Ne parlez plus des Grands Feux au maire. «Je n'ai plus rien à dire, j'en ai ras le bol de ce dossier-là. J'en ai vraiment ras le bol», a lancé Régis Labeaume en point de presse avant la séance du conseil municipal hier.
Plus encore, le maire s'en prend aux responsables des Grands Feux, sans jamais les nommer.
«Il y a du drôle de monde là-dedans qui travaille de façon très bizarre et qui n'ont pas une bonne réputation à la Ville, je peux vous dire ça», a laissé tomber M. Labeaume.
Le maire s'est lancé dans cette charge alors qu'il a été questionné sur une convocation envoyée aux journalistes hier après-midi dans laquelle les Grands Feux Loto-Québec annoncent qu'ils feront le point sur la situation demain. Dans le communiqué, on voit les logos des commanditaires traditionnels des Grands Feux, soit Loto-Québec et la Banque Nationale.
Devant une baisse de clientèle et un déficit accumulé de 450 000 $, les Grands Feux ont quitté la chute Montmorency après 14 ans. En mars, l'organisation s'est entendue avec ses créanciers pour éviter la faillite. Depuis, le groupe Croisières AML a pris le relais pour aider à la relance des Feux, mais cette fois dans le port de Québec.
Registre des lobbyistes
En février, l'entreprise qui offre des croisières sur le fleuve depuis 40 ans s'était inscrite au Registre des lobbyistes afin de pouvoir effectuer «des représentations pour obtenir un financement sous forme de subvention, dans le cadre d'un plan de relance des Grands Feux Loto-Québec».
La fiche d'inscription au Registre stipule que Croisière AML plaidait la cause des Grands Feux auprès de diverses instances, dont l'Office du tourisme et les villes de Québec et de Lévis.
Depuis plusieurs semaines déjà, Croisières AML annonce aussi sur son site Internet un forfait croisière avec buffet et feux d'artifice à bord du Louis-Jolliet du 28 juillet au 15 août.
Hier, il a été impossible de savoir ce qui sera annoncé demain. «Vous saurez tout vendredi [demain]», a martelé la responsable des communications chez Croisières AML, Mélika Robert, aussi porte-parole des Grands Feux. Mme Robert a été visiblement surprise lorsque Le Soleil l'a mise au fait des déclarations du maire en début de soirée, hier. «Nous sommes pourtant en bons termes avec la Ville», a-t-elle simplement indiqué.
Or, le maire Labeaume ne voit pas les choses du même oeil. Sa sortie contre les Grands Feux était la deuxième de son administration en un mois alors que la Ville avait été sans équivoque dans sa volonté de ne pas subventionner une relance de l'organisation. Du moins, pas pour cette année.
Le 4 juin, la conseillère Julie Lemieux avait en effet annoncé que la Ville ne donnerait pas un sou pour des spectacles pyrotechniques près du fleuve cette année. Dans un espoir de relance, les Grands Feux et la compagnie Croisières AML avaient demandé à la Ville 163 000 $ en service et 50 000 $ de subvention.
«On avait décidé de ne rien donner au budget pour cette année. Le promoteur est revenu avec un autre projet qui nous a été présenté, et on a décidé de maintenir le cap sur le non», avait alors déclaré Mme Lemieux.
«Renouveler le produit»
La conseillère avait alors plaidé pour une pause d'un an, le temps de souffler et aussi de voir ce qui se fait ailleurs dans le domaine des spectacles pyrotechniques afin de «renouveler le produit». Une étude de marché menée par l'Office du tourisme et le Bureau de la Capitale-Nationale est d'ailleurs en cours. «On voulait prendre une pause pour revenir avec quelque chose de plus nouveau, de différent», avait déclaré Mme Lemieux, absente du conseil municipal d'hier soir.
Sans subvention de la Ville, la conseillère disait avoir de la difficulté à voir comment pourraient se tenir les Grands Feux, qui devraient donc dénicher quelque 213 000 $. «C'est un gros montant. Il faudrait charger les services de la Ville au promoteur et je ne pense pas qu'il ait de budget pour ça», avait estimé la conseillère.
Les Grands Feux pourront-ils aller de l'avant sans l'aide de l'administration municipale? Encore là, impossible d'en savoir plus sur ce qui sera annoncé demain auprès de Croisières AML.
La même question a été posée à Régis Labeaume. «Ils feront ce qu'ils voudront», a tranché le maire, irrité.