Calèches interdites à Montréal: les cochers de Québec se réjouissent

Contrairement à leurs collègues de Montréal, les cochers... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Contrairement à leurs collègues de Montréal, les cochers de la capitale sont tenus de suivre un parcours dont ils ne peuvent déroger.

Le Soleil, Pascal Ratthé

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(Québec) La décision de la Ville de Montréal d'interdire les calèches pour un an, le temps d'élaborer de nouvelles règles pour l'industrie, réjouit les cochers de Québec, qui dénoncent le laisser-aller qui avait cours dans la métropole. L'administration Coderre s'inspirerait même de ce qui se fait dans la capitale pour améliorer sa législation.

«L'idée de faire une pause est une bonne affaire si ça permet de revenir avec un bon projet. Là-bas, c'était moins organisé. Nous sommes un exemple à suivre», lance Samuel, rencontré par Le Soleil, mercredi, au parc de l'Esplanade, dans le Vieux-Québec. 

Le moratoire d'un an décrété mercredi par la Ville de Montréal servira à réviser les règles en place. «Je n'étais pas satisfait de la façon dont les choses fonctionnaient. La meilleure façon est de repartir à zéro», a fait savoir le maire Denis Coderre, ajoutant en avoir assez des tristes histoires sur le traitement des chevaux. «Ils font partie prenante de l'identité de notre ville. Il faut protéger les chevaux et s'assurer que ça se fasse comme il faut.»

Pas de souci de ce côté, clament avec fierté les cochers de Québec. La réglementation y est beaucoup plus sévère que dans la métropole, explique-t-on. En tout temps, un policier de la Ville garde un oeil, et le bon, sur leur conduite. Il s'assure aussi que les chevaux travaillent dans des conditions décentes.

«Dès qu'il fait 26 degrés, il faut arrêter», explique un autre cocher, Dany. «Il faut parfois attendre jusqu'à 18h pour recommencer. Les chevaux peuvent boire régulièrement à l'une des quatre fontaines du Vieux-Québec.»

«À Montréal, les chevaux ne sont jamais attachés [à une borne identifiée comme à Québec], poursuit-il. À Montréal, tu peux te retrouver avec un cocher qui tient deux chevaux pendant que son collègue est parti au dépanneur.»

En outre, contrairement à leurs collègues montréalais, les cochers de la capitale sont tenus de suivre un parcours dont ils ne peuvent déroger. «Là-bas, ils peuvent aller où ils veulent», explique Dany.

Le cocher pointe l'auvent permettant aux chevaux de se protéger du soleil, au parc de l'Esplanade, dans le Vieux-Québec. «Ils n'en ont pas à Montréal...»

De l'avis des cochers, le public nourrit une fausse perception de leur travail, croyant qu'ils abusent de leurs bêtes. «Des gens viennent parfois nous dire que le cheval a l'air fatigué ou qu'il semble avoir soif. Il arrive qu'on nous dise ça à 16h, alors qu'il vient juste de commencer à travailler...»

Faute de la Ville 

Danny Doyle, propriétaire des Calèches du Vieux-Québec, ne mâche pas ses mots à l'égard du moratoire de la Ville de Montréal. «La Ville a des règlements, mais elle ne les a jamais appliqués. Est-ce que la Ville a installé des abreuvoirs pour les chevaux? Non. Est-ce qu'elle a cherché à trouver une écurie? Non. Ils ont toujours fait la sourde oreille et n'ont jamais pris leurs responsabilités. Maintenant, ce sont les cochers qui payent pour. Il y a des jobs qui se perdent, c'est ça qui est plate.»

M. Doyle, qui oeuvre dans le monde des calèches depuis 35 ans, estime que la situation à Québec est beaucoup plus reluisante. Selon un cocher rencontré mercredi, des représentants de l'administration Coderre seraient même venus observer ce qui se fait en la matière dans la capitale.

«Il ne faut pas comparer les deux villes. À Québec ça va très bien, mentionne M. Doyle. Les règlements sont appliqués», explique-t-il. Outre l'agent qui voit à leur application, un vétérinaire passe tous les jours pour s'enquérir de la bonne santé des bêtes. «À ce temps-ci de l'année, les chevaux ne peuvent pas travailler deux jours de suite. L'été [alors que la saison touristique bat son plein], ce n'est pas plus de deux journées de suite de huit heures.»

Le maire Régis Labeaume n'a pas voulu se mêler de la décision de son homologue montréalais. «C'est complètement différent ici», a-t-il dit, estimant que le ménage a été fait dans cette industrie de la capitale. «Moi, ça fait neuf ans que je suis maire, et on répète toujours la même chose depuis neuf ans. Je n'ai rien d'autre à dire.»

Trois compagnies gèrent 17 permis de calèche à Québec. Environ 70 chevaux, dont une douzaine propriété de M. Doyle, travaillent en rotation. À Montréal, 24 calèches étaient autorisées à circuler. 

Contrairement à Montréal, la capitale possède un auvent... (Le Soleil, Pascal Ratthé) - image 2.0

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Contrairement à Montréal, la capitale possède un auvent permettant aux chevaux de se protéger du soleil, au parc de l'Esplanade, dans le Vieux-Québec. 

Le Soleil, Pascal Ratthé

Un règlement avec du poids...

Tout semble rouler rondement dans le petit monde des calèches de Québec, sauf pour un règlement qui fait fulminer les cochers : le nombre de passagers par calèche.

«Ah! Je suis tellement heureux que vous m'en parliez...», lance Danny Doyle, lui qui vient d'écoper de deux contraventions, coup sur coup, pour avoir enfreint le règlement municipal interdisant de faire monter plus de quatre passagers. Les enfants de moins de trois ans ne font pas partie du décompte et doivent prendre place sur les genoux des adultes.

Or, dénonce M. Doyle, le poids total de tous les passagers d'un voyage n'est jamais considéré dans l'application du règlement, une aberration, selon lui.

«Vendredi, j'ai accepté une famille venue pour le spectacle de Justin Bieber. Deux adultes de poids normal, deux adolescentes et une fillette de six ans. J'ai reçu une contravention de 300 $ pour les avoir pris, alors que je n'aurais rien eu si j'avais fait monter, par exemple, quatre touristes de 250-300 livres chacun.»

«Ces touristes viennent vivre une belle expérience à Québec, mais ce qu'ils vont se souvenir, c'est de la police qui court après la calèche pour savoir quel âge a la plus jeune de la famille. On passe pour une gang de colons. [...] Je suis à boutte en tabarouette.»

«L'argent est dur à gagner, la business n'est pas toujours évidente, pensez-vous que je peux refuser du monde?» ajoute-t-il, exaspéré.

«C'est incroyable le nombre de tours qu'on perd à cause de ça», renchérit un cocher, pour qui c'est «le pire règlement» à régir son gagne-pain.

Souvent, explique-t-il, l'un des parents d'une famille de trois enfants (de plus de trois ans) doit accepter, à regret, de ne pas être du tour. «J'ai déjà vu un père marcher à côté de la calèche, pendant tout le parcours, pour être avec sa gang.»

Avec Valérie Gaudreau

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