À l'est de la côte de Sillery, les propriétés des Soeurs de Sainte-Jeanne-d'Arc et des Pères Augustins de l'Assomption sont visées, tout comme le parc Bergeville et une partie du cimetière St. Patrick. À l'ouest, ce sont les terrains de Jésus-Marie, récemment morcelés, et d'autres appartenant au promoteur Marc Simard qui pourraient s'ouvrir au développement.
Ce n'est un secret pour personne: avec le déclin démographique des communautés religieuses, les domaines conventuels font rêver les promoteurs immobiliers, à la recherche de prime land pour de la construction résidentielle.
Bien au fait de leur appétit, le ministère de la Culture et des Communications a déjà publié son cadre de gestion et prépare son plan de conservation pour l'arrondissement historique de Sillery. La Ville de Québec planche pour sa part sur un plan particulier d'urbanisme (PPU).
Le maire Régis Labeaume n'a pas caché son intention de permettre le développement dans le secteur, mais son administration n'a jamais précisé quels terrains pourraient être lotis.
Une partie de la réponse se trouve dans un appel d'offres publié il y a quelques jours par la Ville de Québec, qui est à la recherche de professionnels pour réaliser les études préparatoires pour la mise en place des infra-structures d'égouts sanitaire et pluvial requises par «d'éventuels projets de développement au sud du chemin Saint-Louis». Cette planification s'inscrit dans le grand chantier de réfection de la côte de Sillery, qui devrait s'amorcer en 2013 après plusieurs années de retard.
Zones de lotissement potentiel
Pour bien outiller d'éventuels sous-traitants, le service de l'ingénierie dresse dans l'appel d'offres la liste des «zones de lotissement potentiel» à prendre en considération. On y trouve la quasi-totalité des terres des Soeurs de Sainte-Jeanne d'Arc adossées au cimetière Mount Hermon, à l'exception d'un boisé donnant sur l'avenue de l'Assomption.
Une bonne partie des terrains des Pères Augustins de l'Assomption est aussi incluse, dont le Montmartre canadien, mais pas le monastère et son grand parterre orientés vers le fleuve. Il faut dire que l'endroit est cité comme «un exemple d'espace à protéger» dans le cadre de gestion du ministère de la Culture.
Le parc municipal Bergeville et une bande de terrain appartenant à la paroisse St. Patrick, après St. Brigid's Home et la Corporation de logement communautaire Holland, sont aussi ciblés.
Les représentants des communautés religieuses dont les terrains ont été hachurés sur la carte ont tous assuré au Soleil qu'ils n'avaient pas présenté de demande de lotissement ni vendu de parcelle.
«Il y a beaucoup de promoteurs qui lorgnent le terrain, mais nous, notre projet, c'est de continuer l'oeuvre. Pour l'instant, on n'est pas à vendre», a déclaré le père augustin Marcel Poirier. «Il n'y a pas eu de développement. Pour l'instant, on n'y pense pas», a aussi répondu la soeur économe Jeannette Tessier. Pas de projet non plus à la paroisse St. Patrick, a indiqué Mark O'Brien, coordonnateur des opérations.
Il en est autrement des terrains appartenant à des promoteurs immobiliers, aussi considérés dans les projections de la Ville de Québec, qui pourraient être développés beaucoup plus rapidement.
Bilodeau Immobilier, qui possède une parcelle donnant sur le cimetière St. Patrick, a l'espoir d'y construire des condominiums de luxe depuis près de 10 ans. La Ville lui a déjà accordé son permis de lotissement, mais le dossier est contesté par des citoyens et bloqué à la Culture.
Alain Lemieux, lobbyiste embauché en début d'année, a indiqué au Soleil que son client était passé récemment devant la Commission des biens culturels du Québec et attend impatiemment sa recommandation. Si elle est positive, le dossier sera remis au prochain ministre de la Culture pour une ultime approbation.
Le promoteur Marc Simard trouvera également à se réjouir. À l'ouest de la côte de Sillery, le document d'appel d'offres identifie la limite sud-est du domaine Cataraqui comme une zone potentielle de développement. Il s'agit de l'ancien site des Soeurs Notre-Dame-d'Afrique, propriété de M. Simard, qui a construit 16 condos dans le vieux couvent, rebaptisé domaine Benmore.
L'homme d'affaires, qui est associé avec Michel Cadrin et Gilles Fleury, attend toujours de compléter la phase II de Benmore. La dernière version, dévoilée en 2006, supposait un investissement de 45 millions $ et la construction de 150 condos. M. Simard a confirmé au Soleil qu'il avait toujours l'intention de concrétiser ce projet, qui devra toutefois être actualisé. Et cela même s'il vient de faire lotir une partie des terres des Soeurs de Jésus-Marie pour y construire quoi? Des condos. Encore une fois, le plan de la Ville de Québec en tient compte. Outre ces développements, les documents confirment l'intention de la Ville de Québec d'aménager un sentier linéaire - c'est l'expression promenade qui est utilisée - le long de la falaise qui surplombe le chemin du Foulon.
«Bon père de famille»
Jacques Perron, porte-parole de la Ville, assure que les plans trouvés par Le Soleil ne servent qu'à décider de la grosseur des tuyaux d'aqueduc et d'égout, dont la durée de vie est estimée à 75 ans. «On agit en bon père de famille. On tient compte du pire des scénarios», fait-il valoir. M. Perron assure que «ça ne signifie pas, mais pas du tout que ça va se retrouver dans le PPU», dont la divulgation viendra après celui de Sainte-Foy, qui est en cours d'approbation.
La Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery a interpellé les candidats aux élections provinciales pour qu'ils se commettent sur la protection des domaines conventuels du quartier. Les citoyens impliqués réclament la protection des grands espaces et un accès public. Une pétition circule et des pancartes roses réclamant «Des espaces verts à préserver pour tous» ont fait leur apparition sur les parterres.