Dons aux partis municipaux: «J'ai joué le système»

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(Québec) Le bureau donne sur un boulevard de banlieue. Appuyé dans le coin, en face du pupitre, un sac de golf qui n'a pas servi depuis des lustres. Une étagère, des photos, des papiers.

Il n'y a ici ni clinquant ni tape à l'oeil. Plutôt le contraire en fait. Le bureau ferait plutôt défraîchi.

Si le travail de collecteur de fonds rend riche, ce n'est pas ici qu'il y paraît.

L'homme ne joue pas les hypocrites sur ses pratiques passées. Ça ne servirait à rien. Il sait que désormais les gens savent.

«Je ne prétends pas être un pur», dit-il. «J'ai joué le système. J'ai amené des maires à la pêche. J'ai eu des contrats.»

Il n'en éprouve ni honte ni regret. «Si j'ai fait une bonne job, je n'ai pas fourré les citoyens», estime-t-il.

Il pose quand même comme condition pour nous parler de ne pas être identifié.

Il explique qu'il ne suffit pas de remplir la caisse d'un parti pour avoir des contrats. «Ce n'est pas aussi cru que ça.» «Un contrat, ça ne s'achète pas, tout le monde est prêt à payer.» C'est donc aussi une affaire d'expertise et de «confiance».

Il a travaillé à des campagnes de financement au municipal dans la région de Québec et au provincial. A cogné aux portes pour des fondations et des oeuvres de charité. Le fait encore.

Il savait pouvoir compter sur un réseau de 20-30 personnes qui allaient donner lorsqu'il collectait pour un parti politique. Il sait en avoir plus du double, 75 personnes, s'il s'agit d'une oeuvre de charité.

Cela fonctionne sur le principe du donnant-donnant. La personne à qui on demande un jour est la même qui reviendra demain pour une autre oeuvre ou un autre parti.

Que ce soit pour une «bonne cause» ou pour une cause politique, ce sont souvent les mêmes personnes qui ramassent de l'argent.

Elles le trouvent aussi aux mêmes adresses, là où elles savent qu'il y a de l'argent, dans les réseaux de connaissances personnelles et professionnelles.

Qui dans des bureaux d'ingénieurs ou d'architectes, qui chez les comptables et les avocats, qui chez les entrepreneurs ou des consultants.

Lorsque la demande vient d'un collecteur pour un maire important, c'est difficile de refuser. Parfois ça négociait sur le montant. «Il n'y avait pas de pression, mais c'est tout comme.»

Il a travaillé pour au moins une entreprise qui remboursait à ses employés leurs contributions politiques.

Comme collecteur politique, il était de l'école voulant qu'un candidat ne doit pas trop savoir d'où vient l'argent de sa caisse électorale. «Un maire n'a pas à connaître ce bout-là.» Il faut protéger la personne qu'on veut servir, dit-il.

Il ne fait plus aujourd'hui de collecte pour des partis mais contribue depuis quelques années à Équipe Labeaume.

Il fréquente son cocktail annuel qu'il considère comme «le plus gros show de l'année» à Québec pour le réseautage.

Il dit constater que «le financement est devenu bon enfant. Les gens qui donnent aujourd'hui n'ont pas d'espoir» (d'obtenir des contrats en retour).

Le financement politique est «dévalorisé». Il faut être «masochiste». «Donner à un parti n'est plus une valeur citoyenne.»

Il s'en désole. En fait presque un reproche aux médias. «Il y a une hypothèse qui n'est jamais envisagée: celle que parfois, des gens sont simplement contents de contribuer.»

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