Québec, reine des dépenses moins «sexy»

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(Québec) Québec est la grande ville québécoise qui a le plus augmenté ses dépenses entre 2009 et 2013. Mais c'est aussi celle qui a investi le plus dans ses infrastructures souterraines. Un choix moins flamboyant, mais qui pourrait payer à long terme.

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Croissance annuelle moyenne des dépenses entre 2009 et 2013

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Des 10 villes québécoises de 100 000 habitants et plus, Québec a en effet enregistré pendant ses cinq années une croissance des dépenses de 5,7 % en moyenne par an, révèle le nouveau Palmarès des municipalités publié depuis trois ans par le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC Montréal et obtenu par Le Soleil.

Pendant la même période, Lévis a augmenté ses dépenses de 5,1 % en moyenne, Longueuil de 3,3 % et Montréal de 3,6 %. La métropole devance toutefois toujours Québec au chapitre des dépenses par habitant avec 2381 $, contre 2203 $ pour la capitale.

Mais à Québec, près du tiers (29 %) de la croissance des dépenses entre 2009 et 2013 est attribuable à «l'hygiène du milieu». Québec est en effet de loin en tête dans les sommes consacrées au traitement des eaux usées (hausse moyenne de 13,9 % par an) et dans le réseau d'égouts (10,1 %).

Ces chiffres proviennent d'une étude menée à partir de millions de données fournies par 1100 municipalités au ministère des Affaires municipales. Au total, en 2013, 761 municipalités québécoises ont rendu disponibles des informations suffisamment complètes pour être considérées dans l'analyse.

Photographie de l'ère Labeaume

Fait intéressant, à Québec, cette période de 2009 à 2013 concorde avec le premier mandat complet du maire Régis Labeaume, arrivé au pouvoir à la fin de 2007.

Investir dans le sous-sol de la ville, ses égouts, sa voirie et le traitement des eaux était justement la volonté du nouveau maire. Des dépenses moins «sexy», a souvent dit M. Labeaume ces dernières années, mais durables pour la Ville. Un peu comme choisir de refaire les fondations d'une maison au lieu de redécorer le salon.

Ce choix se traduit dans les chiffres de l'étude des HEC. Pour le directeur du Centre, Robert Gagné, ce type de dépenses, malgré la hausse en dette et en amortissement qu'il génère, peut payer à long terme. «La Ville a investi et ça commence à paraître, note-t-il. Remplacer des conduites d'égouts et d'aqueduc, on peut parler d'investissements. Ça pèse un peu plus lourd dans le budget, mais je me dis que s'il s'est fait beaucoup de travail de remplacement, il y aura moins de frais d'entretien», poursuit le chercheur des HEC.

Ne pas investir dans les infrastructures laisse présager des économies à court terme, mais la facture n'est que partie remise. «On a d'autres cas où les coûts sont très faibles parce que ce sont de vieilles infrastructures et ils ne les entretiennent pas. Alors, là, ça va lâcher», dit-il. 

M. Gagné souligne par exemple qu'en effectuant la ventilation avec Montréal, on note que le pourcentage de l'augmentation de la métropole pour «l'hygiène du milieu» n'est que de 12 %. À Montréal, le gros de la croissance des dépenses de 24 % entre 2009 et 2013 revient à l'administration générale de la ville, avec 58 %. En comparaison, la compilation des HEC attribue à hauteur de 7 % la croissance des dépenses de la Ville de Québec à la catégorie Administration générale.

Données de plus en plus parlantes

Pour le Centre sur la productivité et la prospérité des HEC, dresser ce portrait sur cinq années dégage des tendances davantage révélatrices de la gestion des municipalités québécoises. Même s'il reconnaît que son exercice annuel n'a pas toujours été bien reçu par les municipalités, Robert Gagné estime qu'autant de données permettent à son groupe de recherche d'être de plus en plus en «terrain solide». «Les Villes disent toujours qu'elles ont une situation particulière et qu'on ne peut pas comparer. Mais là, on se dit qu'on peut au moins comparer une ville comme Québec à elle-même», conclut-il.

93 559 $: rémunération moyenne à la Ville de Québec

Les salaires et les avantages sociaux de leurs employés ont encore une fois été l'épine dans le pied des municipalités en 2013, tonne Robert Gagné des HEC. «Les villes vont devoir ralentir la croissance de la rémunération», dit le chercheur qui n'en est pas à ses premières remontrances sur le poids de l'administration dans les budgets des municipalités. Entre 2009 et 2013, la rémunération moyenne des employés de la Ville de Québec a cru de 5,7 % par an, passant à 93559$. Montréal est toujours aux prises avec le boulet des salaires alors que le salaire moyen, incluant les avantages sociaux, était en 2013 de 116 024 $. Lévis s'en sort mieux avec 85909$. Mais les choses pourraient changer dans les prochains palmarès avec le projet de loi 3 sur le partage des déficits des régimes de retraite, adopté en décembre 2014, indique M. Gagné. À surveiller aussi dans les prochains palmarès, l'impact des changements de gouvernance survenus en novembre 2013 dans certaines villes, notamment à Mont-réal avec l'arrivée de Denis Coderre. valérie gaudreau

91 $: pour la collecte des déchets domestiques par habitant à Québec

Les ordures! Le sujet a beaucoup fait jaser à Québec ces derniers temps avec les nouvelles règles de collectes dans le centre-ville instaurées dans le but d'économiser. Il faut dire qu'à ce chapitre, Québec est la ville de 100 000 habitants et plus qui dépense le plus avec 91 $ par habitant contrairement à 60 $ pour Montréal, aussi peu que 50$ à Trois-Rivières et 80$ pour Lévis. La tendance avec Lévis s'inverse toutefois pour les matières recyclables alors que Québec y investit 30 $ par habitant contre 42 $. Lévis dépense donc davantage pour recycler? Attention, nuance le directeur adjoint du Centre sur la productivité et la prospérité, HEC Montréal, Jonathan Deslauriers. Il faut aussi tenir compte du coût de la collecte des matières recyclables par tonne métrique. Et à ce titre, Lévis fait mieux que Québec avec 322 $ par tonne métrique contrairement à 330 $ pour Québec. 

Croissance annuelle moyenne des dépenses entre 2009 et 2013 (villes de 100 000 et plus)

  1. Laval 2,9 %
  2. Gatineau 2,9 %
  3. Longueuil 3,3 %
  4. Trois-Rivières 3,4 %
  5. Montréal 3,6 %
  6. Terrebonne 4 %
  7. Sherbrooke 4,9 %
  8. Lévis 5,1 %
  9. Saguenay 5,3 %
  10. Québec 5,7 %

Source : Centre sur la productivité et la prospérité des HEC Montréal

Le bonheur est (encore) à Lévis

«Le bonheur est à Lévis», titrait Le Soleil lors de la parution du premier Palmarès des municipalités en 2013. Deux ans plus tard, cette municipalité fait encore bonne figure, arrivant deuxième au Québec dans les villes de 100 000 habitants et plus. Seule Trois-Rivières double Lévis pour la première marche du podium au rayon de la gestion.

Les données compilées pour ce troisième Palmarès révèlent en effet que la ville qui comptait quelque 140 900 habitants continue à faire bonne figure.

Lévis obtient un score général de - 9,1 %, ce qui signifie que les services qu'elle offre coûtent en moyenne 9,1 % moins cher que dans les neuf autres municipalités de sa catégorie. Trois-Rivières fait toutefois mieux, offrant ses services pour 18 % moins cher que les autres municipalités de 100 000 habitants et plus. En comparaison, Québec arrive au neuvième rang avec des services coûtant 13,9 % plus cher que la moyenne de la catégorie. Montréal, le mastodonte, avec ses services 56,7 % plus dispendieux, est reléguée sans équivoque au 10e rang et au 694e rang sur les 761 municipalités passées sous la loupe des chercheurs de HEC. 

Le bon score de Lévis traduit une fois de plus qu'administrer une ville de taille moyenne permet souvent de mieux s'en tirer, notait le directeur du Centre sur la productivité et la prospérité, Robert Gagné, lors de la publication de son premier palmarès. Le constat est le même deux ans plus tard.

Sur le plan des dépenses totales par habitant, Lévis glisse toutefois au quatrième rang avec 1659 $. À ce chapitre, Sherbrooke arrive en tête avec 1504 $ par habitant. Terrebonne (1617 $) et Longueuil (1628 $) complètent le podium.

Cette compilation des données de 2009 à 2013 concordait avec la fin de huit ans d'administration de la mairesse Danielle Roy Marinelli. Gilles Lehouillier est arrivé à la mairie en novembre 2013. Les traces de l'impact de la gestion sous cette nouvelle administration ne commenceront donc à émerger qu'à partir du prochain palmarès qui comportera les données de 2014.

Méthodologie

Les données utilisées par le Centre sur la productivité et la prospérité de l'École des HEC pour dresser son palmarès annuel proviennent des rapports financiers de 2009 à 2013 fournis par les municipalités québécoises au ministère des Affaires municipales. Sur 1110 municipalités québécoises, 761 ont fourni des données suffisamment complètes pour être soumises à l'analyse. Ces villes touchent plus de 90 % de la population du Québec.

Les chercheurs de HEC ont analysé 12 indicateurs obtenus par le rapport entre le coût du service municipal et le coût moyen de ce même service dans les municipalités de même taille. Les indicateurs touchent par exemple le coût d'entretien du réseau d'aqueduc par kilomètre, le coût du déneigement par kilomètre de route ou encore le coût du service de collecte des matières recyclables par habitant. Un score positif indique que le coût du service municipal est plus élevé qu'en moyenne dans les villes de même taille. Un score négatif indique que le coût du service est plus faible qu'en moyenne dans le groupe de référence. La performance globale de la municipalité est établie à partir d'une moyenne pondérée des scores de chaque indicateur. 

  • Indicateurs de gestion retenus pour établir le score des municipalités
  • Coût de l'administration : dépenses totales de la Ville pour la gestion administrative par habitant
  • Voirie : coût d'entretien d'un kilomètre de voie routière
  • Déneigement : coût de déneigement d'un kilomètre de voie routière
  • Couverture policière : coût du service de police par habitant
  • Protection incendie : coût du service de protection incendie par tranche de 100 000 $ de richesse foncière uniformisée
  • Eaux usées : coût de traitement d'un mètre cube d'eaux usées
  • Égout : coût d'entretien du réseau d'égout par kilomètre
  • Eau potable : coût de traitement d'un mètre cube d'eau potable
  • Aqueduc : coût d'entretien du réseau d'aqueduc par kilomètre
  • Déchets : coût du service de collecte des déchets par habitant
  • Recyclage : coût du service de collecte des matières recyclables par habitant
  • Loisir et culture : coût du service de loisir et culture par habitant

Source : Centre sur la productivité et la prospérité HEC

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