Un été qui bourdonne sur les toits de Québec

Marc Lucas, du rucher Turlu, est pionner en... (Photothèque Le Soleil)

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Marc Lucas, du rucher Turlu, est pionner en matière de ruches urbaines à Québec. En 2009, il a eu l'idée d'installer des ruches du le toit du Château Frontenac.

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(Québec) Les toits et les terrasses de Québec accueillent de plus en plus de ruches urbaines. Pas moins de 267 ruches ont été enregistrées sur le territoire de la Ville de Québec pour la saison 2016.

Le Soleil a obtenu ce chiffre du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ). Impossible toutefois de le comparer avec des statistiques des années passées, le ministère ne compilant pas systématiquement ce genre de données régionales. Qui plus est, même si une ruche est enregistrée à Québec, son propriétaire peut très bien la déplacer ailleurs en province. 

Reste que plusieurs signes démontrent la montée en flèche de l'apiculture en ville. À Montréal, 368 ruches ont été déclarées en 2015. Dans la métropole comme dans la capitale, de nouvelles entreprises d'apiculture naissent et peinent à répondre à la demande.

Marc Lucas, du rucher Turlu, est pionnier en la matière à Québec alors qu'en 2009, il a eu l'idée d'installer des ruches sur le toit du Château Frontenac. Depuis, le miel récolté est devenu un produit recherché, étant utilisé dans les cuisines du célèbre hôtel et vendu aux touristes. 

Ces dernières années, les études ont démontré que la ville est un milieu très sain pour les abeilles. Elles ont accès à une plus grande variété de pollens pour produire leur miel, en se tenant loin des monocultures de la campagne et de l'épandage de pesticides. 

Le message a tellement bien passé que maintenant, plusieurs entreprises et particuliers souhaitent se transformer en apiculteurs du dimanche. «C'est devenu une folie, il y en a partout!» constate M. Lucas. De son côté, il préfère être prudent et ne pas trop en installer en ville (voir plus bas). 

Le rucher Turlu a seulement accepté cette année de collaborer avec le comité environnement étudiant du Cégep Limoilou en installant quatre ruches sur le toit végétal du campus de Québec. «Je l'ai fait parce que ça a une vocation éducative», explique M. Lucas. 

D'autres compagnies comblent de leur côté la demande croissante. Patrick Nadeau, des Artisans de la ruche, en est à sa deuxième saison de vente et de location de ruches à Québec. Sa compagnie en a installé 25 dans la grande région de Québec. «On est complets depuis un bon bout de temps. Il y a un engouement, tellement qu'on a dû refuser des gens», explique le vétérinaire de formation. 

Durant toute la saison estivale, il accompagnera ses clients en ce qui a trait à la gestion de la ruche et à la récolte du miel. «La plupart de nos clients ont une sensibilité environnementale et veulent s'impliquer pour préserver la santé des abeilles», explique-t-il. 

Des clients partout

En affaires depuis 2012 à Montréal, la compagnie Alvéole en est pour sa part à sa première saison dans la capitale. Et déjà, elle compte 45 clients qui ont installé 75 ruches un peu partout en ville. Il y a, entre autres, l'aéroport de Québec, Place Sainte-Foy, les caisses Desjardins, le Centre des congrès, le siège social de la SSQ, des écoles privées comme le collège Saint-Charles Garnier et des restaurants. 

«On a pas mal atteint le maximum de ce qu'on peut faire cette année, étant donné le service que l'on offre à nos clients», explique Jade Carier-Saucier, chargée de projet chez Alvéole. La compagnie offre différents forfaits aux entreprises et aux particuliers, selon qu'ils sont plus ou moins familiers avec l'apiculture, forfaits qui comprennent entre trois et sept visites par année. 

Encore de la place

Selon Alvéole, il y a encore de la place à Québec pour d'autres ruches et d'autres abeilles, le phénomène d'apiculture urbaine ne faisant que commencer. «Plus il y aura d'abeilles, mieux ce sera pour le développement des fleurs et des jardins urbains. Pour le moment, on est vraiment loin d'avoir atteint une saturation», croit Mme Carier-Saucier. 

Aucune réglementation du MAPAQ ne limite le nombre de ruches qui peuvent être installées dans telle ou telle ville ou région. «On ne fait pas de surveillance par rapport au nombre de ruches sur un territoire donné», confirme le porte-parole Alexandre Noël.

Un développement qui cause de nombreuses craintes

Le président de la Fédération des apiculteurs du Québec observe d'un oeil craintif la hausse vertigineuse du nombre de ruches en ville. «Ça nous dérange un peu parce que le suivi qui est fait de ces ruches-là est pas nécessairement assez serré», indique Léo Buteau, qui est aussi apiculteur à Saint-Henri-de-Lévis.

Pour l'heure, aucun cours n'est obligatoire pour devenir propriétaire d'abeilles. «Une ruche doit être visitée par quelqu'un de formé aux 7 à 10 jours maximum», croit M. Buteau. «Sinon, il y a des risques de propagation de maladies comme la loque américaine ou la varoise», explique-t-il. 

M. Buteau soutient que les amoureux des abeilles devraient suivre une réelle formation avant de se lancer dans l'exploitation d'une ruche. «Ça a l'air simple, mais c'est pas nécessairement facile. Il faut connaître la biologie de l'espèce», plaide-t-il. 

Le règlement actuel stipule seulement qu'une ruche ne doit pas être installée à moins de 15 mètres d'un chemin public ou d'une habitation, à moins que celle-ci ne soit clôturée. 

Zone grise

«Pour s'en sortir, en ville, les gens ont eu la bonne idée de les installer sur les toits. Mais c'est comme une zone grise pour le moment.

Ce règlement-là a été écrit en fonction des ruches situées au sol», explique Patrick Nadeau, des Artisans de la ruche. 

Le MAPAQ exige aussi que tous les propriétaires de ruches s'enregistrent (frais de 17,72 $ par année) et identifient clairement les ruches qui leur appartiennent. Pour l'apiculture en ville, le ministère a émis quelques directives, soit d'«agir de façon responsable en installant ses ruches de façon à ne pas créer de problème avec le voisinage» et d'«éviter de surpeupler l'espace utilisé», en prenant en considération les autres ruches situées à proximité et «la réserve florale à disposition». 

«C'est le respect minimal, les règles de base connues des apiculteurs. Mais là, on dirait qu'on a perdu le contrôle», déplore Marc Lucas, du rucher Turlu. Selon M. Lucas, les abeilles peuvent devenir agressives si elles sont trop populeuses dans un même rayon de 5 kilomètres. 

En ville, les phénomènes d'essaimages peuvent aussi provoquer la crainte des citadins. L'essaimage est ce phénomène où la reine et une partie des abeilles quittent la ruche pour former une nouvelle colonie. À Montréal, un essaim d'abeilles a déjà élu domicile sur une voiture et un autre, à Toulouse, sur un vélo, avant d'être récupérés par des apiculteurs. 

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