La Ville de Québec surveillera les carrières de près

Carrière Union (photo), les Entreprises PEB et Carrières... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Carrière Union (photo), les Entreprises PEB et Carrières Québec seront surveillées.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) La Ville de Québec installera des caméras à la sortie des quatre plus grosses carrières et sablières sur son territoire pour estimer le tonnage de matériel qui en sort et s'assurer qu'elle est compensée justement. Les entreprises visées estiment que c'est une dépense inutile et craignent l'utilisation des images à d'autres fins.

Québec est actuellement en appel d'offres pour acquérir huit caméras qu'elle entend installer en paire aux portes de Carrière Union (Pierre-Bertrand), des Entreprises PEB (Lac-Saint-Charles) ainsi qu'à deux sites de Carrières Québec (Beauport).

La technologie ciblée permet d'estimer, à partir d'images vidéo, les quantités de substances extraites des carrières et des sablières. Le fournisseur effectue ce travail d'analyse et remet au client des rapports périodiques. Québec propose un contrat de trois ans, soit du 1er juin 2015 au 31 mai 2018, avec une année d'option.

La Ville ne dévoile pas ses estimations. Mais selon des données comparatives, il en coûterait environ 400 $ par mois par site, donc environ 20 000 $ par année, pour le système envisagé. C'est du moins ce qu'il en coûte actuellement au Canton de Potton, en Estrie.

Depuis 2009, les municipalités peuvent percevoir des redevances - actuellement 0,54 $ par tonne de matériel - pour compenser les dommages causés aux routes municipales par les camions lourds. L'argent est versé dans un fonds spécial, puis utilisé pour réparer les dommages aux voies publiques où transitent les camions chargés.

À Québec, une quinzaine de carrières et sablières font ainsi des déclarations et remettent annuellement un peu plus de 2 millions $ dans les coffres de la municipalité. Le nouveau système doit permettre de valider les quantités déclarées par les quatre plus gros exploitants, qui représentent 70 % de la production.

Selon la porte-parole Wendy Whittom, la Ville de Québec n'a pas de raisons de croire que ces contribuables ne disent pas toute la vérité, mais elle souhaite se conformer à une recommandation du Vérificateur général.

Celui-ci constatait en 2011 que le Service des finances n'avait pas mis en place les moyens nécessaires pour établir le nombre exact de carrières et de sablières sur son territoire et vérifier l'exactitude des déclarations reçues. Il recommandait de «se doter d'outils de contrôle afin de valider la quantité des substances visées qui est transportée hors du site pendant la période concernée».

Il a fallu quatre ans pour y donner suite, car le projet «n'était pas issu d'une problématique causant un préjudice à l'organisation», précise Mme Whittom.

Exploitants surpris

Les exploitants visés se disent surpris de cette mesure de contrôle alors qu'il n'y a jamais eu de questions soulevées auparavant par l'administration municipale.

Gilles Dionne, contrôleur des Entreprises PEB, n'a rien contre la gestion serrée de la Ville et dit n'avoir «aucune espèce de problème» à dévoiler sa production. Mais il croit que les contrôleurs municipaux devraient s'intéresser de plus près aux données soumises, quitte à faire des contrôles aléatoires et impromptus, avant de payer pour des caméras.

M. Dionne se demande comment des estimations faites à partir d'images de camions, dont plusieurs sont recouverts de toiles, peuvent être aussi précises que les balances qu'il possède, toutes informatisées et calibrées de façon indépendante. «Aux dernières nouvelles, il n'existe pas de caméras qui pèsent», lance-t-il en rigolant.

Louis Gravel, de Carrière Union, s'inquiète aussi de la prise d'images en continu. «Avoir une caméra braquée sur nous tout le temps, on trouve ça spécial. Vont-ils s'en servir pour autre chose?» demande-t-il.

L'Association des constructeurs de route et de grands travaux du Québec (ACRGTQ) a été alertée. «On a des réserves sur la méthode de contrôle», confirme son conseiller en affaires publiques, Christian Croteau. Une lettre a été envoyée demandant une rencontre pour trouver «des moyens plus efficaces» qui conviendraient aux deux parties.

La Ville de Québec assure qu'il n'est «pas du tout envisagé» de regarder les images pour autre chose que l'estimation des quantités de substances extraites. Elle confirme qu'aucune autre mesure de contrôle n'a été instaurée depuis 2011. Elle n'a pas encore répondu à l'ACRGTQ.

Un lobbyiste, un produit, un appel d'offres

Le système de caméras de surveillance pour les carrières et les sablières demandé par la Ville de Québec correspond en tous points à celui offert par l'entreprise Promotek, basée à Maria, en Gaspésie. Celle-ci s'est inscrite au registre des lobbyistes à l'automne pour faire la promotion de ses produits auprès des villes de Québec, de Lévis, de Château-Richer et de Stoneham-et-Tewkesbury ainsi que la MRC de L'Érable. La seule différence, c'est que Promotek proposait un suivi de deux ans alors que Québec veut s'engager pour trois ans. La directrice des opérations de Promotek, Isabelle Martin, admet que la PME ne souffre pas vraiment de concurrence, car elle offre un produit sur mesure pour le milieu municipal québécois. Elle assure que le système, utilisé dans une cinquantaine de municipalités actuellement, est fiable à 95 %, selon les validations effectuées par une firme d'ingénieurs. Du côté de la Ville de Québec, Wendy Whittom mentionne que l'entreprise était déjà connue des fonctionnaires avant l'inscription du mandat de lobbyisme. Et «pour ne pas cibler juste une personne», une clause a été ajoutée disant que tout système équivalent sera considéré.

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