Québec «festive»: des citoyens du Vieux-Québec craignent le pire

Les fêtes du 31 décembre sur la Grande Allée... (Photohèque Le Soleil, Caroline Grégoire)

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Les fêtes du 31 décembre sur la Grande Allée

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(Québec) Si Régis Labeaume souhaite que les autorités fassent preuve de plus de souplesse pour rendre Québec plus festive, il trouvera les représentants des citoyens du Vieux-Québec sur son chemin. L'idée d'allonger le couvre-feu et de prolonger la vente d'alcool sur le site de certains événements ne passe pas du tout.

«Est-ce que les grands événements vont si mal que ça pour qu'on invite les gens à venir prendre un coup à Québec?» a lancé Jean Rousseau, le président du Comité des citoyens du Vieux-Québec.

«Les citoyens ont déjà joué dans cette pièce. On en a payé le prix. Ça écoeure les gens, le fait qu'il y ait des festivités incontrôlées. On n'a rien contre les festivités, on en a contre les excès. Et le discours du maire invite à de tels excès», a poursuivi celui qui assure parler au nom de «la grande majorité» des résidents du secteur.

Il craint que les luttes passées pour éviter les débordements dans l'arrondissement historique, dans le Vieux-Port ou sur la colline parlementaire ne soient à recommencer. 

On ne connaît pas encore tous les détails d'assouplissements que le maire a en tête. Mais l'opposition n'a pas tardé à se manifester.

En plus de Jean Rousseau, le président du Conseil de quartier du Vieux-Québec, Alain Samson, a aussi été prompt à réagir aux propos tenus jeudi soir par M. Labeaume.

«Le comité des citoyens aussi va être contre», a tranché sans détour M. Samson, qui a joint Le Soleil pour exprimer son point de vue. «Les grands événements doivent être encadrés. Si c'est 23h, c'est 23h. On n'est pas à Disneyland.»

«Une petite flasque»

En marge du couronnement de la reine du Carnaval, jeudi soir, Régis Labeaume a annoncé avoir rencontré la veille des responsables de la Ville de Québec afin d'assouplir les règlements sur l'heure à laquelle doivent se terminer les événements et la vente d'alcool, actuellement à 23h. «Je ne dis pas qu'on va avoir de l'abus dans les rues, mais je veux que les événements puissent terminer plus tard, de pouvoir servir de l'alcool plus tard. Québec, il faut que ça reste festif», avait-il déclaré. 

M. Labeaume réagissait ainsi aux déclarations du président du conseil d'administration du Carnaval, Alain April qui souhaite le retour d'un peu de «vice» et de «fun» dans la fête hivernale à coups de quelques gorgées de caribou.

«Amenons une petite flasque [ou une canne]. Il n'y a rien de mal à ça. Ça fait partie de la game», a dit M. April. «C'est un carnaval, c'est une fête», avait ajouté celui selon qui le défilé serait devenu un peu trop politically correct.

Ce à quoi M. Labeaume avait réagi en estimant que tout est question de jugement des autorités policières. «Si vous me dites que personne ne prend du caribou dans les rues de Québec, je ne vous crois pas. Il y en a qui en prennent tard et comme par hasard, personne ne les arrête», a conclu le maire jeudi, se disant «très satisfait des policiers».

Vendredi, M. Labeaume a clarifié son plan, précisant qu'il serait avant tout question d'allonger jusqu'à minuit la vente d'alcool sur le site de certains événements. Il n'a toutefois pas cité d'activité précise.

«Les gens veulent avoir une heure de plus de plaisir, on va leur donner une heure de plus. On va survivre», a-t-il lancé en allusion à l'insistance des journalistes sur ses déclarations de la veille. 

Or, même une heure est trop aux yeux d'Alain Samson. «C'est où qu'on finit avec ça? Minuit, peut-être 2h et tant qu'à y être, 3h», a-t-il demandé.

Plus globalement, le président du Conseil de quartier du Vieux-Québec dénonce l'idée que plus de plaisir rime avec vente de bière ou de spiritueux.

«Est-ce que l'augmentation de plaisir dans les festivités passe par la consommation d'alcool? La réponse, c'est non!»

Lui aussi reconnaît qu'il est impossible d'interdire toute consommation d'alcool dans la rue. Mais laissons cela ainsi, sans assouplir ni encourager, dit-il en substance.

«Si ça fonctionne bien avec une certaine tolérance, qu'est-ce qu'on veut de plus?»  Avec la collaboration de Jean-Michel Poirier

En 2014, des tenanciers de la Grande Allée... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 2.0

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En 2014, des tenanciers de la Grande Allée s'étaient montrés intéressés à accueillir des clients quelques heures de plus pendant l'été. 

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Un «last call» prolongé déjà testé

Était-ce une forme de mini-projet-pilote pour l'idée de Régis Labeaume? Chose certaine, bière et spiritueux ont subtilement été vendus après 23h lors de l'ouverture officielle des terrasses de Grande Allée le 17 juin.

«On avait convenu de ne pas dire qu'on en vendait plus tard. On l'a dit aux vendeurs à la dernière minute. Et tout s'est très bien passé», a révélé au Soleil le directeur d'Action Promotion Grande Allée, André Verreault.

«On a fermé la musique pour ne pas déranger», a-t-il poursuivi, en estimant qu'il y a moyen de trouver un juste milieu entre répression et excès.

«On n'est jamais à l'abri d'une couple de crétins, mais, malheureusement, on focuse sur le cave, alors que 10000 personnes ont fêté en paix.»

Pour l'ouverture des terrasses, une quinzaine de bars temporaires étaient installés sur la Grande Allée piétonne. Alors que le dernier service est généralement à 22h45, il a été prolongé à 23h30, et la vente d'alcool a cessé à 23h45.

La police était dans le coup. «On n'a rien eu, zéro trouble», a tranché M. Verreault. Il n'était toutefois pas permis aux fêtards de sortir ni d'entrer dans le périmètre avec leur consommation.

Et André Verreault est clair : pas question que les soirées d'événements spéciaux redeviennent une beuverie dans les rues.

«On ne veut pas que les gens se ramassent assis sur une caisse de 24 au milieu de la Grande Allée», a illustré celui qui félicite encore l'administration Labeaume pour avoir interdit l'alcool dans la rue à la fête nationale du 23 juin depuis 2011. «Ce coup de barre était nécessaire.»

Mais un peu de temps de plus pour prolonger le party, ça oui, dit M. Verreault. Sans parler de projet-pilote, il reconnaît que l'expérience concluante de ces petites 45 minutes supplémentaires en juin pourrait prouver qu'on peut reporter le couvre-feu, comme a dit le souhaiter le maire Régis Labeaume, jeudi.

«Je suis tout à fait d'accord avec le maire», a dit le promoteur à qui on doit aussi les fêtes du 31 décembre sur la Grande Allée.

Pour ce rassemblement avec DJ sur la populaire artère, la Ville de Québec permet d'ailleurs que l'animation se poursuive jusqu'à 1h. Aucun alcool n'est vendu dans la rue, mais M. Verreault n'est pas dupe et il sait bien que certains citoyens arrivent à passer notamment «des mini-bouteilles de mousseux».

Pas de demande du Festibière

Ce n'est pas la première fois que Régis Labeaume plaidait pour plus de souplesse dans le last call. En entrevue au Soleil vendredi, le promoteur du Festibière, Sébastien Huot, a rappelé qu'en 2014, le maire avait réagi lorsque l'heure du dernier service avait été ramenée à 22h15 par le Bureau des grands événements. Le maire, qui n'avait pas été informé, s'expliquait mal cette situation «puisque aucun incident dans le passé peut justifier un tel changement». L'heure du dernier service est revenue à 23h l'année suivante.

Et c'est très bien ainsi selon Sébastien Huot, qui n'a formulé aucune demande pour voir les événements finir plus tard. «Nous, ce n'est pas ça qu'on recherche. Nous ne sommes pas un bar, mais un lieu de dégustation», a-t-il dit en parlant du Festibière, très couru chaque mois d'août dans le Vieux-Port. «On sert de la bière de 11h à 23h. On a une belle plage horaire», a-t-il ajouté. 

Que dit le règlement?

L'interdiction de consommer de l'alcool dans la rue à Québec se trouve à l'article 3 du règlement 1091, soit le Règlement sur la paix et le bon ordre. «Il est interdit à une personne se trouvant dans une rue ou dans un endroit public de consommer de l'alcool ou d'avoir en sa possession une bouteille, une canette ou un récipient débouché contenant de l'alcool», peut-on y lire. Le document précise toutefois que cet article «ne s'applique pas lorsque la vente d'alcool est autorisée par une loi, un règlement ou une résolution émanant d'une instance décisionnelle de la ville».

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