Cuisine de rue: ce qui se fait au Québec

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Un camion de cuisine de rue coûte de 30 000$ à 150 000$ et le prix moyen payé pour un repas est d'environ 12 $ (à Montréal), selon l'Association des restaurateurs de rue du Québec.

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(Québec) Lubie de la presse? Dans l'air du temps? Menace ou nouvel outil pour les restaurateurs? L'arrivée potentielle des camions de cuisine de rue dans la capitale a été l'un des sujets chauds à Québec cette semaine. En attendant les orientations que prendront les élus, le maire Régis Labeaume en tête, Le Soleil s'est intéressé à ce qui se fait ailleurs en province.

DRUMMONDVILLE

Le conseiller municipal Yves Grondin est depuis longtemps un sympathisant de la bouffe de rue et a tenté à quelques reprises d'en faire profiter les citoyens de Drummondville. Alors que Mont-

réal lançait ses premières consultations en 2012, ce dernier voyait déjà d'un bon oeil l'arrivée d'un tel service dans sa ville. Mais le précédent conseil municipal ne l'a pas appuyé du premier coup. 

«L'intérêt a été manifesté [par des commerçants], mais on n'avait jamais fait de projet de loi», a-t-il expliqué lorsque joint par Le Soleil, vendredi. Les élections municipales de 2013 auront permis de brasser les cartes. M. Grondin a été réélu et avec lui un conseil municipal, dont le maire Alexandre Cusson, plus chaud à l'idée d'ouvrir les rues de Drummondville aux camions-restaurants. 

À la tête du comité d'urbanisme de la Ville, M. Grondin dirige l'implantation d'un projet-pilote lancé en 2015 dans la municipalité de 75 000 habitants. Sa philosophie est la suivante : «Rendons les choses possibles. Et si on se rend compte que ce sont des roulottes à patates [qui se manifestent], on avisera.»

Jusqu'à présent, les projets proposés font l'affaire de l'équipe. «On veut offrir quelque chose d'autre. On ne veut pas une cantine», a-t-il souligné. Pour évaluer les dossiers, son équipe se base sur la qualité générale du produit proposé, l'apparence du camion et les notions de base que sont l'hygiène et la salubrité. 

En 2015, les deux permis rendus disponibles par la Ville ont trouvé preneur. L'Air de boeuf et Shack 79 se sont dotés des laissez-passer à 500 $ - un prix d'essai - et ont ainsi pu fouler le bitume, mais seulement à l'intérieur de huit zones préétablies par la municipalité. 

Le centre-ville, où de nombreux restaurants ont pignon sur rue, leur était interdit l'été dernier. Pas possible non plus de jeter l'ancre à proximité d'un festival pour profiter de son achalandage - à moins d'y être invité.

M. Grondin juge que la première année a été un succès, assez pour respecter la phase deux en 2016, prévoyant l'octroi de cinq permis. Drummondville se montre aussi un peu plus souple sur les lieux fréquentés. Cet été, à la demande des deux premiers restaurateurs de rue, les camions pourront aller à la place Saint-Frédéric une fois par semaine, le mardi soir. 

Une modification au règlement municipal encadrant le projet-pilote a été adoptée en ce sens en décembre. M. Grondin entend poursuivre le développement de cette manière, à tâtons.

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Au lancement du projet-pilote en 2015, aucun des trois permis offerts par la municipalité de Granby n'avait trouvé preneur.

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GRANBY 

La cuisine de rue n'a pas fait une entrée aussi fracassante à Granby. Au lancement du projet-pilote en 2015, aucun des trois permis offerts par la municipalité n'a trouvé preneur, si bien que 2016 servira de prise deux. 

«Ce n'est pas facile d'avoir des camions de cuisine de rue à cause de la problématique de la masse [population d'environ 65 000 habitants] et de la rentabilité. Il fallait modifier nos choses pour que ça soit plus attirant», expliquait le maire de Granby, Pascal Bonin, à nos collègues de La Voix de l'Est, en décembre. 

Les élus ont donc assoupli les conditions régissant l'octroi des permis, vendus 1500 $, pour préparer la prochaine saison estivale.

Si les permis étaient réservés aux restaurateurs locaux, Granby ouvre maintenant la porte à ceux de l'extérieur. Ils doivent cependant prendre un arrangement avec un propriétaire du coin s'ils désirent utiliser une cuisine de production fixe, installation obligatoire pour tous les camions de rue au Québec. Exit également les contraintes d'horaires, qui obligeaient la présence d'un camion-restaurant au moins trois jours, pour un minimum de 15 heures au total, entre le jeudi et le dimanche.

Granby n'a identifié qu'un seul emplacement pour les camions de cuisine de rue, soit la place de la Gare. La Ville mise sur la piste cyclable située à proximité pour mousser l'intérêt des restaurateurs pour l'endroit. Si le maire Bonin souhaite des camions de rue, il concède que ce sont les citoyens et les commerçants qui vont décider. Lire ici l'offre et la demande.

 

Montréal est de loin la reine de la... (Archives La Presse) - image 3.0

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Montréal est de loin la reine de la cuisine de rue au Québec, avec 32 permis de camions-restaurants octroyés l'été dernier.

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MONTRÉAL 

La métropole n'a plus vraiment besoin de présentation. Elle est de loin la reine de la cuisine de rue au Québec, avec 32 permis de camions-restaurants octroyés l'été dernier.

D'un projet-pilote lancé dans un seul arrondissement en 2014, Montréal a étendu ses visées dans sept arrondissements, pour un total de 38 emplacements disponibles. La cuisine de rue y fonctionne même en hiver, avec une offre de sept camions. 

Chaque premier vendredi du mois en été, l'Association des restaurateurs de rue du Québec (ARRQ) organise un grand rassemblement au Parc olympique, où tous les membres de l'organisation, même ceux hors Montréal, sont invités.

Selon des chiffres de l'ARRQ, environ 80 % des propriétaires d'un camion-restaurant montréalais détiennent aussi un restaurant (la grande majorité) ou un service de traiteur. 

Le permis d'exploitation coûte 1000 $ pour six mois et environ 2000 $ pour un an dans la métropole.

D'autres villes qui s'intéressent ou qui ont des règlements sur la cuisine de rue : 

  • La Malbaie 
  • Alma
  • Bolton-Est (près de Magog) 
  • Saint-Jérôme
  • Québec (processus d'observation seulement)

Le faux camion de cuisine de rue du... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 5.0

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Le faux camion de cuisine de rue du restuarant Le Cercle, érigé l'été dernier à Québec.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

L'opposition déplore l'entêtement de Labeaume

Démocratie Québec déplore que le maire de Québec, Régis Labeaume, «s'entête à refuser un projet-pilote sur la cuisine de rue». Les trois élus de l'opposition réitèrent leur demande formulée en juin et rejetée par l'équipe du maire.

«À l'époque, la Ville nous disait qu'une analyse était en cours afin de bien saisir les enjeux avant de mettre sur pied un projet-pilote. Quelles sont les conclusions de cette analyse?» s'est demandé vendredi la conseillère responsable du dossier pour l'opposition, Anne Guérette.

Dans un communiqué publié vendredi matin, Démocratie Québec estime que l'expérience de la métropole devrait déjà donner le signal à la capitale pour aller de l'avant.

«Le succès des dernières années à Montréal a conduit l'administration municipale à implanter la cuisine de rue dans sept arrondissements l'été prochain», a pour sa part relaté le conseiller Paul Shoiry. «Pourtant, même avec cette réussite et malgré l'enthousiasme du milieu, l'administration Labeaume refuse toujours.»

Se basant sur l'Association des restaurateurs du Québec et l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec selon qui «la cohabitation harmonieuse est possible entre les restaurants traditionnels et les camions alimentaires», le conseiller Yvon Bussières estime que «la cuisine de rue constitue une opportunité entrepreneuriale pour de jeunes restaurateurs et peut être un outil de développement économique».

Et pas question d'offrir un «bar ouvert» à tout le monde, illustre Anne Guérette dans le communiqué.

«Il suffit d'offrir un encadrement adéquat aux entreprises qui souhaitent se lancer dans l'aven-ture. L'idée n'est pas d'offrir un bar ouvert à tout le monde. C'est tout à fait réaliste d'implanter la cuisine de rue dans le respect et l'écoute», a-t-elle conclu.

Cette sortie de Démocratie Québec arrive au moment où la question des camions-restaurants a été relancée par le copropriétaire de Nourcy, Michel Bellavance, qui, plus tôt cette semaine, s'est indigné publiquement de l'inaction de la Ville de Québec dans ce dossier.

Régis Labeaume a répliqué mercredi en soutenant que la bouffe de rue n'est pas une priorité de son administration ni de la population.

«Y'a pas un citoyen qui m'a demandé d'avoir un food truck», a lancé le maire de Québec mercredi. Ses propos ont été accueillis avec scepticisme, notamment sur les réseaux sociaux et une pétition «Légalisation des food trucks à Québec» a été lancée.

L'administration Labeaume préfère pour l'instant suivre de près l'expérience et promet plus de détails sur le dossier d'ici quelques semaines.  Avec Valérie Gaudreau

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