Le 24 mai, un architecte a visité au nom de la Coalition l'église que le promoteur immobilier Sébastien Leboeuf a achetée à la fin de 2011 au coût de 1,6 million $.
L'architecte est ressorti avec des photos montrant le piètre état de l'église inaugurée en 1921 et fermée au culte depuis 1997. Le toit qui coule, la maçonnerie fissurée. Des photos que ce regroupement de militants pour le patrimoine a jointes à une lettre envoyée au maire Régis Labeaume le 15 juin. Dans sa missive, la Coalition se désole de voir l'église à l'architecture d'influence byzantine «unique et exceptionnelle à Québec» se diriger, si rien n'est fait, «tout droit vers une autre tentative de démolition».
En janvier, M. Leboeuf avait annoncé explorer divers scénarios, dont celui de construire à la place de l'église une tour de condominiums de luxe pouvant atteindre 25 étages.
Mais le maire Régis Labeaume et la conseillère responsable du patrimoine, Julie Lemieux, s'y étaient opposés, assurant ne pas vouloir que l'église soit démolie. Une position dont dit maintenant douter la porte-parole de la Coalition, Johanne Elsener.
Particulièrement depuis la semaine dernière, quand, lors d'un passage dans une église transformée en hôtel-boutique dans la ville française de Nantes, le maire Régis Labeaume a estimé qu'une telle conversion coûterait trop cher pour Saint-Coeur-de-Marie.
Autant la Ville que le propriétaire évaluent à au moins 8 millions $ la somme nécessaire pour rénover l'édifice.
Mme Elsener doute aussi de la volonté du propriétaire.
«C'est une tactique de beaucoup de promoteurs d'acheter un bien patrimonial, de ne pas le protéger et un jour d'avoir un avis de la municipalité lui disant qu'il faut absolument le démolir parce que l'édifice n'est plus sécuritaire», a-t-elle avancé.
Mais pour Sébastien Leboeuf, pas question d'investir autant sans locataire, réplique celui qui assure tout faire pour maintenir le bâtiment sécuritaire. «On envoie quelqu'un deux fois par semaine, on entretient du mieux qu'on peut», dit-il, en réfutant que les portes de l'église soient parfois laissées ouvertes, ce que soutient la Coalition dans sa missive.
Pour le reste, M. Leboeuf souhaite louer à des groupes ou des organismes. Mais force est d'admettre que ça ne se bouscule pas au portillon pour le bâtiment inoccupé depuis plusieurs années.
Il déplore que la Coalition Héritage Québec ne l'ait pas contacté avant d'envoyer sa lettre aux médias. «Si Mme Elsener, que je connais bien, veut m'aider à trouver des locataires, je vais l'accueillir à bras ouverts», a lancé M. Leboeuf.
Particulièrement occupé ces temps-ci, le promoteur, qui vient de décrocher les deux contrats d'écoquartiers à Québec, dit travailler sur un projet pour Saint-Coeur-de-Marie. «On n'est pas fermés à intégrer la façade», a-t-il avancé, sans donner plus de détails.
La Ville garde espoir
De son côté, la conseillère Julie Lemieux a réaffirmé lundi que la Ville souhaite que Sébastien Leboeuf présente un scénario qui proposerait la reconversion de l'église. Un projet qui devra recevoir le feu vert de la Commission d'urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ), qui a compétence dans ce secteur de la Grande Allée.
«On lui demande de ne pas la démolir, on veut qu'il nous présente un projet qui, dans un monde idéal, permet la préservation de l'église, a expliqué Julie Lemieux. Il faut voir de son côté si c'est possible de le faire. Mais en bout de ligne, c'est la Commission d'urbanisme qui va trancher.»
Quant à l'état actuel du bâtiment, bien difficile pour la Ville d'intervenir, selon Mme Lemieux. «On ne peut pas forcer un promoteur à rénover. On n'est pas chez nous.»