Il y a une quarantaine de zones de déneigement à Québec et elles font l'objet d'appels d'offres à tour de rôle tous les trois ans. Depuis le démantèlement du cartel de la neige, au milieu des années 90, une quinzaine d'entreprises se partagent le territoire.
Pour 2012 à 2015, la facture sera très proche de la période précédente. La Ville de Québec devra débourser annuellement 11,5 millions $ pour débarrasser la neige dans 19 zones réparties dans les arrondissements de La Cité-Limoilou, des Rivières, de Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge, de Charlesbourg et de Beauport.
Cette équivalence relative cache toutefois des disparités locales. Ainsi les prix ont-ils monté de façon importante dans le secteur de Sainte-Foy et Sillery. Pour déneiger le quartier au nord du boulevard Laurier, Québec paiera 1,1 million $ par année à Hamel Construction au lieu de 700000 $. Charles Auguste Fortier recevra un chèque de 908000 $ pour s'occuper des rues au sud de Laurier. C'est 200000 $ de plus qu'auparavant.
Terrassement Portugais
Ces contrats étaient réalisés par Terrassement Portugais encore l'hiver dernier. En 2009, l'entreprise de Québec avait ramassé les deux grandes zones, autrefois déneigées par les cols bleus, grâce à une offre inférieure d'un demi-million de dollars aux estimations de la Ville.
Cette année, Terrassement Portugais a présenté une nouvelle soumission pour les mêmes secteurs, mais à des prix 75 % et 65 % plus élevés que la dernière fois. La concurrence a fait mieux et remporté l'appel d'offres.
Terrassement Portugais ne repart pas bredouille pour autant et demeure le plus important sous-traitant de la Ville de Québec en matière de déneigement. Dans Neufchâtel centre, l'entreprise a ravi le contrat à Inter-Cité malgré une soumission 18 % plus élevée que son concurrent. Dans le secteur résidentiel de Lebourgneuf, c'est tout le contraire : Terrassement Portugais a remporté la mise en coupant les prix de 34 %. Les entreprises PEB, présentes dans le même quartier, ont aussi réduit la facture de 18 %. Dans Charlesbourg Sud, c'est Inter-Cité qui fait réaliser des économies de 31 % aux contribuables.
Accusations et fraude
En avril, Terrassement Portugais et trois de ses filiales ont plaidé coupable à 321 chefs d'accusation de fraude contre l'assurance emploi pour des faits survenus entre 2004 et 2009. Une amende record de 377175 $ leur a été imposée. La fraude contre l'assurance emploi n'est pas incluse dans la série de manquements pouvant justifier la suspension ou l'annulation d'une licence d'entrepreneur délivrée par la Régie du bâtiment du Québec (RBQ).
En examinant de plus près la différence entre les prix soumis en 2009 et en 2012 par Terrassement Portugais, on se rend compte qu'elle a réajusté à la hausse toutes ses offres. Pour six des sept zones où elle a tenté sa chance cette année (la dernière n'étant pas comparable), ses prix ont bondi de 20 %.
Erreur profitable
Selon Éric Langlois, ingénieur au Service des travaux publics de la Ville de Québec, l'augmentation dans Sainte-Foy et Sillery «découle d'un ajustement de prix, car, pour les contrats précédents, adjugés pour la première fois en 2009, l'entrepreneur s'était trompé dans le calcul de sa soumission, mais la Ville a quand même pu profiter d'un prix très bas pendant ces années».
«Une soumission déposée ne peut être retirée», rappelle Jacques Perron, porte-parole de la Ville de Québec. Autrement, l'entrepreneur peut perdre sa caution ou être poursuivi.
Dans les autres zones de déneigement, les fonctionnaires justifient les baisses de prix par une nouvelle façon de calculer le nombre de camions et de machines nécessaires pour effectuer les travaux, résultat de la démarche d'amélioration de la performance forcée par le maire Régis Labeaume.
«On s'est rendu compte qu'on pouvait avoir la même qualité avec moins de machinerie. Par exemple, là où on exigeait trois souffleuses, deux auraient très bien pu faire l'affaire», explique M. Perron.
Les appels d'offres de 2013 et de 2014 fonctionneront de la même façon.