Québec doit «repenser les grands événements», dit Jean-Louis Duchesne

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«On a de beaux événements récurrents, pourquoi ne pas les consolider et garder une partie de l'argent pour la remettre aux citoyens en baissant les taxes?», demande Jean-Louis Duchesne, candidat de Démocratie Québec.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Démocratie Québec juge que la Ville de Québec doit revoir sa stratégie pour les grands événements. Fêter, oui, mais les manifestations culturelles et sportives chères au maire Régis Labeaume ne sont «pas la panacée», soutient le candidat Jean-Louis Duchesne.

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Budget du Bureau du développement touristique et des grands événements

Infographie Le Soleil

«Les grands événements, ce n'est pas tout dans la vie. La Ville, il ne faut pas que ce soit juste des événements. C'est pour ça qu'il faut faire très attention de ne pas mettre nos oeufs dans le même panier», lance d'entrée de jeu M. Duchesne, candidat de Démocratie Québec dans le district Les Monts aux élections du 3 novembre.

L'homme sait de quoi il parle. Employé de la Ville de Québec pendant 33 ans, il a dirigé pendant six ans le Bureau des grands événements de la Ville de Québec jusqu'à sa retraite en 2010.

Aujourd'hui âgé de 59 ans, il était en poste au moment du buzz de l'après-400e en 2008 quand le tout nouveau maire Régis Labeaume a décidé de miser sur les grandes manifestations culturelles et sportives. Les plus gros morceaux: 22 millions $ sur cinq ans pour le Moulin à images jusqu'en 2013, 34millions $ pour le Cirque du Soleil. Oui, Jean-Louis Duchesne ne s'en cache pas, il était du groupe quand la Ville a décidé d'aller de l'avant.

Mais cela, dit-il, n'empêche pas de dresser un bilan et de «repenser» la formule à l'heure où ces deux grands événements viennent à échéance.

«Les retombées économiques ne sont pas au rendez-vous telles que supposément promises. Si c'est si rentable que ça, pourquoi le privé ne finance pas?» demande-t-il.

Ou l'Office du tourisme, dit-il. «Est-ce que c'est à la Ville à investir? On pourrait répartir l'investissement», avance M. Duchesne.

Car pendant que le budget de la Ville augmente, dit-il, les taxes ne baissent pas. «On a des augmentations de taxes chaque année, la Ville de Québec connaît un boum extraordinaire. Pourquoi on ne baisse pas les taxes? Comme citoyens, on peut se poser la question.»

À l'heure où s'achèvent les contrats du Moulin et du Cirque du Soleil qui représentent près de 8 millions $ par été, M. Duchesne croit que la Ville devrait miser sur les événements existants comme le Festival d'été ou le Carnaval plutôt que de se lancer dans une nouvelle aventure.

«On a de beaux événements récurrents, pourquoi ne pas les consolider et garder une partie de l'argent pour la remettre aux citoyens en baissant les taxes?»

Malgré ce discours, M. Duchesne le dira à plusieurs reprises au cours de l'entrevue : il n'a «rien contre» une ville festive. «Je ne dis pas qu'il faut couper tout. Mais est-ce que le calendrier permet d'en avoir encore plus?» demande celui qui craint la congestion d'activités entre «le

22 juin et le 1er septembre». 

Le style de «Régis»

Attablé à une terrasse du quartier Saint-Roch, Jean-Louis Duchesne nous assure d'une autre chose : sa candidature sous la bannière de l'opposition n'est pas une salve contre son ancien patron.

«Ça va faire trois ans que j'ai pris ma retraite, je n'ai pas déclenché ça six mois après mon départ», souligne-t-il.

Sa motivation pour faire le saut en politique active vient plutôt de ce qu'il a observé depuis 2010. Les choix et le style de Régis Labeaume. «Régis», comme il appelle le maire qu'il connaît depuis longtemps. «J'ai regardé ce qui se passait pendant trois ans. C'est aussi les réactions du maire que, des fois, je trouve épouvantables. Le côté respect des individus, des conseillers municipaux, tout ce volet-là.»

Il se questionne aussi sur le fait que le maire se mêle de tout. «Quand je vois le maire être à tel show, rencontrer les artistes, j'ai l'impression de voir un promoteur», illustre M. Duchesne.

Ce fonctionnaire municipal de carrière en a aussi contre la façon dont Régis Labeaume parle des employés municipaux, à l'heure de négociations houleuses pour le renouvellement des conventions collectives. 

«Il n'a pas confiance aux fonctionnaires. C'est la désertion, les fonctionnaires quittent, au niveau des cadres, de la direction. Elle est où la mémoire de la Ville? Le monde qui arrive, il les prend du privé», déplore M. Duchesne. «La première richesse de la Ville, c'est ton monde. Si tu engueules ton monde, comment tu veux après ça que ce monde-là te respecte?»

*****

Quelques activités financées par le Bureau des grands événements

Le Moulin à images (2009-2013)

Les chemins invisibles du Cirque du Soleil (2009-2013)

Grand Prix cycliste de Québec

Red Bull Crashed Ice (contrat terminé en 2013)

Bordeaux fête le vin

Festibière

Grands voiliers 2017

Coupe du monde de surf des neiges

Fêtes de la Ville de Québec (3 juillet)

Festival de cinéma de la Ville de Québec

Festival d'opéra de Québec

*****

Grands événements : cinq faits saillants

2009

Après le succès des fêtes du 400e de Québec, en 2008, le maire Régis Labeaume veut profiter de l'élan et crée le Fonds des grands événements qui sera intégré au Bureau des grands événements qui existe depuis 2004. La Ville y injecte alors 8,5 millions $, un montant auquel s'ajoute 5 millions$ du gouvernement du Québec. L'été 2009 est aussi marqué par la première année d'un contrat de cinq ans pour le Moulin à images (22 millions $ jusqu'en 2013) et le Cirque du Soleil (34 millions $).

2009

Toujours dans l'espoir de garder l'énergie insufflée par le 400e, les gens d'affaires se regroupent et fondent le mouvement Ça Bouge! qui vise à inciter le secteur privé à contribuer au Fonds des grands

événements. En quatre ans, Ça bouge! a injecté 900 000 $ dans de grandes manifestations

culturelles et sportives.

Juillet 2010

La Ville de Québec et Loto-Québec lancent la loterie Découvrez-Québec afin de contribuer en partie au Fonds des grands événements. Le «gratteux» qui permettait de gagner des forfaits dans la capitale et la Ville visait à amasser 200 000 $. Lancé en grande pompe, le concept n'a finalement pas obtenu le succès escompté alors qu'environ 1 million des 2,3 millions de billets imprimés ont été vendus. Finalement, un peu plus de 75 000 $ ont été versés pour la tenue de grands événements.

1er octobre 2010

Jean-Louis Duchesne prend sa retraite et est remplacé par Étienne Talbot à la direction

du Bureau des grands événements.

Été 2013

Dernier été des importants contrats de cinq ans du Moulin à images et du Cirque du Soleil. Fin mai, Le Soleil a révélé que la part de la Ville dans ces grands événements a été plus importante que prévu. Le supplément en fonds municipaux a notamment été de 5,2 millions $ en cinq ans pour Le Cirque du Soleil. La conseillère municipale responsable de la culture à la Ville, Julie Lemieux, avait alors reconnu qu'il y a eu «une surévaluation de la part du privé». S'il s'agit du dernier été du Moulin à images sur les quais du Vieux-Port, un comité consultatif évalue présentement la pertinence

de signer un nouveau contrat avec le Cirque du Soleil.

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