Le Soleil a appris que, du début juin à la fin août, le responsable de l'aménagement du territoire à la Ville de Lévis, Robert Cooke, a fait partie de l'équipe du Groupe Dallaire, société privée de Michel Dallaire, président de Cominar, et sa famille.
Robert Cooke, directeur de l'urbanisme et des arrondissements depuis 2007 et nouveau président de l'Ordre des urbanistes du Québec, n'a jamais répondu à notre demande d'entrevue.
C'est son collègue directeur des communications de la Ville de Lévis, Christian Brière, qui s'est chargé d'expliquer le dossier. Non sans réticence. «On a de la misère à comprendre comment ça pourrait être d'intérêt public», a d'abord réagi M. Brière.
Se prévalant d'une clause de la «convention collective» des cadres de la Ville de Lévis, Robert Cooke a demandé et obtenu en mai dernier un congé sans solde de trois mois. Durant cette période, il conservait son lien d'emploi avec la Ville de Lévis et continuait de payer ses cotisations pour son fonds de pension et ses assurances.
La directrice adjointe Julie Tremblay était chargée de reprendre ses dossiers durant son absence.
L'entente prévoyait que si Robert Cooke allait travailler dans une entreprise privée, il s'engageait à se tenir loin des dossiers de Lévis. Et à son retour, il devrait s'abstenir durant deux ans de travailler sur des dossiers touchant l'entreprise d'où il arrivait.
«Les clauses ont été vérifiées par les avocats et on s'est assuré que ça ne contrevenait à aucune règle éthique», assure Christian Brière.
La mairesse de Lévis, Danielle Roy Marinelli, était tout à fait à l'aise avec la façon dont le passage de Robert Cooke chez Groupe Dallaire s'est négocié.
«Avec les clauses dans le protocole et le climat de confiance envers ce directeur qui était là, le comité exécutif a accepté assez facilement», explique-t-elle en entrevue.
Cominar et Groupe Dallaire n'obtiennent-ils pas un accès privilégié à la Ville de Lévis? «Le professionnalisme de M. Cooke fait qu'il ne favorisera pas un promoteur par rapport à un autre», croit la mairesse.
On ne peut pas empêcher quelqu'un de vouloir «saisir des opportunités», ajoute la mairesse Roy Marinelli.
L'expérience de Robert Cooke chez Groupe Dallaire s'est finalement terminée à la fin de l'été et il est de retour dans ses fonctions.
Des informations obtenues par Le Soleil veulent que ce soit la direction de la Ville de Lévis qui, désireuse de garder son directeur, urbaniste d'expérience et patron apprécié, l'a convaincu de rentrer au bercail.
Une expertise rare
Michel Dallaire, président de Cominar et aussi de Groupe Dallaire, deux entreprises distinctes ayant toutes deux leur adresse sur la rue Marais à Québec, est bien malheureux de n'avoir pu garder Robert Cooke et en faire son vice-président au développement.
«En développement, ce n'est pas facile de trouver quelqu'un qui a l'expertise, explique Michel Dallaire, en entrevue téléphonique. Ce n'est pas donné à tout le monde de bien connaître les étapes de négociation avec les villes, les rezonages, les protocoles d'entente.»
Le directeur de l'urbanisme de la Ville de Lévis et le grand patron de Groupe Dallaire se sont croisés à plusieurs reprises au cours des dernières années pour discuter des projets de développement de l'entreprise. «C'est très long négocier avec les villes parce que ce sont des processus qui demandent des changements de zonage, note Michel Dallaire. C'est dans son champ d'expertise et c'est pour ça qu'on l'a approché.»
Durant son passage chez Groupe Dallaire, Robert Cooke a négocié avec la Ville de Québec pour un projet de développement résidentiel de 2000 unités dans le secteur de la rue Blanche-Lamontagne à Beauport.
La contrainte de ne pas effleurer les dossiers de Lévis n'en était pas vraiment une puisque, dit Michel Dallaire, les projets de Québec étaient beaucoup plus urgents que ceux de la Rive-Sud, qui n'en sont qu'à la planification (voir l'autre texte).
Au total, Groupe Dallaire possède 135 millions de pieds carrés de terrains dans la grande région de Québec et Lévis.