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Heures supplémentaires des cols bleus: le naturel revenu au galop

De 2011 à 2014, les effectifs des cols... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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De 2011 à 2014, les effectifs des cols bleus ont été réduits de 123 travailleurs.

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(Québec) La Ville de Québec a perdu son pari de réduire les heures supplémentaires de ses cols bleus après leur grève de 2012, où elle avait économisé plus d'un million de dollars.

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Heures supplémentaires des cols bleus et des cols blancs

Infographie Le Soleil

L'an passé, la Municipalité a payé près de 4,3 millions $ pour le boulot effectué en surplus, un montant équivalent à celui d'avant le conflit. Pendant les quelque six mois qu'a duré la grève des heures supplémentaires des cols bleus en 2012, la Ville avait été forcée de revoir son organisation du travail. Malgré les maux de tête causés par les mesures de pression, le vice-président du comité exécutif de l'époque, Richard Côté, avait déclaré que le débrayage avait finalement été bénéfique. 

«Ça nous a montré que ça pouvait changer des manières de travailler et faire aussi en sorte qu'on n'était pas nécessairement obligé de faire rentrer des gens en temps supplémentaire», avait-il affirmé, évoquant les nombreux «changements de culture» entrepris depuis. Il avait même calculé qu'il ferait des économies similaires dans son budget 2013 et dans les budgets subséquents.

Or, selon des chiffres obtenus en vertu de la Loi sur accès à l'information, la Ville de Québec est plutôt de retour à la case départ. En 2011, près de 4,3 millions $ ont été versés aux cols bleus pour

120 628 heures supplémentaires contre 3,2 millions $ et 89 759 heures l'année suivante. Déjà, en 2013, les montants ont grimpé en flèche : 3,8 millions $ pour 105 522 heures. L'année suivante confirme la difficulté de la Municipalité à mettre la pédale douce sur le temps supplémentaire avec, de nouveau, 4,3 millions $ dépensés pour 119 568 heures de travail effectuées à des tarifs plus élevés. 

Hausse malgré des effectifs réduits

Au cours de la même période, les effectifs des cols bleus ont été réduits de 123 travailleurs. Le syndicat estime d'ailleurs que pour freiner l'augmentation des heures supplémentaires, la Municipalité devrait embaucher entre 100 et 150 nouveaux employés. «Les travaux ne seraient pas aussi souvent en retard et il y aurait une meilleure planification», juge le président des cols bleus, Daniel Simard. Ce dernier se dit peu surpris de savoir que la Municipalité n'est pas parvenue à économiser malgré ses voeux visiblement pieux. 

Selon lui, si par exemple il y avait davantage d'entretien effectué sur les aqueducs, les bris ne seraient pas aussi fréquents l'hiver. Lorsqu'une telle urgence survient la fin de semaine, des équipes sont dépêchées au fort prix. De plus, avec davantage de cols bleus pour s'acquitter des tâches, le climat de travail serait amélioré, souligne M. Simard. «C'est bon de faire plus avec moins, mais à un moment donné t'es plus capable!» 

Des événements exceptionnels, dit la Ville

La Ville de Québec a une tout autre lecture du dossier. Selon le vice-président au comité exécutif et responsable des ressources humaines, Jonatan Julien, c'est en raison d'événements exceptionnels que la Municipalité est de retour à la case départ en 2014. Il cite le débordement de la rivière Lorette au printemps 2013 et les bris aqueduc majeurs l'an dernier, comme celui de 42 pouces à Vanier.

Depuis 2012, ajoute-t-il, les pratiques ont été modifiées notamment avec la nouvelle convention collective. Avec de nouveaux horaires atypiques, des cols bleus travaillent désormais à temps régulier les soirs et la fin de semaine. «Cela a permis des économies de plusieurs milliers de dollars», souligne M. Julien. Il a cependant prévu de décortiquer les données afin d'être en mesure d'isoler les événements exceptionnels pour «se doter d'une mesure à cet effet-là dès cet automne».

Situation différente chez les cols blancs

Les cols blancs, qui ont perdu 239 employés depuis 2011, ont quant à eux vu leur nombre d'heures supplémentaires diminuer considérablement depuis quatre ans, soit de 19 093 heures, ce qui représente une baisse de plus de 25 %. En 2011, 72 475 heures ont été travaillées, pour une somme de 2,9 millions $. Trois ans plus tard, c'est 2,2 millions qui ont été versés, soit l'équivalent de

53 382 heures effectuées en temps supplémentaire. 

La vice-présidente du syndicat des cols blancs, Linda Bélanger, croit qu'une simple question mathématique explique ces chiffres. «Nous sommes moins, donc nous faisons moins d'heures», fait-elle valoir, ajoutant que les cols blancs n'effectuent par ailleurs pas le même type de boulot que leurs collègues qui peuvent être plus souvent appelés au milieu de la nuit pour réparer des infrastructures municipales. 

Le conseiller Jonatan Julien abonde dans le même sens. «Les cols blancs ne sont pas soumis aux mêmes aléas que les cols bleus. Ce n'est pas du tout la même réalité pour les deux corps d'emploi», souligne le responsable des ressources humaines à la Ville de Québec.

«Mais le travail, il n'y en a pas moins!» précise Mme Bélanger. Elle juge d'ailleurs qu'en raison de cette tâche alourdie, les fonctionnaires sont plus fatigués et donc moins motivés à en faire plus. L'épuisement professionnel guetterait beaucoup de cols blancs. «Et ça, ça va coûter pas mal cher», affirme-t-elle. «La moyenne d'âge est de plus de 45 ans», rappelle la vice-présidente du syndicat.

Près de 15 000 $ en surplus

Parmi les cols bleus les mieux rémunérés, nombre d'entre eux améliorent leur sort salarial grâce aux heures supplémentaires. Sauf en 2012 - lors du conflit avec la Ville de Québec -, environ une dizaine d'employés accumulent annuellement l'équivalent de 15 000 $ en plus. Chaque année, quelques-uns parviennent même à bonifier leur salaire de plus de 20 000 $.           

Par exemple, en 2014, le col bleu le mieux payé à la Ville de Québec a réalisé 608 heures supplémentaires, ce qui représente une somme de 26 510 $. Additionné à ses 2104 heures régulières, son salaire a totalisé 79 352 $.

Ils ne sont qu'une poignée à faire autant de boulot en dehors de leurs heures régulières. L'an dernier, ils étaient quatre parmi les quinze cols bleus les mieux payés de la Municipalité à faire 20 000 $ en heures supplémentaires et sept à accumuler entre 15 000 $ et 20 000 $ dans leur banque de surplus. 

Depuis 2011, ces chiffres sont similaires chez les cols blancs et les employés manuels sauf en 2012 où il n'y a que deux employés qui ont accumulé respectivement 16 575 $ et 17 481 $. Il s'agit de l'année où les cols bleus ont refusé pendant quelques mois de faire des heures supplémentaires.

Le vice-président au comité exécutif, Jonatan Julien, est tout à fait à l'aise avec ces montants, tant et aussi longtemps que le temps supplémentaire est justifié, géré adéquatement et conventionné. «Quelqu'un qui est travaillant et qui décide de faire plus de temps supplémentaire et qui est efficace sur le travail, j'ai aucun problème avec ça!», a-t-il commenté.

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