Terres des Soeurs de la Charité: l'UPA monte aux barricades

Nicolas Bédard, l'un des deux enfants des agriculteurs... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Nicolas Bédard, l'un des deux enfants des agriculteurs Denis Bédard et Raymonde Blouin, aspire avec sa soeur Sarah à continuer à exploiter la ferme familiale de Beauport.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Soucieuse de préserver les terres des Soeurs de la Charité, l'Union des producteurs agricoles monte aux barricades. Une «mobilisation citoyenne» sera lancée la semaine prochaine sur le Web afin d'empêcher que le terrain de Beauport, cédé le mois dernier à la Fondation Famille Jules-Dallaire, soit sacrifié d'ici une quinzaine d'années au profit d'un imposant développement immobilier.

À l'issue d'une réunion de son exécutif, la présidente régionale de l'organisme, Jacynthe Gagnon, a révélé vendredi au Soleil que cet appel public se déclinera sous la forme d'une page Facebook, où les citoyens seront invités à se prononcer sur des solutions de rechange au projet. «Nous voulons aller chercher l'appui des citoyens en recueillant le plus de signatures possible en ligne. Si la volonté est là, on ira déposer la pétition à l'hôtel de ville. Mais on n'a aucune chance d'y arriver si la population n'est pas à nos côtés.»

La représentante de l'Union des producteurs agricoles (UPA) sait fort bien qu'elle s'attaque à un «gros morceau», d'autant plus que la vente de ce vaste territoire à l'homme d'affaires Michel Dallaire s'est faite à des fins philanthro-piques, le profit de la vente des unités d'habitation étant retourné à la communauté religieuse et à des oeuvres caritatives.

«On ne veut pas que notre démarche soit perçue de façon négative, explique-t-elle. On essaie de trouver une autre solution, on veut être constructif, regarder ce qui se fait ailleurs. Si la Ville avait la volonté de protéger ces terres, on pourrait trouver d'autres moyens.»

Pour l'instant, aucune demande de dézonage n'a été déposée devant la Commission de protection du territoire agricole, a indiqué au Soleil une porte-parole de l'organisme, Agnieszka Jarnuszkiewicz.

Denis Bédard, un agriculteur dont la ferme familiale borde l'un des deux terrains vendus par les Soeurs de la Charité, qualifie l'approche de l'UPA de «cri du coeur». Amener le débat sur la place publique et sonder le coeur et les reins de la population contribuera, croit-il, à faire bouger les choses, comme ce fut le cas, il y a deux ans, lors de l'importante hausse des comptes de taxes d'agriculteurs du secteur, en raison de la spéculation foncière.

Qualifiant ce vaste terrain de «sacré et d'une qualité exceptionnelle», M. Bédard croit qu'il existe une façon d'y faire du développement immobilier tout en évitant de faire disparaître entièrement sa vocation première. «On pourrait essayer de conserver 30, 50 ou 60 % de la vocation agricole. Pourquoi viser une utilisation maximale? Je crois qu'il y a moyen d'en arriver à un compromis.»

Les tenants d'une solution de rechange au projet domiciliaire estiment qu'il faut s'inspirer de ce qui se fait ailleurs, dans plusieurs villes du monde. «Partout, on cultive des jardins sur les toits. Toutes les villes cherchent des zones agricoles à proximité. Je ne suis pas contre le développement, mais les gens ont besoin d'autre chose», laisse tomber M. Bédard, lucide devant les obstacles qui se dresseront devant les défenseurs de la cause. «On a affaire aux bonzes de la finance et à de la politicaillerie...»

«Ce bien patrimonial a une valeur inestimable. La terre, c'est la mère nourricière, ajoute Mme Gagnon. Une fois les résidences construites, on ne pourra plus revenir en arrière. La barre est haute, on le sait, mais quand les citoyens expriment leur volonté, ça peut faire changer beaucoup de choses.»

L'étude de toutes les options est «souhaitable»

Un examen attentif de «toutes les options possibles» pour conserver, en totalité ou en partie, la vocation agricole des terres des Soeurs de la Charité est souhaitable, estime une professeure de la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation de l'Université Laval.

«J'ai l'impression qu'on n'est pas allé très loin dans l'étude de toutes les hypothèses», avance Diane Parent, qui croit que la préservation de ces terrains, «poumons d'une partie de la ville», constitue une occasion à saisir pour l'administration Labeaume dans sa volonté de passer de la parole aux actes en matière environnementale.

«J'aimerais que le développement durable soit autre chose que de la vertu. C'est le moment pour la Ville de relever le défi. La conservation de ce patrimoine écologique répond parfaitement aux critères de développement durable en ville.»

La professeure titulaire et chercheuse verrait d'un bon oeil l'utilisation de ces terres rares comme jardins communautaires afin d'alimenter en fruits et en légumes des organismes caritatifs, comme Lauberivière et Moisson Québec. Une façon de «marier vocations sociales et agriculture urbaine», croit-elle, bien consciente que le projet ne serait «pas rentable en soi». N'empêche, «je crois que c'est une idée qui rassemblerait beaucoup de monde».

«Solution facile»

Alexandre Turgeon, directeur général du Conseil régional de l'environnement de la Capitale-Nationale, salue l'initiative de l'Union des producteurs agricoles (UPA). «Tu n'utilises pas des terres agricoles de cette qualité pour faire de l'urbanisation.» Cette transaction est d'autant plus difficile à comprendre, explique-t-il, que la Ville dispose d'un grand inventaire de zones à développer.

«C'est clair que c'est un combat qu'il faut mener. On a déjà trop de terrains à "réurbaniser". C'est une solution un peu trop facile de développer des terrains vierges qui seront, en plus, mal desservis par le transport en commun. Ça vient nuire aux efforts qu'on devrait faire ailleurs [en ville].»

Une mission philanthropique

C'est à titre philanthropique que l'homme d'affaires Michel Dallaire s'est porté acquéreur, le 10 décembre, des terres agricoles des Soeurs de la Charité.

Tous les profits de la vente des quelque 6500 unités d'habitation, estimés à 150 millions $, sont destinés à des oeuvres caricatives gérées par la communauté religieuse et la Fondation Famille Jules-Dallaire.

«Du jamais-vu, c'est unique au Canada. L'équivalent de 10 à 15 fois les résultats annuels de Centraide», avait déclaré le maire Labeaume, qualifiant le geste d'«innovation sociale». Situés dans Beauport, les terres de la communauté religieuse se déploient sur 200 hectares (22 millions de pieds carrés), l'équivalent de la ville de Charny.

À l'issue du projet, dans une quinzaine d'années, on estime que 20 000 personnes y habiteront. Maisons de ville et en rangée, condos, appartements, commerces, école, centre communautaire, parcs, le secteur aura tout d'une «miniville». 

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