Baie de Beauport: baignade possible... mais défendue

Amélie Légaré avec ses filles Rosalie et Gabriella... (Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Amélie Légaré avec ses filles Rosalie et Gabriella

Le Soleil, Pascal Ratthé

Annie Mathieu
Le Soleil

(Québec) La qualité de l'eau de la baie de Beauport n'a cessé de s'améliorer au cours des dernières années si bien que la baignade y serait possible la majorité du temps. Mais par mesure de prévention, la Ville de Québec refuse toujours ce plaisir à ses citoyens, et ce, même si le ministère de l'Environnement juge qu'il serait envisageable de mettre en place un système permettant de prédire que l'eau sera impropre.

Avec ses infrastructures quasi neuves et son paysage bucolique, la plage de la baie de Beauport représente l'un des plus beaux accès au fleuve Saint-Laurent dans la région. Lors des fins de semaine de canicule comme celle de la semaine dernière, des milliers de citoyens s'entassent sur le sable sans toutefois pouvoir succomber à l'envie de faire trempette dans l'eau qui s'étend devant eux.

Le rapport annuel 2011 sur la qualité de l'eau des plages, du fleuve et des exutoires pluviaux de la Ville de Québec souligne que «la baie de Beauport offre actuellement le site naturel le plus approprié pour la baignade». Il est aussi expliqué que la qualité de l'eau de la plage n'a jamais été aussi bonne que depuis les quatre dernières années. La Ville considère que l'an dernier, la baignade aurait pu être permise 64 % de la saison complète. En temps sec, ce chiffre grimpe à 87 %.

Pour en venir à ces conclusions, la Ville se fie à la classification de la qualité bactériologique des eaux de baignade du programme Environnement-Plage du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) (voir tableau). Lorsque l'eau est considérée comme polluée, donc impropre à la baignade, on lui attribue un D.

Le coordonnateur des réseaux de surveillance de la qualité des cours d'eau au Ministère, Serge Hébert, a travaillé, en 2004 et 2005, sur un outil permettant de dire à l'avance si les citoyens courent des risques en trempant leurs orteils dans la baie de Beauport en raison notamment des précipitations de pluie, la source la plus connue de contamination. Lors de fortes précipitations, les eaux de pluie augmentent le débit des égouts au-delà des capacités des usines d'épuration. Les eaux sont alors dérivées dans le fleuve sans traitement.

«D'après nos données de l'époque, il y avait moyen de développer un modèle prédictif qui fonctionnait très bien et avec très peu de fermetures inutiles de plages et très peu d'ouvertures non sécuritaires», explique M. Hébert. Le rapport rejette cependant catégoriquement cette idée, soutenant que «la qualité des plages peut être très mauvaise, même en temps sec».

Nouvelles études

C'est que pour la première fois en 2010, des études ont été réalisées sur les exutoires pluviaux. Celles-ci ont révélé que la moyenne de coliformes fécaux contenus dans l'eau était très élevée, notamment en raison d'événements de débordement des ouvrages d'assainissement des eaux usées. Le rapport conclut également que la qualité de l'eau de rivières tributaires au fleuve, l'état de certains réseaux d'égouts municipaux et le branchement inversé d'une quantité d'autres représentaient aussi un «apport considérable en charge bactérienne».

Pour ces raisons, le directeur de la Division qualité du milieu de la Ville de Québec, Denis Robillard, juge qu'il serait imprudent de permettre la baignade. «Nous, ce qu'on veut, c'est qu'il n'y ait plus de D en temps sec», explique-t-il, ajoutant que cette note d'échec a été attribuée à plusieurs reprises en 2011 lors de périodes sans pluie.

Mais M. Hébert croit qu'il y a moyen de mettre en place un processus de communication entre les gestionnaires municipaux et ceux de la plage pour les avertir des dangers. «C'est sûr que s'il y a des imprévus au niveau des infrastructures, le modèle ne peut pas les prédire. Mais lorsqu'il y a un bris de conduite, la Ville de Québec doit être au courant de la situation», avance-t-il.

Jean Lacoursière, d'Accès Saint-Laurent, estime que c'est un manque de volonté de la Ville qui empêche les gens de Québec de se baigner dans la baie de Beauport. «Le rapport confirme l'approche de la Ville que j'avais observée en 2002-2005, à savoir qu'ils ne veulent pas devoir parfois fermer la plage, comme ça se fait pourtant ailleurs dans le monde», souligne-t-il.

L'administration municipale poursuit l'installation de réservoirs de rétention permettant de retenir l'eau de pluie non traitée et doit également effectuer des travaux pour réparer son réseau d'égout. Selon les estimations de M. Robillard, les citoyens devront donc patienter encore cinq ans avant de sauter dans l'eau du fleuve à la baie de Beauport.

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