Jardins communautaires: les listes d'attente explosent à Québec

Il faut être patient pour pouvoir râcler et... (Le Soleil, Yan Doublet)

Agrandir

Il faut être patient pour pouvoir râcler et sarcler les terrains des jardins communautaires de la Ville, comme le fait Paul McNichol, du Jardin communautaire des Sables, dans La Cité-Limoilou, où les listes d'attente peuvent atteindre deux ans.

Le Soleil, Yan Doublet

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Faute de lots disponibles, il y a davantage de truelles au repos forcé que de jardiniers actifs dans les jardins communautaires des quartiers centraux de Québec. Et les listes d'attente s'allongent malgré la promesse de les épuiser, faite par le maire Régis Labeaume il y a plus d'un an.

Pas de doute qu'il y a une forte demande pour des petits lopins de terre en milieu urbain. Selon les données fournies au Soleil par le Service des communications de la Ville de Québec, les 12 jardins communautaires de l'arrondissement de la Cité-Limoilou - installés sur des terrains municipaux mais gérés par des organisations indépendantes - affichent complet.

Même que chacun d'entre eux a une imposante liste d'attente, si bien qu'il pourrait y avoir deux fois plus de jardins que tous les lots seraient encore occupés. Alors que 694 personnes jardinent cet été, 707 vivaient d'espoir en juin.

La congestion est à son comble au jardin des Franciscains, où 193 personnes figuraient comme potentiels successeurs. Or il n'y a que 58 lots à cet endroit, et encore faut-il que les actuels détenteurs de ces terres convoitées les abandonnent.

L'engorgement semble en augmentation. En janvier 2015, Le Soleil rapportait 378 noms sur les listes d'attente pour ces mêmes 12 jardins, dispersés notamment dans les quartiers Montcalm, Saint-Roch, Saint-Sauveur et Limoilou.

Déployé à l'été 2014, le jardin communautaire Sacré-Coeur, dans Saint-Sauveur, fonctionne à plein régime depuis sa mise en service. Les 165 précieuses parcelles ont trouvé preneur dès son ouverture et, encore cette année, 73 personnes attendaient un espace.

Interrogée sur les temps d'attente moyens que ces listes représentent, une porte-parole de la Ville de Québec a indiqué qu'il était impossible de les calculer avec précision ou de faire une moyenne. Tout dépend du nombre d'abandons de lot par année par jardin. S'il le souhaite, un citoyen peut conserver sa parcelle... à vie.

Les chiffres obtenus donnent malgré tout quelques indices. Au jardin communautaire Le Marmottier, sur René-Lévesque, la liste d'attente atteignait 96 noms cette année. De ce nombre, seuls 11 représentent de nouvelles inscriptions pour les cinq premiers mois de 2016, ce qui signifie que de nombreuses personnes attendent depuis plus d'une année.

Bien au fait que les jardins des quartiers centraux sont surchargés, la Ville de Québec travaille actuellement à dénicher de nouvelles terres. «Il y a du travail qui est fait et il y a une volonté d'en ajouter. Cela implique un processus d'acquisition de terrains, identifier les endroits, les terrains potentiels», a-t-on indiqué au Soleil.

Engagement du maire

Le maire de Québec s'était lui-même engagé en février 2015 à fournir davantage de jardins aux citoyens du centre-ville. «Ça fait partie de nos plans. On veut ajouter des jardins communautaires pour épuiser les listes d'attente, si tant est qu'on peut le faire. Il n'y a pas de doute là», avait-il déclaré. «Moi, je m'y connais moins. Mais j'ai des collègues autour de la table du comité exécutif qui connaissent ça, qui sont en contact avec des gens qui veulent faire de l'agriculture urbaine. Sincèrement, on va essayer de les accommoder», avait-il ajouté.

Toujours selon les chiffres fournis au Soleil concernant La Cité-Limoilou, aucun jardin n'a encore été ajouté en 2015 et en 2016.

L'achalandage est aussi important dans les quartiers excentrés, où une douzaine d'autres jardins sont implantés sur des terrains de la Ville. À Loretteville, par exemple, les 120 lots des jardins Saint-Ambroise sont occupés année après année. Son président, Guy Durand, rapporte une liste d'attente d'une vingtaine de noms actuellement, et d'une cinquantaine avant le début de la saison.

«On parle d'environ deux ans d'attente. Ça dépend du nombre de départs. On a une trentaine d'abandons par année et de 20 à 25 [noms en attente tous les ans]», a-t-il estimé.

Difficile de s'y retrouver

Il est par ailleurs difficile pour le citoyen de s'y retrouver et de trouver le jardin qui lui convient le mieux. Les règlements internes varient selon les jardins communautaires. Les conseils d'administration, tous constitués de jardiniers bénévoles, peuvent imposer des corvées ou un entretien minimal des parcelles, sous peine d'expulsion. Le type de jardin, le nombre de lots que peut louer une seule personne et les coûts peuvent aussi varier.

Le Jardin Tourne-Sol, où s'affaire Claire Picard, est... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

Agrandir

Le Jardin Tourne-Sol, où s'affaire Claire Picard, est fréquenté par 104 jardiniers, dont certains y cultivent leurs légumes depuis 30 ans.

Le Soleil, Yan Doublet

D'autres solutions possibles pour les impatients

Bien que la majorité des jardins communautaires des quartiers centraux soient situés sur des terrains appartenant à la Ville de Québec, les citoyens peuvent se tourner vers d'autres solutions, assez rares et toutes aussi populaires.

C'est le cas notamment du jardin communautaire Tourne-Sol, dans Saint-Sauveur, qui roule sa bosse depuis 1982. Installé sur un terrain prêté gratuitement par les Augustines, il est fréquenté par 104 jardiniers, dont certains y cultivent leurs légumes depuis près de 30 ans.

Le jardin est depuis toujours investi d'une mission particulière selon Dave Bussières, président de Tourne-Sol depuis cinq ans. «Saint-Sauveur était à l'époque un quartier très défavorisé de Québec et l'idée c'était d'offrir un espace vert à des familles plus démunies. Les soeurs, les Augustines, prêtent le terrain pour qu'on puisse remplir cette mission-là», a-t-il expliqué au Soleil.

La clientèle a depuis un peu changé, tout comme le quartier, mais la philosophie demeure la même. «Le profil [des jardiniers] a changé depuis 1982. On essaie de recruter dans le secteur. Naturellement, les gens qui viennent nous voir, ce sont des gens du quartier. Ils ont moins un profil défavorisé qu'à l'époque.»

La «vocation sociale» s'est donc modifiée et, aujourd'hui, des organismes communautaires ont investi les lieux. «On a des organismes qui ont des lots et il y en a d'autres sur la liste d'attente pour en avoir un», a souligné France Breton, vice-présidente du jardin et responsable des inscriptions.

Cette dernière a du même souffle confirmé que le jardin était bondé, sans même faire de publicité. Quelque 53 personnes ou organismes étaient sur la liste d'attente cet été pour obtenir l'une des 199 parcelles. Selon Mme Breton, l'attente est de deux à trois ans.

Fonctionnement

Le fonctionnement de Tourne-Sol n'aide pas nécessairement au roulement. Toujours dans le souci de maintenir sa vocation primaire, qui va jusqu'à la possibilité pour un jardinier d'être auto-suffisant, il est possible d'avoir jusqu'à trois lots pour une même personne, raison pour laquelle il y a 104 occupants pour les 199 terrains.

Entièrement biologique, le jardin Tourne-Sol pose toutefois certains obstacles pour ceux qui désirent se lancer dans le jardinage. Chaque jardinier doit donner 18 heures de travaux communautaires par année, sous peine de devoir payer une pénalité financière, voire d'être expulsé. Cet engagement rebute d'ailleurs quelques personnes à vouloir se lancer dans l'aventure.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer