens. On va se faire rouler dans la farine», affirme Régis Labeaume.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le maire Régis Labeaume prévient les électeurs de la région: il n'y aura jamais de tunnel pour relier Québec et Lévis si les coûts sont aussi élevés qu'il l'anticipe, soit autour de 5 milliards $. Les politiciens qui en feront la promotion «vous invitent à un dîner de cons, pour vous prendre dans un piège à cons». 

En pleine rentrée politique, le maire de Québec ne mâche pas ses mots pour exprimer à quel point il ne croit «absolument pas» à un troisième lien routier entre les deux rives du fleuve Saint-Laurent. 

«Je vous annonce que si c'est le prix que moi, je pense, ça se fera jamais parce qu'il n'y a pas un gouvernement qui va vouloir faire ça. Je dis ceci à la population : gare aux politiciens, faites attention aux politiciens. S'il y a des politiciens qui vous disent qu'ils sont pour et qu'il faut que ça se fasse, ils vous mentent. Ils vous invitent à un dîner de cons, pour vous prendre dans un piège à cons», a-t-il lancé en entrevue éditoriale au Soleil, vendredi. 

«On va se faire fourrer, ça n'a pas de sens. On va se faire rouler dans la farine. C'est pour ça que j'embarque pas là-dedans», a-t-il martelé pour bien se faire comprendre. 

M. Labeaume a rapidement dressé un parallèle avec le pont de Québec, qui continue de rouiller alors que les libéraux fédéraux ont pourtant promis en campagne électorale de forcer une nouvelle peinture. «Vous avez le Parti libéral qui a dit qu'il allait faire quelque chose et il n'était pas sitôt élu qu'il a dit : "Ah non, s'cusez, on peut pas." Ça va faire exactement la même affaire», prédit le maire. 

L'élu municipal se surprend qu'un tel projet occupe l'espace public alors que les finances de tous les ordres de gouvernement sont dans un état précaire. «Tout le monde a l'impression que c'est abordable... Ça se peut pas, c'est pas abordable! Toutes les histoires de chantier de tunnel, ça a toujours été des désastres», fait valoir celui qui a déjà travaillé dans le secteur des mines.

Publier l'évaluation

Comme l'opposition à l'Assemblée nationale, le maire demande au gouvernement du Québec de dévoiler toutes les études traitant de la faisabilité technique et des coûts d'un troisième lien. «Dépêchons-nous, sortons l'évaluation pour se remettre les yeux devant les trous», dit-il. 

Régis Labeaume assure par ailleurs faire sa part pour que la circulation soit plus fluide dans la ville de Québec. 

Après Robert-Bourassa et Duplessis, qui ont subi une cure de rajeunissement ces dernières années, il se réjouit de l'élargissement promis d'Henri-IV et espère convaincre le gouvernement du Québec de réaliser sa vision de l'autoroute Laurentienne, plus large et sans voie réservée. 

Le maire ne craint pas que les voies supplémentaires bouchonnent en quelques années, comme le prédisent les partisans du transport en commun et comme cela est arrivé souvent dans d'autres grandes villes qui ont fait le choix d'augmenter la capacité des autoroutes. «Le périmètre urbain est fermé, on aménage en conséquence», dit-il. 

En même temps, le maire remarque que la quantité de véhicules sur les routes de la capitale croît deux fois plus vite que le nombre de nouveaux habitants. «C'est pas tant le développement urbain que la prospérité qui augmente le nombre de voitures», analyse-t-il. 

Si la richesse de la capitale venait à la ralentir, M. Labeaume assure qu'il n'est pas question d'ajouter encore des voies rapides sur les autoroutes. «On ne mettra pas une quatrième voie. Rendu à trois, on va arrêter», assure-t-il, avant de faire la promotion du service rapide par bus.

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En pleine rentrée politique, le maire de Québec Régis Labeaume  a accordé une entrevue éditoriale au Soleil.

Le Soleil, Patrice Laroche

Un élu politique parmi les fonctionnaires

L'administration Labeaume assignera désormais un élu aux comités de fonctionnaires prenant des décisions cruciales pour les services de proximité, comme le déneigement, les ordures ménagères et les nids-de-poule. 

«On veut une implication politique de plus en plus dans les services de proximité», a annoncé vendredi le maire de Québec lors de son passage au Soleil. Cette implication a déjà un visage et c'est celui de Jonatan Julien, vice-président du comité exécutif responsable notamment des finances et des travaux publics. «C'est un politicien, oui, mais en même temps c'est un gestionnaire qui s'occupe de tous ces budgets-là», plaide son chef. 

Cette nouvelle orientation découle des ratés dans le déneigement l'hiver dernier et de la réforme avortée de la collecte des ordures au centre-ville. 

«La Ville l'a échappé l'hiver passé. Il y a de la glace qui s'est formée, qui n'aurait jamais dû se former et avec laquelle on a vécu pendant des semaines et des semaines», a rappelé le maire. Selon son analyse, les fonctionnaires ont fait le pari de ne pas sortir les déneigeuses malgré la pluie pour éviter des dépenses à la municipalité. La météo leur a finalement donné tort : la slush a pris en pain. 

M. Labeaume pense que la présence d'un élu à la SWAT team du déneigement aurait évité cette erreur. «On est aussi bien d'avoir quelqu'un là qui s'occupe des budgets, pis dire : "Go, allez me ramasser ça"», croit-il.

Pas un désaveu 

La même «vigie politique» est jugée nécessaire pour les comités qui s'assurent du bon fonctionnement de la collecte des ordures et de la réparation des nids-de-poule au printemps. 

Le maire assure qu'il ne désavoue pas pour autant ses directeurs, pas plus qu'il ne leur en tient rigueur. «Souvent, les gens veulent faire des économies. [...] Je leur dis toujours de respecter leurs budgets, je serre la vis», admet-il. 

C'est en quelque sorte le retour du balancier de plusieurs années à plaider la rigueur budgétaire auprès des employés, ajoute Régis Labeaume. «Au début, ça les écoeurait, mais aujourd'hui ça marche. Aujourd'hui, la performance, c'est pas juste de gérer le plus de monde possible, c'est de faire plus avec moins. C'est rendu culturel.» 

Tête des ponts: un aménagement plus qu'un réaménagement

Il ne faut pas s'attendre à de grands changements au réseau routier de l'entrée de la capitale, a confirmé le maire Régis Labeaume vendredi. Le plan de réaménagement de la tête des ponts de Québec et Pierre-Laporte a refait surface dans l'actualité cette semaine. Les travaux lancés en 2011 sont terminés depuis plus d'un an, mais le schéma directeur n'a jamais été rendu public. Le maire de Québec a confirmé les informations du Soleil selon lesquelles les échangeurs composant le «spaghetti» ne bougeront pas vraiment, car ils sont nécessaires pour une circulation efficace. «C'est pas mal vrai, c'est vrai, ça», a laissé tomber M. Labeaume. Il a rappelé que la Ville de Québec, partenaire du ministère des Transports et de la Commission de la capitale nationale, avait néanmoins pour mission de proposer un nouvel aménagement pour les terrains dans le secteur. Ce qui a été fait. «C'est important parce qu'avec le système rapide par bus, la gare, il faut qu'on sache où on s'en va», a-t-il insisté vendredi. Le maire n'a pas mis de pression sur le nouveau ministre des Transports, Laurent Lessard, pour qu'il rende public le plan, mais il n'a pas caché qu'il avait bien hâte que ce soit fait.

Le maire Labeaume sur...

... la phase IV de la promenade Samuel-De Champlain

Les plans de la phase IV de la promenade Samuel-De Champlain ne satisfont pas complètement le maire de Québec. Régis Labeaume aimerait que les citoyens de l'est de la ville puissent côtoyer le fleuve comme dans l'ouest au lieu d'avoir simplement accès à des «points d'intérêt» tel que le propose la Commission de la capitale nationale du Québec (CCNQ). M. Labeaume suggère un enrochement pour sécuriser les rives et une piste multifonctionnelle pour y circuler. «Je veux qu'ils fassent exactement ce qu'ils ont fait entre le quai des Cageux et les ponts», a-t-il lancé vendredi. «Il faut que les gens soient capables de marcher et d'aller en vélo du port de Québec jusqu'au pont de l'île [d'Orléans].» Réalisant qu'il n'en avait jamais parlé avec la présidente de la CCNQ, Françoise Mercure, le maire s'est empressé de demander à son attaché de presse de lui passer un coup de fil.

***

... un programme d'urbanisme autour de l'amphithéâtre

La Ville de Québec planche sur un programme particulier d'urbanisme (PPU) pour le voisinage de l'amphithéâtre, dans Limoilou. Le maire Régis Labeaume n'est pas en mesure de donner le périmètre exact pour le moment, mais il s'intéresse au secteur élargi du Centre Vidéotron. Un PPU permet d'orienter le développement d'un quartier et d'ajuster le zonage en fonction des usages privilégiés. La population est consultée en aval sur le projet d'ensemble. M. Labeaume entend laisser à «l'économie libérale» le soin de meubler les environs de l'amphithéâtre. «Je commencerai pas à bâtir des bars», dit-il. Ses priorités sont la place Jean-Béliveau et la transformation du Pavillon du commerce en grand marché public, deux projets pour lesquels des appels offres publics ont été lancés récemment. GM Développement a aussi un projet de complexe immobilier qui tarde à lever de terre face au Centre Vidéotron.  

***

... l'amitié avec Alain Juppé

Régis Labeaume avoue être le premier surpris d'être devenu l'ami d'Alain Juppé, maire de Bordeaux, ancien premier ministre de la France et candidat de la droite en vue des présidentielles de 2017. «On s'aime beaucoup et moi, j'ai le goût que ça marche, ses affaires», souligne le maire de Québec, qui est le président d'honneur d'un comité québécois d'appui à M. Juppé, lequel tente de prendre la tête du parti Les Républicains pour ensuite se battre pour la présidence française. «Moi, je suis de même. J'aimerais ça que mon ami devienne président de la République et je pense que c'est le meilleur. Le monde dit : "De quoi tu te mêles?" Moi, je pense que j'ai le droit de faire du parascolaire», dit en riant M. Labeaume. Celui-ci convient qu'avoir un ami à l'Élysée pourrait l'aider dans ses efforts d'attirer des Français à Québec, mais il assure que ce n'est pas sa source de motivation.

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