Entrevue avec François Picard: «On aime ça s'autoflageller»

Attablé dans un café de son district de... (Le Soleil, Steve Deschênes)

Agrandir

Attablé dans un café de son district de Lebourgneuf pour une entrevue, le conseiller municipal François Picard a fait un bilan sévère de ses dernières années en politique.

Le Soleil, Steve Deschênes

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) «À Québec, on aime ça s'autoflageller.» Le conseiller municipal François Picard quitte la politique en dénonçant un «climat négatif» et la trop grande place laissée aux «groupuscules "anti-toute"» alors qu'on a «tout pour être heureux» à Québec.

«On est très critiques à Québec, dans tous les domaines», tranche celui qui, à 50 ans, a décidé de ne pas se présenter aux élections du 3 novembre. Son souhait après 12 ans en politique? «Arrêtons de se voir petits et de s'apitoyer sur notre sort. Pourquoi on se referme sur nous-mêmes comme ça?»

Attablé mercredi dans un café de son district de Lebourgneuf lors d'une entrevue visant à faire le bilan de sa carrière politique amorcée en 1997, François Picard est sévère.

Contre les médias, contre l'opposition. Et contre certains citoyens, surtout. Cette minorité de «chialeux» qu'il souhaiterait voir davantage en «mode solution», martèlera-t-il au cours de cet entretien de près de deux heures.

«Les groupuscules "anti-toute" prennent trop de place auprès des médias par rapport au reste de la société», juge M.Picard. Même si le conseiller parle avec le ton calme et pédagogue qui le caractérise, on le sent bouillir par moments.

Des centaines d'heures de consultations publiques auxquelles il a assisté à titre de responsable de l'aménagement du territoire ont souvent été «palpitantes», dit-il. Mais elles ont visiblement usé la patience de ce politicien qui redeviendra bientôt ingénieur.

À trois mois de ce nouveau départ, François Picard part en souhaitant que les «choses changent» dans le système actuel qui, selon lui, permet aux citoyens de «bloquer» un projet immobilier sans «apporter de critiques constructives».

«Les citoyens qui vivent autour d'un projet ont compris qu'il suffit de douze signatures pour signer un registre et qu'après, le référendum, ça va être facile parce que les gens qui sont pour ne se déplacent pas. Les gens ont compris ça et c'est malsain.»

Le conseiller plaide pour le remplacement des référendums par davantage de consultation en amont. Il souhaite que le ministère des Affaires municipales aille de l'avant avec des zones franches. M. Picard réitère ce qui est devenu un véritable credo de l'administration Labeaume : il faut densifier la ville. Accepter de construire plus, et plus haut.

«Ce que je souhaite est que les citoyens soient aussi en mode solution. Qu'on accepte que les 100 000 personnes qui vont venir à Québec dans les prochaines années, il faut les mettre quelque part. Il faut accepter que le champ vacant derrière chez soi, il doit être construit.»

Médias trouble-fête

Mais il y a plus dans ce «testament politique» de François Picard. Cette impression que les médias cherchent la bête noire, jouent systématiquement les trouble-fête.

«On est pas assez heureux du succès des autres, on dirait qu'on souhaite que le voisin se plante», avance le conseiller.

Des exemples? «On voulait quasiment qu'on se plante avec Paul McCartney alors que ça été un succès», illustre-t-il. Les reportages sur le ralentissement du marché des condos, aussi. «Les mauvaises nouvelles véhiculées partout ont tué le marché complètement à Québec cette année», juge François Picard.

Il reproche aux médias de chercher la bête noire. De donner le point de vue d'une personne opposée quand 100 personnes sont «heureuses».

Une sortie aussi directe peut étonner alors que depuis 2008, on martèle sur toutes les tribunes que la Ville de Québec est en plein essor, qu'elle fait l'envie des autres villes, qu'elle a retrouvé une fierté qui tranche avec ce que plusieurs ont qualifié de morosité au tournant du siècle. «On n'est pas revenus là, mais on dirait que cette mentalité-là, les gens l'ont encore dans leur ADN. Je souhaite qu'on mette tout ce négatif de côté.»

Couverture média

Pourtant, cette attention médiatique, ce même sens critique, François Picard les salue quand il est question d'un dossier qui l'a considérablement occupé ces dernières années : l'amphithéâtre.

Pas un boulon du futur colisée de 400 millions $ ne passe sous silence. «Que tout le monde focusse sur le projet, ça ne me dérange pas. Au contraire, ce que je trouve dommage est que les autres grands projets au Québec ne fassent pas l'objet d'autant de couverture», dit-il.

«Si on avait fouillé autant les projets comme les chantiers routiers ou les hôpitaux, on ne serait peut-être pas la dèche comme on l'est. On aurait peut-être pas de commission Charbonneau aujourd'hui», dit-il.

Ce contexte de la commission Charbonneau colorera aussi le futur à court terme de François Picard. La classe politique a été éclaboussée, les ingénieurs aussi.

Un climat qui, admet-il, rend plus complexe la recherche d'emploi pour celui qui porte justement le double chapeau de politicien et d'ingénieur. «Ça va pas ben!» blague-t-il.

Il espère un boulot qui va lui apporter «des défis» et qui va le «passionner». «Mais il n'est pas encore trouvé», dit-il. Chose certaine, plus jamais dans la chaise d'un élu, jure François Picard, malgré toute l'adrénaline que ce poste lui a apportée.

Il ne se représente pas aux élections parce qu'à 50 ans, il est temps d'entreprendre une nouvelle carrière s'il ne veut pas finir sa vie en politique, estime-t-il.

François Picard veut prendre du temps avec sa femme, son fils de 19 ans, sa fille de 21 ans.

«Après 12 ans, le moment était venu. À la maison, ils ont fait beaucoup de sacrifices», laisse tomber celui qui a un autre souhait pour son prochain emploi. «Je veux continuer à développer la ville. J'adore Québec.»

*****************

Beaucoup pour un seul homme

Aménagement du territoire, transports, amphithéâtre : les responsabilités de François Picard étaient beaucoup pour un seul homme, admet le principal intéressé.

«Quand on est dedans, on ne s'en aperçoit pas. Mais j'ai l'impression qu'après les élections du 3 novembre, ce sera réparti à deux ou trois personnes», dit-il.

Une réalité dont le maire Régis Labeaume est conscient, explique le conseiller qui ne se représente pas aux élections municipales du 3 novembre.

Beaucoup de dossiers, beaucoup de pression. «J'ai pris ça à coeur. Avec les experts et les fonctionnaires, on a fait une belle équipe.»

Certains moments ont été exaltants, la construction d'infrastructures sportives, par exemple.

D'autres, plus stressants, admet François Picard. Le «niveau de pression le plus intense» dans le dossier de l'amphithéâtre a été l'hiver 2012. «À la direction du projet, on nous remettait un rapport avec un projet de 540 millions $ et on demandait 400 millions $, pas une cenne de plus», relate-t-il.

Le maire Labeaume nomme alors Claude Rousseau comme conseiller spécial. «Claude Rousseau a parlé à beaucoup de monde, il a fait réaliser que le 400 millions $ était possible», explique M. Picard.

Puis, quelques semaines plus tard, arrive un nouveau comité de direction. Le directeur de projet, Jacques A. Bédard, démissionne en avril. Il sera remplacé par Jean Rochette.

Pendant ces semaines cruciales pour cet imposant projet, François Picard dit avoir «vraiment vu le leader qu'est Régis Labeaume». «Il a la grande qualité de savoir bien s'entourer», dit-il à propos du maire qu'il a appuyé dès 2007, «alors qu'il était à 3 % dans les sondages».

Un maire pour lequel François Picard a souvent «été au batte» devant la population et les médias. «C'était difficile, mais on a toujours poursuivi dans la même vision. On a pas reculé, on a jamais changé d'idée. J'ai eu son appui indéfectible», dit-il. «Aller au combat en sachant que le premier magistrat de la Ville allait me défendre et qu'il n'allait pas m'abandonner en cours de route, j'ai énormément apprécié ça.»

*******************

Changement de zonage contesté dans Lebourgneuf

La densification fait aussi des vagues dans le district du conseiller François Picard. Une pétition circule présentement, demandant aux élus de l'arrondissement des Rivières de renoncer à un projet de changement de zonage d'un vacant à l'intersection des boulevards Robert-Bourassa et La Morille, dans Lebourgneuf.

Ce changement de zonage pouvant permettre des édifices jusqu'à huit étages a été refusé à l'unanimité par le conseil de quartier Neufchâtel Est-Lebourgneuf, le 19 juin. Les opposants invoquent des problèmes de circulation et une trop grande densification. «Plusieurs citoyens du secteur sont d'avis qu'ils ont déjà fait leur part en termes de densification et que ce serait maintenant à d'autres secteurs de faire la leur», écrit un résidant du district Lebourgneuf, Michel Arsenault, dans une lettre ouverte adressée à François Picard.

«À l'aube de votre retraite politique, il me semble que ce serait là un beau legs à faire aux résidents de votre district qui vous ont soutenu durant toutes ces années», conclut M. Arsenault.

*****************

Parcours politique de François Picard

1997 Élu conseiller indépendant de Lebourgneuf.

2001 Défait dans Lebourgneuf, où il se présentait pour l'Action civique d'Andrée Boucher.

2005 Revient à la politique. Élu comme indépendant et nommé, avec Ralph Mercier, vice-président du comité exécutif de la mairesse Andrée Boucher.

2007 Donne son appui à Régis Labeaume dans la course à la succession d'Andrée Boucher.

2009 Joint Équipe Labeaume, bannière sous laquelle il est réélu conseiller de Lebourgneuf. Nommé membre du comité exécutif responsable des transports, de l'aménagement du territoire et de l'amphithéâtre.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer