20 ans après les Nordiques, Québec a-t-elle assez changé?

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Le Colisée de Québec à la fin des années 90.

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(Québec) La nouvelle avait commencé à filtrer depuis quelques jours. L'inéluctable allait se produire. Les Nordiques seraient vendus. On est à la fin mai 1995.

Dans les journaux des jours qui précèdent, la Banque du Canada annonce une hausse de son taux d'escompte à 7,7 %. Radio-­Canada confirme la suppression de 1000 emplois. 

La Presse Canadienne rapporte que l'Auberge des Gouverneurs continue à s'enliser dans une situation de faillite technique.

Sur la Rive-Sud, le projet d'université que pilote le ministre de l'Éducation Jean Garon est rejeté par la communauté. On reproche au ministre de «créer la zizanie pour répondre on ne sait trop à quelles querelles ou vengeances politiques».

De passage à Rimouski, le chef du Bloc québécois Lucien Bouchard s'inquiète de la concentration de la presse au Québec.

Aux sports, l'Association régionale de soccer dit en avoir assez de jouer dans des champs de patates. Plus loin, on annonce la nomination imminente de Michel Therrien comme entraîneur des Prédateurs de Granby. 

L'avenir du Parc technologique de Québec est remis en question après s'être fait couper les vivres par le gouvernement provincial et la Ville de Québec.

Une enquête du Soleil révèle que les enfants mangent mal dans les cafétérias de leurs écoles.

Le jour de l'annonce de la vente des Nordiques, le 25 mai, une femme comparaît au palais de justice pour avoir menacé de faire exploser une bombe à la résidence du premier ministre Jacques Parizeau, au 1080, avenue des Braves.

Bienvenue en 1995.

Prises au jour le jour, les nouvelles de ce mois de mai 1995 ne sont pas toutes mauvaises et, souvent, pas si différentes de celles d'aujourd'hui. 

Mais avec le recul, on a fini par mesurer à quel point la région de Québec a traversé un creux de vague au milieu des années 90. 

Pour plusieurs, ça aura été symbolisé par la vente des Nordiques. Et trois semaines plus tard par l'échec de la candidature olympique de Québec 2002. 

L'automne suivant, la région votera un Oui timide au référendum sur la souveraineté, mais se retrouvera au final dans le camp des perdants.

C'est une période où le niveau d'emploi vacille. La construction est en recul, et on assiste à un exode des cerveaux. 

L'économie locale, qui repose encore beaucoup sur l'État et le tourisme, résiste moins bien à la récession de 1996.     

La région est minée par les querelles de clocher et l'éparpillement de ses ressources économiques. 

Des gens d'affaires n'osent plus mettre de projets sur la table, de crainte d'être assassinés par des animateurs de radio.

Le gouvernement ajoutera bientôt au tourment par des coupes de personnel devant mener au déficit zéro.

Le climat général de l'époque est morose, pour ne pas dire malsain. Même IKEA choisira de déserter Québec!

***

Québec va alors amorcer ce qui deviendra un grand virage en misant sur la diversification de l'économie. Les premiers signes apparaîtront au début des années 2000, et le rythme s'accélérera pendant la décennie qui suivra : finance, assurances, pharmaceutique, alimentation, nouvelles technologies et communications, etc. 

On commence à voir poindre une nouvelle génération d'entrepreneurs tournée vers l'international pour offrir ses produits, ses services ou ses événements.

On pense aux Louis Garneau, Louis Têtu, Germain Lamonde, Jacques Tanguay, Éric Dupont, etc. D'autres ont depuis emboîté le pas : Dominique Brown, Steve Couture, etc.

Les fusions municipales n'ont pas donné les économies d'échelle que plusieurs espéraient, mais ont créé une cohésion politique et économique déterminante. 

Ce fut un élément non négligeable de la transformation du paysage économique. 

Vingt ans après le départ des Nordiques, Québec est devenue une des régions les plus performantes au Canada, malgré le vieillissement de sa population.

***

Assez pour faire vivre une équipe de la Ligue nationale de hockey? Les avis divergent. C'est possible, mais probablement limite. Comme à Winnipeg.

Presque tous les indicateurs économiques sont pourtant en hausse par rapport à 1995. La population a augmenté de 16 %; le produit intérieur brut a bondi de près de 60 %, le taux de chômage a chuté, les dépenses de consommation ont plus que doublé; pareil pour le nombre de voyageurs annuels à l'aéroport.

Le revenu disponible par habitant a grimpé de 80 % pour passer devant celui de Montréal. On ne parle plus de chômage, mais de rareté de main-d'oeuvre. 

On pourrait ainsi additionner les chiffres pendant longtemps.

D'autres éléments «économiques» peuvent aussi soutenir le projet de retour d'une équipe : nouvel amphithéâtre; hausse du dollar canadien; meilleurs contrats de télé, hausse des revenus de produits dérivés et formule de partage de revenus dans la Ligue nationale de hockey (LNH); présence d'un «propriétaire» à la tête d'un empire média, etc. 

***

Inversement, d'autres données économiques pourraient compliquer les choses

Le commissaire de la LNH vient de situer le coût d'achat d'une équipe d'expansion autour de 500 millions $US. C'est beaucoup d'argent. Les Nordiques avaient été vendus à l'époque pour 75 millions $US.

Le plafond salarial est souvent présenté comme une bonne nouvelle pour Québec, mais je n'en suis pas si certain tant ce plafond est élevé.

À l'évidence, les villes du Québec ne sont pas les seules à avoir du mal à contrôler leur masse salariale. 

À l'époque du départ des Nordiques, le budget de l'équipe tournait autour de 20 millions $US. Dans un avenir prochain, il faudra penser plutôt à 100 millions $. 

C'est cinq fois plus. Aucun des indicateurs économiques de Québec n'a progressé dans une telle proportion depuis 1995. 

L'économie actuelle de Québec pourrait certainement soutenir les Nordiques de l'époque, mais, pour ceux d'aujourd'hui, ça risque d'être une autre histoire. On a vu des signes d'essoufflement dans les dépenses de loisir et la fréquentation des spectacles. La passion pour le hockey ne suffira peut-être pas. Il faudra y mettre des dollars.

***

Plus que tous les indicateurs et les pourcentages, le plus grand changement entre l'économie de 1995 et celle d'aujourd'hui est sans doute la confiance. 

Ça ne se quantifie pas, mais cela fait toute la différence.

Québec a-t-elle les moyens de la LNH?

Étude du Conference Board 2014

Coauteur de l'étude du Conference Board et du livre Power Play, l'économiste Mario Lefebvre prédit que le Canada pourrait accueillir trois nouvelles équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH) d'ici 2035 : Québec, Hamilton et Toronto (deuxième équipe). 

Québec et Hamilton remplissent les «conditions minimales», mais ce ne sera pas suffisant pour éviter des déficits, croit M. Lefebvre. Il expose une «règle du pouce» qui se calcule comme suit : 40 matchs X 20 000 spectateurs = 800 000. C'est la population minimale pour accueillir une équipe de la LNH. Québec est aujourd'hui pile sur ce minimum.

http://goo.gl/cR6vDG

Étude Mowat Center, University of Toronto, 2011

Les auteurs Tony Keller et Neville McGuire croient que le Canada pourrait faire vivre 12 équipes de plus de la LNH, principalement en Ontario et autour de Toronto, mais aussi à Vancouver et à Montréal (deuxième équipe), à Winnipeg et à Québec. Winnipeg a depuis récupéré ses Jets. Cette hypothèse s'appuie en outre sur la passion des Canadiens pour le hockey. Une étude menée pendant les séries éliminatoires de 2010 a montré que les Canadiens ont été en proportion 40 fois plus nombreux que les Américains à suivre les séries à la télé. Pour les Québécois, ce fut 90 fois plus. L'étude rappelle que les billets se vendent en moyenne plus cher au Canada, que les équipes canadiennes jouent toutes à guichets fermés et que les Canadiens sont prêts à dépenser plus que leurs voisins à l'aréna un soir de match. 

Dans un sport qui dépend davantage que les autres des revenus locaux et non de la télé, ces faits sont importants. La LNH a cependant signé le plus important contrat de télé de son histoire depuis la parution de l'étude. Cela atténue l'importance relative des revenus aux portes.

http://goo.gl/REXVf8

American City Business Journals, 2015

Une étude publiée ce printemps dans des journaux économiques en ligne suggère que Québec n'est pas un marché adéquat pour une équipe de la LNH.

Les auteurs ont évalué la capacité de 83 marchés du Canada et des États-Unis à accueillir une nouvelle équipe de sport professionnel. 

Québec s'y classe au 77e rang. La méthodologie utilisée consiste à faire la somme des revenus personnels des citoyens de chaque marché. (TPI : Total Personal Income en dollars américains). 

Il s'agit ensuite de voir s'il y a assez d'argent dans ce marché pour ajouter une équipe. Les besoins varient selon les sports : 104 milliards $ pour une équipe de baseball; 50 milliards $ pour la NFL; 48 milliards $ pour la LNH; 45 milliards $ pour la NBA et 14 milliards $ pour la MLS. 

Si un marché possède déjà une ou plusieurs équipes, il faut voir s'il reste assez d'argent disponible.

Le TPI de Québec a été établi à 34 milliards $. Selon les critères de l'étude, c'est insuffisant pour une équipe de la LNH mais adéquat pour la MLS.

L'étude ne tient évidemment pas compte de l'intérêt des citoyens pour un sport ou l'autre. C'est une de ses faiblesses.

Las Vegas arrive au 35e rang sur 83 avec un TPI de 83 milliards $, ce qui serait suffisant pour n'importe quel sport professionnel, sauf le baseball.

En fait, aucun des 83 marchés n'a actuellement une full capacity pour une nouvelle équipe de baseball. Celui qui s'en approche le plus serait Montréal, suivi de Las Vegas.

On peut avoir de sérieux doutes sur la fiabilité de l'étude à bien analyser la capacité des marchés de sports.  

On constate, par exemple, que Winnipeg arrive derrière Québec avec un TPI de 30 milliards $, et devant Hamilton aussi pressentie pour accueillir un jour une équipe.

Selon les critères de l'étude, Winnipeg n'aurait pas la capacité pour une équipe de la LNH. La franchise fait pourtant salle comble.  

Autre source d'étonnement, Green Bay, une des franchises mythiques de la NFL, arrive au 83e rang sur 83. 

Le revenu total de ses habitants est de 15 milliards $ alors qu'il en faudrait 48 milliards $ pour faire vivre une équipe de football. Comme quoi les chiffres ne disent pas tout.

Dernière observation pour s'en convaincre, l'étude suggère que les meilleurs marchés pour la LNH seraient Albany, Austin, Birmingham, Fort Myers, Grand Rapids, Harrisburg, Hartford, Houston, Las Vegas, Orlando, Richmond, Rochester, Sacramento, Tulsa et Virginia Beach. Ça en dit long.

http://goo.gl/ehL8DM

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