Labeaume perd sa flamme pour les JO

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Le maire de Québec, Régis Labeaume, a jugé l'aventure olympique trop risquée considérant les moeurs politiques au CIO.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Québec ne sera pas candidate pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver de 2026. Le maire Régis Labeaume juge l'aventure trop risquée considérant les moeurs politiques au Comité international olympique (CIO).

Le maire de Québec a convié la presse à l'hôtel de ville en début d'après-midi, jeudi, pour «livrer le fruit de sa réflexion» sur les Olympiques d'hiver. Il a fait la lecture d'une lettre transmise le matin même au président du CIO, Thomas Bach, à qui il a rendu visite le mois dernier. 

«C'est à regret que je vous informe que nous n'irons pas plus loin dans notre analyse d'une candidature de notre ville pour les Jeux d'hiver 2026», conclut cette correspondance, qui commence par des reproches. M. Labeaume y dénonce la présence de deux présidents de fédérations sportives internationales - Gian Franco Kasper pour le ski et René Fasel pour le hockey sur glace - sur le task force de la candidature suisse aux mêmes Jeux. 

Selon l'homme fort de Québec, cette partialité de deux fédérations représentant «la moitié des épreuves» sportives d'hiver mine la concurrence. 

«On n'avait pas d'excellentes chances de gagner. Là-dedans, t'investis pas si t'as juste des chances de gagner ou même des bonnes chances de gagner», a fait valoir M. Labeaume, disant avoir fait l'analyse comme «un gars d'affaires». «On ne va pas là en loser, on ne va pas là pour bien paraître.»

Il y a exactement six semaines, le maire a ravivé la flamme olympique en annonçant qu'il discutait avec le CIO. Malgré un enthousiasme apparent lors de son séjour en Suisse et la recherche d'appuis publics, en avril, le politicien s'est ensuite époumoné à dire qu'il n'était «pas en mode Olympiques». 

Jeudi, il a «fermé le dossier», non sans écorcher le «problème de culture» du mouvement olympique. «Ce qui est en cause ici, ce n'est absolument pas le président Bach. Il pose exactement les gestes qui doivent être posés. Je vais faire une analogie : le pape François procède à des réformes assez radicales au Vatican, mais y'a des cardinaux qui suivent pas», a illustré M. Labeaume, qui se défend de partir en croisade contre le «Vatican du sport».

Le maire dit être revenu de Lausanne avec la certitude qu'il fallait tenir les épreuves de ski dans la région de Québec. «Mais comment voulez-vous que j'aille négocier la solution technique avec la Fédération internationale de ski alors que son président appuie la Suisse?» a-t-il demandé.

M. Labeaume a déploré «le bruit sur la ligne» qui privera le mouvement olympique d'une «candidature révolutionnaire», celle de Québec, dont il ne livrera pas les détails. «C'est malheureux pour la jeunesse», a-t-il soupiré. 

Une condition analysée

La Ville de Québec avait déjà publicisé quatre conditions à remplir avant de se lancer :  une acceptabilité sociale forte de la population, le soutien des gouvernements fédéral et provincial, le respect du cadre financier de la Ville de Québec et des chances réelles d'être sélectionnée au niveau canadien et par le CIO. 

Seule la dernière a fait l'objet d'une évaluation dans les dernières semaines. Quant à la mesure de l'appui populaire, «on n'était pas rendus là», selon le maire de Québec, répétant qu'il était prêt à convaincre ses citoyens et à les consulter démocratiquement. 

Jeudi, M. Labeaume était seul derrière le micro pour mettre fin au débat olympique. Fin mars, il était accompagné du ministre responsable de la Capitale-Nationale, Sam Hamad, qui a démissionné depuis. En Suisse, Patrice Drouin, président de Gestev, entreprise spécialisée dans l'organisation d'événements sportifs, était à ses côtés.

L'opposition satisfaite

L'opposition à l'hôtel de ville de Québec croit que le maire Régis Labeaume a enterré son projet olympique en raison du scepticisme des citoyens de la capitale et non à cause d'une concurrence déloyale. «Je pense que le maire a vu à son retour de voyage [en Suisse] qu'il n'avait pas d'appui dans la population», a analysé jeudi le chef de Démocratie Québec, Paul Shoiry, se disant «satisfait» de cette conclusion hâtive. Le conseiller municipal a fait remarquer que le jeu des alliances a toujours été compliqué au CIO. «C'est un peu le syndrome de ce qu'on a vécu pour Québec 2002», a-t-il souligné, surpris que le maire s'en rende compte si tardivement. Selon M. Shoiry, Québec doit «continuer à miser sur les événements sportifs internationaux», qui attirent l'attention sur la capitale et réussissent bien, plutôt que de tenter le grand coup avec les Olympiques.  Annie Morin

Le COC garde le cap

Le désistement de la Ville de Québec pour une candidature aux Jeux olympiques d'hiver de 2026 ne refroidit pas l'ardeur du Comité olympique canadien (COC). Ce dernier continue son travail afin de dénicher une ville canadienne prête à sauter dans l'aventure pour les JO d'hiver 2026 ou d'été 2028.

Au mois de mars, trois villes au pays avaient déjà manifesté de l'intérêt olympique, soit Québec, Toronto et Calgary. Le COC avait alors envoyé une lettre à toutes les villes canadiennes de plus de 750 000 habitants afin de connaître leur intérêt pour une potentielle candidature du Canada.

Outre Québec, le document avait notamment été envoyé aux villes de Vancouver, de Toronto, d'Edmonton, de Montréal, de Calgary et d'Ottawa.

«Le Québec dit non, mais le processus suit son cours. Nous sommes encore dans la phase d'exploration», indique au Soleil le porte-parole du COC, Ricky Landry. «Nous avons demandé aux villes de nous revenir avant le 30 juin à savoir si elles souhaitaient poursuivre les discussions avec nous. On attend encore des nouvelles», poursuit-il, ne voulant pas dévoiler le nom de celles qui ont levé la main jusqu'à présent.

Mentionnons que l'initiative de Québec - d'avoir rencontré le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, au mois d'avril - n'avait rien à voir avec le processus entamé par le COC. Ce dernier est tout de même reconnaissant des efforts de la capitale. 

«Nous acceptons la décision», affirme au bout du fil M. Landry. «Nous sommes reconnaissants que Québec ait considéré une candidature olympique», ajoute-t-il, précisant que la porte va demeurer ouverte pour l'avenir. «Nous allons toujours être à l'écoute.»

Ce n'est qu'après avoir reçu les réponses des villes que le Comité olympique canadien tranchera sur la question à savoir s'il entreprendra ou non une démarche pour accueillir les Jeux olympiques.

«Bon moment pour se retirer»

Selon le professeur à l'Université Laval spécialisé en marketing du sport, Frank Pons, la décision du maire Régis Labeaume pour expliquer le refus de la Ville de Québec de présenter une candidature olympique est «surprenante». 

Dans sa lettre adressée à Thomas Bach, M. Labeaume soulève des inquiétudes face à la neutralité des fédérations dans le processus de sélection pour 2026. Il s'interroge sur la présence de «MM. Gian Franco Kasper, président de la Fédération internationale de ski, et René Fasel, président de la Fédération internationale de hockey sur glace, au sein de la task force suisse en vue d'une éventuelle candidature de ce pays aux Olympiques d'hiver 2026», peut-on lire. 

«Ce n'est pas déloyal comme situation. C'est fait en toute transparence», estime M. Pons. «Cela me surprend un peu qu'on utilise ça comme raison officielle pour dire qu'on se retire. [...] Dire qu'on trouve le processus injuste, on devait sans doute également le trouver injuste il y a quelques mois... Je pense que ce n'est pas la seule raison», poursuit-il. «Est-ce qu'on vient de découvrir que le projet n'était pas faisable? Je ne le sais pas.»

M. Pons, qui croyait tout de même au rêve olympique de Québec avec les nouvelles recommandations du CIO qui permettaient notamment «une candidature jumelée», est toutefois heureux de voir que la Ville a choisi de passer son tour avant d'avoir déboursé beaucoup d'argent dans l'aventure. Jean-Michel Genois Gagnon

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